Loin de la communication un peu formatée des traditionnels communiqués de presse, les échanges entre le pilote français et les journalistes dans l’hospitalité Tech3 sont d’une richesse et d’une simplicité que les vrais passionnés apprécieront (vous pouvez retrouver tous ses débriefs passés dans notre rubrique (“Interviews“).

Il y a toujours le petit détail qui nous fait plonger chaque jour davantage en immersion dans le monde de la MotoGP…

Comme à notre habitude, nous reportons ici l’intégralité des propos de Johann Zarco, de façon brute, donc sans aucune mise en forme ou déformation journalistique.


Vous êtes parti avec le pneu tendre, vous avez fait un début de course très rapide puis votre rythme a baissé. Était-ce dû au pneu ou à la gestion de celui-ci ?

Johann Zarco : « la température était la plus élevée de tout le week-end. Mais quand nous avons essayé le pneu médium, nous n’étions pas en confiance avec lui donc nous avons gardé cette option. C’était une bonne chose. J’ai fait un bon départ et j’ai pu me battre dès le début. J’ai un peu perdu le contact avec les gars de devant, mais après six ou sept tours, cela a été le moment où le pneu a très bien fonctionné. Je me sentais alors très fort et j’ai pu les rattraper. Après, les dépasser était encore plus difficile car je perdais à chaque fois un peu en sortie de virage à cause d’un manque de motricité. Ce n’était pas à cause du pneu mais je pense que c’est la partie la plus difficile en MotoGP : bien contrôler l’accélération. Même si vous ne pouvez pas gagner des mètres, il ne faut pas en perdre, et j’en perdais toujours un peu et ça devenait donc encore plus difficile de doubler au freinage. C’est pourquoi à partir du septième tour et jusqu’à 14 ou 15 tours avant la fin, cela a été difficile de doubler. J’ai pris quelques risques mais je voulais rester concentré pour ne pas faire d’erreur. J’étais en cinquième position et il restait 14 tours à faire mais le pneu arrière s’est un peu dégradé. Donc je ne pouvais pas rattraper les gars en tête mais je ne perdais pas trop de temps sur eux. J’ai dû adapter mon pilotage pour bien contrôler cette dégradation du pneu et je pensais vraiment que je pourrais rattraper Lorenzo mais il était également régulier. En même temps, dans le dernier tour, j’ai voulu attaquer mais sans faire d’erreur et perdre ma cinquième position.
Cela a été un bon week-end. Je me suis senti fort et j’ai continué à beaucoup apprendre sur comment être plus fort à chaque fois. »

Qu’avez-vous appris ?

« J’ai appris que je pouvais bien faire quand je me sentais bien. Je le savais déjà mais c’est comme une confirmation. J’aime cette piste et ce que j’ai appris, c’est peut-être la façon de piloter quand votre pneu se dégrade. C’est un style de pilotage différent et j’ai commencé à le comprendre lors des tests à Brno. Et quand j’ai pu le faire ici, finalement, même si je n’ai pas pu rattraper les gars en tête dans la deuxième partie de course, au moins je n’ai pas perdu de position. »

Vous avez fait le meilleur tour en course et vous finissez devant les pilotes Yamaha officiels…

« Je ne peux pas très bien expliquer pourquoi j’ai été plus rapide. C’est un circuit que j’aime et peut-être que cela vous donne une bonne énergie. Et ce que vous faites fonctionne bien. Parfois, vous ne pouvez pas dire que vous n’aimez pas le circuit, et vos sensations naturelles ne fonctionnent pas bien. Ici, cela a bien fonctionné pour moi. La moto fonctionne bien et je veux mériter une moto d’usine dans le futur. Faire une course solide comme celle-ci et arriver devant eux et la façon de le mériter dans le futur. »

Tu es parti en pneus tendre/tendre…

« Oui, oui. Peut-être qu’avec moins de température, cela aurait encore mieux fonctionné, mais c’était quand même le pneu avec lequel j’avais les meilleures sensations. Le soft avant était confirmé, on lui avait mis deux fois de suite beaucoup de tours, et là, c’est vrai qu’il a très bien fonctionné. Quant à ce soft arrière, je ne pense pas que j’aurais pu avoir mieux avec le médium. Cela aurait été trop parier sur quelque chose. C’est encore difficile d’avoir, comme Márquez, l’option de pouvoir rouler sur trois pneus différents et d’être presque dans le même dixième avec chacun. »

Quand tu dis que la performance du pneu baisse, c’est surtout à l’avant ou à l’arrière ?

« Là, c’était surtout l’arrière qui, finalement, empêchait de réaccélerer sur l’angle. En fait, il fallait adapter le pilotage et ça fait toujours perdre un peu des dixièmes, parce que le but c’est d’arriver à accélérer tôt et partir. Si tu ne peux plus accélérer tôt, tu ne pars plus. »

Qu’est-ce qui t’a manqué pour aller chercher Lorenzo ?

« De la motricité derrière. Parce qu’au niveau du freinage, je pense que j’étais bien. Le pneu était bien et j’arrivais à chaque fois à rattraper des mètres sans pour autant perdre trop à la sortie. C’est vrai que j’avais beau contrôler, au bout d’un moment, le pneu n’a plus tenu. Par exemple, à la sortie du virage quatre, il était un peu en difficulté mais au moment où il accélérait, il arrivait, avec un pneu qui avait 25 tours, à avoir un peu plus de motricité. »

Tu as roulé pas mal de tours derrière Rossi. Tu as vu quelque chose d’intéressant ?

« Ah voilà : même en difficulté, il est quand même toujours fort sur le freinage et sur l’accélération. On a des grosses motos très puissantes, et c’est vrai que si on arrive, sur tout le championnat, à gérer cette accélération même quand on est mal, on peut être devant. »

Sur la fin, il n’y avait pas beaucoup de marge entre Lorenzo et Vinales…

« Oui, avec Lorenzo devant, je me suis dit que si je rattrapais Lorenzo devant, je pouvais lâcher Vinales. Je ne rattrapais pas Lorenzo, donc je ne lâchais pas Vinales : on était presque sur le même rythme. Sur la fin, on se demande si on tente de prendre Lorenzo, mais après, si je fais une erreur, Vinales est à un dixième, donc il passe. Je suis content de ne pas avoir fait cette erreur, et finalement, cinquième c’est quand même super. »

Tu n’as pas l’air fatigué…

« Oui, ça c’est une progression par rapport au début d’année où j’ai pu faire des beaux Top 5 mais je terminais un peu plus lessivé. Là, le Top 5 d’aujourd’hui, il était avec une meilleure gestion et plus d’énergie, et ça c’est important. »

Au niveau électronique, tu as pu passer d’une map à l’autre sans problème ?

« Oui, oui, ça allait. Surtout sur le frein moteur. Parce que quand le pneu a commencé à se dégrader, la moto glissait en entrée de virage, et là j’ai beaucoup joué avec ça. Ça m’a permis, à 10 tours de la fin, d’avoir une ligne plus propre, et c’est ça dont a besoin la Yamaha. »

Sur la fin de course, tu étais plus concentré sur l’écart avec Lorenzo ou sur l’écart avec Vinales ?

« On va dire que j’avais le souhait de rattraper Lorenzo mais je regardais derrière car je ne voulais pas qu’il m’attaque. Ça m’a permis, par exemple sur chaque freinage, de ne jamais trop souffrir. Parce que si on cherche à garder de l’énergie au freinage et qu’on se met un petit cran en dessous, quelqu’un te double, surtout quand il est à un ou deux dixièmes. Voilà. On va dire que ça m’aidait : focus sur Lorenzo à se dire « essaie de le rattraper à chaque fois », je pense que ça m’a maintenu le bon écart avec Vinales. »

Quand tu arrives devant les Yamaha officielles, tu envoies un message…

« Oui, exact ! Le but, c’est d’arriver à jouer les premières places et un titre dans la catégorie reine parce que, par le travail, je crois vraiment que c’est possible. Donc je suis motivé à bloc et je m’entraîne bien avec Laurent. Et un moment, si on veut jouer un titre, il faut une place dans une équipe officielle, et être devant les Yamaha officielles, c’est la meilleure manière de mériter sa place chez eux, quitte à quitter la famille Tech3. Mais ça, c’est dans le futur. »