Après la longue et fatigante tournée orientale, nous avons pu interroger Hervé Poncharal pour faire le bilan de ce trio de courses consécutives que sont le Japon, l’Australie et la Malaisie.

Il s’agit toujours d’un moment un peu particulier de la saison, durant lequel les esprits et les corps sont mis à rude épreuve par les nombreux voyages, les décalages horaires ainsi que les alternances de températures entre la froideur australienne et la chaleur malaisienne. La tension y est également plus vive aussi, car le rythme trépidant de cette tournée peut vite faire passer un problème de l’état de petit à celui de gros, d’autant que les teams ne disposent pas de toute leur infrastructure habituelle.

Même s’ils en partent avec plaisir, rentrer en Europe est généralement un soulagement pour les hommes du MotoGP, ainsi que l’occasion de souffler un tout petit peu avant de repartir pour la dernière épreuve de la saison.
C’est dans ce contexte que Hervé Poncharal, le patron des teams Tech3 MotoGP et Moto2, a bien voulu prendre de son temps pour répondre à nos questions, et nous l’en remercions.


Hervé, après avoir évoqué vos meilleurs souvenirs de cette tournée Asie/Pacifique, quels ont été les pires ?

“En MotoGP, c’est quand on a vu arriver Bradley le jeudi à Motegi. Il s’est assis sur la moto, et il ne pouvait prendre sa position de pilote, puisqu’il ne pouvait pas plier le genou. Là, on s’est dit « On est dans la … mouise » car il y avait trois courses consécutives et, franchement, je ne le voyais pas faire un tour. Guy (Coulon) m’a dit « De toute façon, il va sortir du box, essayer de faire un tour et s’arrêter ». Le jeudi, donc on a passé la journée dans cet état d’esprit, et c’était d’autant plus le gros blues que l’on n’avait pas de possibilité pour éventuellement le remplacer.

Et coup de chapeau à sa détermination et à sa résistance à la douleur, ainsi qu’au super boulot qu’ils ont fait à la clinique mobile, parce que non seulement il a fait le Grand Prix du Japon avec toutes les séances, mais il y a fini 13e puis 8e en Australie. Comme vous le dîtes souvent dans vos articles, ces pilotes, ce sont tous des supers bonhommes et peu de gens s’en rendent compte à quel point, comme peu de gens se rendent de l’état dans lequel est sa jambe, encore aujourd’hui.

Le pire moment en Moto2, c’est cette fameuse qualification à Sepang. On sait à quel point une qualification est importante et prépondérante pour le résultat de la course. Quand j’ai vu que tout s’était tellement bien passé en Australie, et que tout s’était tellement bien passé en Malaisie jusqu’à la fin de la FP3, et que dès les premiers tours de la qualif il s’est fait heurté et qu’on a vu qu’il s’était  fait mal à la jambe et que la moto était pas mal abimée, là, tu te dis M… M… M…
A ce moment, c’est un moment difficile. ”

Oublions donc ces mauvais souvenirs et tournons-nous vers Valencia. Tous les titres étant attribués, les pilotes devraient pouvoir se lâcher et cela devrait faire une belle fête, non ?

“Oui. Déjà, franchement, je pense que l’attribution du titre MotoGP au Japon a eu une influence sur Marquez. Il avait scoré à toutes les courses jusqu’au Grand Prix du Japon, oü il a été titré, et les deux suivantes, l’une sur le sec et l’autre sur le mouillé, badaboum, dans le bac à graviers. Donc c’est clair que les pilotes vont être totalement libérés, comme Rossi qui a bétonné sa deuxième place. Après, il y a l’éventualité Lorenzo/Vinales, mais je pense qu’en MotoGP, ça va se lâcher. Lorenzo aura à cœur non seulement de conserver sa 3e place au mondial mais aussi de terminer son aventure Yamaha sur un très bon résultat, Marquez a fait deux boulettes, et je peux vous dire qu’on voyait sur son visage qu’il n’était pas très content de lui, donc il va essayer d’être vite tout en étant à l’arrivée. Rossi en a toujours gros sur la patate de ce qui s’est passé l’année dernière à Valence et a donc une petite revanche à prendre sur ce circuit. Vinales veut bien terminer son aventure sur la Suzuki, et c’est la même chose pour Iannone. Et je ne parle pas de tous les autres pilotes qui changent de teams l’année prochaine, donc tout le monde a une bonne raison de bien faire à cette dernière course. A mon avis, surtout si on a de très bonnes conditions comme l’année dernière, ça va être une très belle course car on y va la fleur au fusil, le cœur léger et sans avoir à faire de calculs particuliers. Ca va être très sympa. En tout cas, on n’aura pas la tension  ni les polémiques un peu négatives qu’on a eues l’année dernière, mais plutôt une belle fin de semaine sportive oü tout le monde va se lâcher. »

Et en Moto2 , même si la lutte pour la deuxième n’est pas terminée, on suivra bien évidement particulièrement la course de notre ami Xavi Vierge et on adorerait qu’il soit titré Rookie of the Year, puisqu’il n’est qu’à un point de Marini, et à égalité avec Oliveira.”