Lors des interviews exclusives que Hervé Poncharal nous accorde à chaque Grand Prix, le factuel laisse souvent la part belle à l’émotion, et ce fut de façon légitime encore une fois le cas après le magnifique Grand Prix de France mené par un Johann Zarco qui inscrit là le plus beau résultat du team Tech3 en MotoGP.

Comprendre le point de vue, parfois changeant, et partager les émotions du toujours passionné Hervé Poncharal, malgré ses trois décennies à la tête de son équipe, est toujours une sorte de privilège que nous sommes heureux de pouvoir vous offrir.

La première partie de cette interview est accessible ici.


Cette signature a effectivement fait plaisir à tout le monde…

« Oui. Et puis, je suis quelqu’un qui aime bien les choses claires. Si cela avait trop tardé, il y aurait certainement eu des gens qui auraient tenté de se mettre dans la brèche, en commençant à parler et à essayer de déstabiliser. Aujourd’hui, ce qui fait la force du tandem Zarco-Fellon, c’est que, comme je vous l’ai dit, ils ne vont pas aller regarder sans arrêt les motos ailleurs, ils croient en eux, ils croient en leur package et leur équipe technique. Ce dont a besoin Johann, c’est que Laurent Fellon, Mathilde Poncharal, Guy Coulon, Hervé Poncharal et consorts laissent Johann dans son monde, dans sa bulle, qu’on le laisse heureux, qu’on le perturbe le moins possible pour qu’il puisse piloter l’esprit serein. Et le fait d’avoir maintenant toute la saison 2017 et toute la saison 2018 ensemble, il est certain que pour Johann, c’est une légèreté d’esprit supplémentaire, et ça lui permet d’être encore plus heureux et positif, et ça lui permet de pouvoir continuer à mieux faire l’artiste comme il nous fait tous les week-ends. »

Terminons maintenant par deux petites questions liées à ce Grand prix au Mans. Les pneus tendres utilisés par Johann Zarco, contrairement aux Yamaha officielles : était-ce une stratégie avec prise de risque, ou cela est-il rendu possible par son pilotage particulièrement coulé ?

« (rires) écoutez, et là je parle de Johann de Jonas : à Jerez, on a fait tout le week-end avec les pneus les plus tendres. Même au Warm up où il y avait une possibilité, nos deux pilotes n’ont pas voulu tester les pneus un peu plus durs car ils étaient sûrs d’eux. Pourquoi ? Parce que ça rejoint le fait que, quand tu es bien dans ta tête, quand tu ne regardes pas ce que font les autres, quand tu bosses bien pendant les essais et que tu suis le plan de travail prévu, normalement tu arrives avant la course avec la simulation de course avec le choix de pneus qui te plaît le plus. Et si cette simulation de course est intéressante et que Michelin te conforte dans ton choix, il n’y a aucune raison de changer. Je viens de vous parler de l’état d’esprit de Johann, et c’est très important. Au Mans, comme vous l’a dit Guy Coulon, on n’a quasiment pas touché à la moto. C’est à l’opposé des années que l’on a connues ou l’on changeait les réglages dans tous les sens pour trouver des solutions qui n’existaient jamais. Quand vous rentrez dans un box et que vous voyez la fourche démontée, vous savez qu’il y a un souci et que ça ne va pas aller tout de suite. Là, c’était le contraire et pour les pneumatiques, c’est pareil. C’est-à-dire qu’il ne doute pas. Et moi je suis pourtant le premier à douter, comme je vous l’ai dit pour le Grand Prix d’Espagne. Ça s’est bien passé mais après la course, je me suis dit que la boulette allait nous sauter à la gueule au Grand Prix de France. Mais en fin de compte, c’est la force de Johann et de Guy de se dire « on l’a fait, on ne doute plus, ça va le faire ».
Après, c’est vrai que le pilotage de Johann est particulièrement coulé. Il brutalise certainement moins son pneu avant, mais aussi son pneu arrière, que d’autres, et comme il l’a déclaré avec humour, il a toujours été doux, même avec les femmes (rires). Donc, comme en général on commence toujours le week-end par l’option la plus soft parce que le circuit n’a pas toujours le meilleur grip, et si jamais tout va bien jusqu’à la simulation de course, il n’y a pas de raison de douter, et on a bien vu en Espagne que l’idée de se dire « plus il fait chaud, plus il faut un pneu dur » ça ne marche pas à tous les coups. Ce serait trop simple. Quand tu as un truc qui fonctionne, il ne faut pas toujours le remettre en cause, et ça c’est la force de Johann et de Guy. Avez-vous vu le nombre de tours réalisées par Johann lors de chaque run ? Il fait toujours au moins 10 tours, et il est le seul. Et ça, le jour de la course, ça paye. En course, tu sais comment ta moto et ses pneus vont évoluer. Si tu fais uniquement des runs de quatre ou cinq tours, ça peut parfois sauver la mise pour passer en Q2 directement, et c’est bien d’être bien placé sur la grille, mais c’est aussi très important d’avoir un package technique, pneus, réglages motos, pilote, etc., Qui soit prêt pour faire une course de 28 tours au Mans. »

Comment avez-vous fêté la deuxième place du Mans, dimanche soir ? Vous avez une anecdote ?

« (Rires) Alors je vais vous dire une anecdote qui va vous montrer que Johann Zarco, Laurent Fellon et Tech3, on n’est pas dans le bling-bling…
Johann voulait fêter son premier podium en MotoGP, et il y a sans doute plein de gens qui pensent que l’on est sorti dans des endroits ultra luxueux, que le champagne coulait à flots avec des pépés partout…
En fait, et ce n’est pas facile un dimanche soir au Mans, j’ai donc réservé un restaurant pour 20 heures.
Et puis, vous savez comment ça se passe, débriefing technique, machin, truc, bidule, puis il faut plier le box et faire ci et faire ça, et à 20 heures, on était encore avec les gars qui étaient encore en train de de démonter. Je dis à Johann qu’il va falloir que je recule le resto. A 20h30, les gars me disent qu’ils n’ont pas fini, qu’ils sont crevés, qu’ils vont devoir prendre leur douche et que demain matin il faut se lever tôt pour prendre la route. Donc en gros, ils disent « franchement, allez-y sans nous ». Mais là, Johann déclare qu’il ne compte pas faire la soirée avec seulement la moitié de l’équipe.
Donc on monte chez Severino (ndlr : l’hospitalité qui ouvre la première et ferme la dernière) qui avait tout plié son restaurant et où il ne restait plus qu’une tente avec une table de cantine et des bancs. Ils ont accepté de nous sortir quelques victuailles ainsi que des assiettes et des couverts en plastique. Et Johann a dit « banco ! ».
Bien sûr, on avait demandé deux bouteilles de vin et quelques bières car on ne boit pas de champagne, et on a passé un super moment. Tous ensemble, on a rigolé, Johann nous a fait un salto devant tous les gens de l’hospitalité Severino, et il était heureux parce que, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Le flacon n’était certes pas bling-bling, et il y a plein de gens qui auraient dit que le MotoGP n’était finalement pas glamour, mais ce moment partagé entre nous tous était à la fois sympathique et authentique, et peu importe s’il n’y avait pas de fauteuils en cuir et de couverts en argent. Johann était content parce que nous étions tous là, au complet, réunis pour fêter son podium. Le reste ne comptait pas. »