Le paddock MotoGP espérait une belle journée ensoleillée, mais c’est un ciel brumeux et voilé qui l’attendait ce matin. Outre l’action en piste durant laquelle la Ducati s’est une nouvelle fois illustrée, une conférence de presse réunissant les constructeurs MotoGP s’est tenue ce midi pour dresser un bilan à la mi-saison.

Que faut-il retenir de cette première journée du #CzechGP ?

Ducati confirme, mais Honda résiste

A l’inverse de l’Autriche, il n’y a seulement que 3 Ducati qui figurent dans le Top 10 à l’issue de cette journée du vendredi à Brno. Si Andrea Iannone a pris les devants ce matin, Marc Marquez a répliqué cet après-midi pour reprendre l’avantage. Iannone hérite néanmoins du 2e temps à seulement un dixième, “Je suis vraiment content, car je m’attendais à être rapide ici à Brno, mais pas si rapide,” explique l’Italien. “Nos performances sont en ligne avec Yamaha et Honda. Sur ce tracé, nous souffrons seulement au deuxième virage et c’est dans ce secteur que je perds l’avantage que je récupère sur les autres.” Iannone précise qu’il se sent bien sur le “vieux” châssis et qu’il se concentrera sur celui-ci pour la course, “Nous allons travailler sur l’équilibre de la moto demain. Je suis optimiste et la situation est sous contrôle.”

Pour Marc Marquez, c’est l’électronique qui lui causé problème ce matin, “Nous avons modifier les réglages électroniques pour l’après-midi,” déclarait-il. “Nous avons encore beaucoup à améliorer en particulier avec les pneus usés.” Marquez précise qu’avec des pneus neufs, il parvient à être plus rapide en courbe et à compenser le manque d’accélération, “Les prochains circuits sont ceux où nous souffrons le plus de l’accélération. Nous devons prendre des risques durant les essais pour trouver la limite. S’il faut terminer 5e comme en Autriche, je le ferai, mais ce n’est pas ainsi que je serai titré. Nous devons continuer à prendre quelques risques.”

Jorge Lorenzo, 3e aujourd’hui et premier pilote Yamaha, souligne aussi que le circuit est bosselé, “Il l’est plus que l’année dernière, mais c’est la même chose pour tout le monde. Nous avons encore une marge de progression pour demain. Nous avons observé un bon dernier run de Marquez. Sur 2 tours ? Bien. Nous devons attendre demain et voir s’il est capable de faire plus de cinq tours rapides consécutifs en 55. Maverick et Iannone sont forts, de même que Valentino. Maverick semble peiner en course alors qu’il peut être rapide sur un tour. Dans des conditions normales, je pense qu’il y a 3 ou 4 pilotes qui ont un rythme supérieur.”

Son coéquipier Valentino Rossi a terminé la journée avec le 5e temps du classement, “Je suis convaincu que Jorge, Iannone et moi-même avons le meilleur rythme, mais nous ne sommes que vendredi et l’inconnue est Marquez. Tout n’est qu’une question de pneus,” explique Rossi. “Il y a plus de choix avec Michelin qu’avec Bridgestone.” À noter que Rossi, à l’instar de nombreux pilotes aujourd’hui, a vu un de ses temps annulés pour avoir mordu en dehors de la piste, “Les limites ne sont pas claires et personne ne nous a informés de cela. J’essaierai de faire mieux demain.”

À noter le 7e temps d’Aleix Espargaro à seulement six dixièmes de Marquez. Malgré sa blessure (fracture du majeur gauche), l’Espagnol se sent beaucoup mieux, “Je suis vraiment content du travail de la Clinique Mobile. J’ai souffert ce matin, mais j’allais beaucoup mieux durant l’après-midi, la moto fonctionne bien ici à Brno.”

Dani Pedrosa signe le 10e temps de la journée après avoir travaillé sur deux motos complètement différentes pendant les deux séances, “Nous comparerons davantage demain pour faire notre choix final,” explique-t’il. “Nous avons trouvé de bonnes choses et d’autres moins bonnes et nous devons être prudents sur nos choix. Mon dernier run a été meilleur et nous devons partir de cela.”

Loris retrouve le rythme

Depuis l’Autriche, Loris Baz utilise une moto réglée dans la configuration des tests hivernaux, “Dès ce matin, je me suis senti à l’aise sur la moto,” nous confie-t-il. “Cet après-midi, nous avons bien amélioré et nous avons apporté quelques réglages supplémentaires à la moto qui se sont révélés positifs. Nous avons amélioré notre stabilité sur l’avant. Je suis parvenu à boucler un bon tour. J’avais la possibilité de faire mieux, mais j’ai été légèrement gêné.”

Demain, il espère pouvoir passer directement Q2, “Je pense que nous avons les moyens d’y arriver, et cela fait un petit moment que je ne me suis pas senti aussi bien. Nous allons travailler au maximum demain, pour préparer au mieux la course.”

67.5° et le coude

En 2014, lors du test privé Honda qui a suivi le Grand Prix de République Tchèque à Brno, Marquez avait échappé à une chute sur une perte de l’avant (lowside). L’Espagnol avait alors été crédité du record d’inclinaison avec 68.3°. Aujourd’hui, le pilote Honda a fait de même au cours de la FP2 avec un angle de 67.5°, “Quand ce genre de choses se passe, c’est parce que vous allez à limite,” dit-il.

“J’ai pensé que j’allais chuter, mais j’ai pu me rattraper au dernier moment avec le coude. Comment je l’ai rattrapée ? En réalité, je ne sais pas. Je dis toujours que c’est la chance, mais je pense que c’est plutôt mon habilité à réagir et je suppose que ce sont mes entraînements en motocross qui y sont pour quelque chose.” Dans tous les cas, Marquez n’espère pas être dans la même situation en course : un rattrapage similaire est pourtant survenu lorsqu’il se battait pour la victoire face à Rossi à Barcelone…

Une histoire d’ailerons, mais pas seulement

Peu après la première séance d’essais libres Moto2, Shuhei Nakamoto (HRC), Kouichi Tsuji (Yamaha), Gigi Dall’Igna (Ducati Corse) et Ken Kawauchi (Suzuki) ont tenu une conférence de presse durant laquelle ils sont revenus sur leur saison respective.

Plusieurs thèmes ont été abordés à commencer par le logiciel électronique unique. Pour Ducati, celui-ci semble plus que bon, “Je vraiment content de ce logiciel,” explique Dall’Igna. “Nous ne rencontrons pas tant de problèmes et les performances sont proches des meilleurs. Tout le monde a participé au développement de ce logiciel et tout le monde a donné les connaissances nécessaires.”

Du côté de Suzuki, la donne est différente, “Il y a encore une marge de progression au sujet du logiciel,” confirme Kawauchi. Pour Honda et Nakamoto, les performances de la RC213V sont étroitement liées à l’électronique, “Je suis content de ce logiciel, mais il est beaucoup plus délicat à maîtriser que la version Honda. Auparavant, il suffisait qu’un ingénieur modifie quelques détails pour régler la moto. Aujourd’hui, cela nécessite plus de travail. Le logiciel a été discuté par tous les constructeurs et ils n’ont pas eu de problèmes à ce sujet.” Nakamoto espère pouvoir concrétiser le travail accompli jusqu’à aujourd’hui sur l’électronique pour progresser davantage.

Les ailerons sont ensuite revenus au centre de la discussion. Ceux-ci seront interdits à partir de la saison 2017. Pour Dall’Igna, les bannir est une erreur, “Ducati est assez déçu de ce nouveau règlement. Malgré plusieurs chutes, il n’a pas été démontré que les ailerons sont dangereux. Les interdire en avançant l’excuse de la sécurité est dangereux.” Selon l’Italien, qui a offert la première victoire à Ducati dimanche dernier, “Au sein de la MSMA, nous avons essayé de trouver un terrain d’entente (des ailerons plus petits), mais nous y sommes pas parvenus.”

Dall’Igna s’est ensuite justifié en avançant des arguments plus généraux, “Je ne comprends pas les raisons de l’interdiction des ailerons. L’industrie a besoin de progresser au sujet de l’aérodynamique, mais celle-ci n’en a pas la connaissance. Les interdire [en MotoGP] ne va pas aider.”

Tsuji San (Yamaha) confirme aussi que la décision n’a pas été unanime et il ne cache pas son intérêt pour les ailerons, “Il y a un bénéfice énorme apporté par les ailerons. Pour la saison prochaine, nous devrons faire en sorte de disposer de la même moto sans les utiliser.”

Contrairement à Suzuki et Aprilia, Ducati, Honda et Yamaha ne peuvent pas apporter de mise à jour à leur moteur durant la saison : les développements sont gelés peu avant le début de la saison. Pour Nakamoto San, “Cela n’a pas besoin d’être changé, cela [leur] permet de faire des économies et de ne pas avoir à réévaluer les coûts durant la saison.”
Pour Tsuji San, “Passer de 5 à 7 moteurs coûte beaucoup d’argent. Ne pas pouvoir apporter de développements durant la saison est un bon compromis.” Dall’Igna sort des sentiers battus et déclare : “S’il y a un problème après les tests hivernaux, le constructeur doit faire avec durant toutes la saison. Je pense qu’une mise à jour par saison pourrait être autorisée, mais aujourd’hui il n’est pas question de changer cette règle.”

Au sujet de l’arrivée de Michelin, Dall’Igna déclare, “Michelin nous a proposé des pneus vraiment bons. Il n’y a seulement eu que deux courses où ils n’ont pas été les meilleurs, en dehors de celles-ci, nous sommes contents. Ce n’est pas simple de proposer des pneus pour ce type de moto.” Pour Yamaha et Tsuji San, les nouveaux pneus n’ont pas été un gros problème. D’ailleurs, au sujet des équipes satellites dont les motos ont été principalement développées pour Bridgestone, Dall’Igna explique que les équipes sont contentes et que Ducati a trouvé un bon compromis. Pour Yamaha, “Nous avons essayé un nouveau châssis durant l’hiver qui n’a pas fonctionné et nous utilisé encore le précédent aujourd’hui. Les Yamaha Tech3 sont proches des machines usines.”

Enfin, les représentants ont été interrogés sur la communication moto/pilote, les réponses sont cette fois-ci unanimes, “En course, tout repose sur le pilote et son panneautage et c’est en cela qu’une course MotoGP est excitante,” confie Tsuji San.
Pour Dall’Igna, “Cela pourrait être utile, mais je préfère dépenser de l’argent pour le développement de la moto, par exemple… les ailerons (rires).”

2017…

Après l’éviction officielle de Romano Fenati hier, Pablo Nieto a confirmé que l’équipe SKY VR46 en Moto2 serait composée de Francesco Bagnaia, sans Fenati. Le second guidon n’est pas encore attribué, mais, selon nos informations, Danny Kent serait en discussion… Affaire à suivre.

Dans un autre registre, durant le test Moto2 et Moto3 qui a suivi le Grand Prix d’Autriche, l’équipe Tech3 et Xavi Vierge en ont profité pour essayer des Kalex en configuration CEV équipées de suspensions Kayaba. Un test  écourté par la pluie et donc trop bref pour prendre une décision définitive, même si on semblerait plutôt s’orienter vers un maintien du “Made in France” à Bormes les mimosas…