La catégorie Moto2 est de loin la plus encadrée des Grands Prix; moteur unique, électronique unique, essence unique et huile unique. Il ne reste donc que les parties-cycles pour que les ingénieurs puissent donner libre cours à leurs esprit d’inventivité et se mesurer à la concurrence.

Mais si on a assisté à une prolifération de châssis dans les années 2010/2012, force est de constater que Kalex n’est aujourd’hui pas loin d’imposer une sorte de monopole, avec les dérives que cela entraîne et dont nous allons parler…

Pourquoi l’hégémonie Kalex et quelles sont les dérives? 

A la naissance de la catégorie, en 2010, faire un châssis de Moto2 n’était pas bien compliqué; il suffisait de reprendre les cotes du cadre Honda et de les transposer, soit sur des cadres usinés dans la masse, soit sur des cadres tubulaires, en aluminium ou en acier…

Ils sont nombreux à s’y être essayés, et peut être que les noms suivants vous évoquent encore quelque chose; ICP, Force 210, AJR, FTR, Harris, Moriwaki, TSR, MZ, Inmotec, Arbizu, RSV, MG Compétition, Suter, etc.

Malheureusement, quatre années plus tard, seuls trois fabricants restent en lice, Tech3, SpeedUp et Kalex avec un quasi monopole de ce dernier.

Suter, pourtant champion du monde avec Marc Marquez a également disparu de la grille de départ 2016. Le constructeur suisse a payé en partie son implication totale avec le jeune prodige espagnol. Développant son châssis avant tout pour ce dernier, Suter est donc allé toujours plus loin pour répondre aux entrées de virages toujours plus tardives du numéro 93.  Le résultat a certes été un châssis champion du monde mais dont les autres pilotes se sont lassés, lui préférant peu à peu le Kalex allemand, à la fois plus homogène et plus constant quels que soient les circuit.

Peu à peu, on a retrouvé la même situation de quasi monopole que l’on avait à l’époque du 2temps avec Aprilia, avec tous ses effets pervers.

Au premier rang de ceux-ci, l’effet de mode; tous les pilotes veulent maintenant une Kalex, qu’ils soient fines lames ou seconds couteaux. Evidemment, les premiers sont servis en premier et les seconds en dernier, voire pas du tout.

Pour SpeedUp et Tech3, il est très difficile d’attirer des pilotes capables de jouer le Top 10 à la régulière sur le sec, à tel point que l’équipe française, après 7 années d’effort, s’interroge maintenant sur un éventuel passage chez le constructeur allemand, au grand désespoir d’Hervé Poncharal: “On a fait une victoire avec Takahashi et plusieurs podiums sur les trois premières années. Mais depuis, c’est difficile et on se pose la question de savoir si ça ne vaudrait pas plus le coup d’acheter des Kalex comme tout le monde, auquel cas on aurait une possibilité de choix de pilotes beaucoup plus large. Nous sommes dans une phase de réflexion mais ce serait vraiment la mort dans l’âme et une sorte d’aveu d’échec, le fait qu’on n’arrive pas à trouver des gens prêts à relever des challenges et se battre dans cette catégorie uniformisée. Ktm va arriver en Moto2 et ce sera très bien pour le championnat car ça va régénérer un peu de diversité, avec leur châssis tubulaire comme en Moto3 et MotoGP.”

SpeedUp, qui aligne 3 motos, soit 50% de plus que Tech3, et recueille donc plus de datas que le fabricant français, s’en sort un poil mieux, tant au niveau des pilotes que des résultats, puisque tout est lié. Du moins, pour le moment…

Face à ces deux artisans courageux, et surtout depuis l’élimination (provisoire?) de Suter, Kalex profite entièrement de sa position de quasi-monopole; développement extrêmement limité, à peine de quoi vendre de nouveaux châssis au moins chaque année (Pour rappel, Johann Zarco a été champion du monde en écrasant la catégorie en utilisant un “vieux” châssis 2014), interdiction de modifier quoi que ce soit sur la moto, y compris les éléments carrosserie en carbone, et même interdiction d’utiliser des copies de ces derniers… Les pièces d’origine sont obligatoires, avec le prix en découlant, exactement comme avec Aprilia en 125 et 250cc.

L’histoire se répète donc, et Kalex devrait s’en souvenir, car déjà pointent à l’horizon des nuages dans le ciel germanique…

A suivre.

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