Comme à chaque Grand Prix depuis le début de la saison, Hervé Poncharal a la gentillesse de nous partager sa vision de la dernière course.

Celui d’Allemagne, alliant bonne performance et bonne stratégie de Pol Espargaro,  a tout d’abord été porteur d’espoir, avant que le pilote de Granollers ne chute immédiatement après son changement de pneus. Une faute que l’on qualifie habituellement “de débutant” et qui, après la belle mais frustrante 4ème place aux Pays-Bas, avait amené Hervé Poncharal à nous confier à chaud: “j’ai les boules”.

Aussi avons-nous laissé passer une dizaine de jours avant de revenir sur ces événements où se sont mêlés espoir et déception.


Hervé, après le Sachsenring, vous étiez très déçu et nous avons préféré reporter cette interview pour laisser passer un peu de temps. Comment voyez-vous les choses aujourd’hui?

“On dit le temps que le temps est assassin mais que le temps cicatrise toutes les blessures.  A chaud, vous pouvez comprendre que, vu la situation en MotoGP où obtenir un podium pour une équipe satellite est ô combien difficile, c’est vrai que Assen et Sachsenring ont été deux courses très particulières, perturbées par la météo, et qu’il y avait la possibilité de viser ce podium dont toutes les équipes indépendantes rêvent.
Cela a été fait à Assen avec la magnifique victoire de Jack Miller, Redding y a fini troisième, et nous, nous avons obtenu la place du c.., la quatrième.

Mais en Hollande, je n’ai pas trop été déçu, car Pol a été intelligent et n’a pas voulu tenté le diable. Par contre, quand on voit le profil de la course en Allemagne, on peut avoir des énormes regrets.

Pour des raisons compréhensibles, le groupe Dovizioso-Rossi tournait, tournait, alors que les pneus pluie étaient complètement détruits et que la trajectoire était quasiment complètement sèche, alors que Marquez et Pol ont eu le même feeling de manière totalement spontanée et sont rentrés au même moment après être partis en pneu pluie soft tous les deux. Ils naviguaient tous les deux entre la 8e et la 10e place et ça n’allait pas très bien, et se sont donc dit qu’il fallait prendre le pari de rentrer s’ils voulaient faire un truc.
On a su après que c’était vraiment le bon moment puisque Marquez a ensuite oublié tout le monde et s’est baladé jusqu’à la fin de la course.

Donc quand tu vois ce qui s’est passé, tu ne peux qu’avoir des regrets, parce que, même si j’ai horreur de dire “avec des si” car la course c’est la course, de manière quasi certaine, on était deuxième!

Pol n’a jamais fait de podium en MotoGP, c’était peut-être la dernière chance de la saison 2016, peut-être… et c’est vrai que c’est un peu frustrant car tout le monde s’est beaucoup donné durant la première partie de saison, et on bute toujours sur les 4 ou 5 ténors qui sont sur les motos d’usine. Et quand il y a une opportunité et une petite fenêtre comme ça, et qu’en plus, tu l’as bien saisi…

Voilà, j’en avais un peu gros sur la patate pour ces raisons là. Maintenant c’est la course, il faut l’accepter, et c’est là qu’on voit que Marquez est aussi très fort non seulement en pilotage, ça on le savait, mais maintenant arrive à se maitriser totalement. Il est sorti relativement tôt en slicks avant et arrière, il a réussi a tapé dedans pour les mettre en température d’entrée de jeu mais sans prendre trop de risques, et la performance est vraiment belle de pilotage, mais aussi de gestion mentale.

Nous, on a justement un peu manqué de ça, car la performance était là; Pol avait roulé très fort puisqu’il avait le 5e temps, il a quasiment toujours été la première Yamaha sur le sec et sur la mouillé, et au moment crucial, ben voilà, il a fait la petite boulette que peut-être une meilleure gestion de ses nerfs, de ses émotions et de ses impulsions aurait permis de changer le résultat.

Maintenant voilà, même s’il interrompt sa série de courses consécutives où il a marqué des points depuis le début de la saison, comme il l’a dit, il reste 6e et premier pilote satellite.
C’est comme ça, c’est la vie, on a déjà vécu des déceptions plus sévères et ce n’est pas catastrophique.”

Tous les articles sur : Pol Espargaro