Lors de cette conférence de presse post-course du Grand Prix de France qui réunissait également Maverick Vinales (voir ici) et Dani Pedrosa, Johann Zarco a répondu avec plaisir aux questions des journalistes, tout à la joie de cette seconde place qui constitue le meilleur résultat de sa toute jeune carrière en MotoGP.

Comme à notre habitude, afin d’éviter toute interprétation journalistique abusive, nous vous proposons une traduction “brute” de l’intégralité des propos de Johann Zarco, sans aucune mise en forme.


Vous vous attendiez à faire un bon départ et c’est exactement ce que vous avez fait…

Johann Zarco : « merci ! Maverick a également fait un bon travail en apportant la 500e victoire à Yamaha, ce qui est très bien pour eux. Pour moi, mener la course a été une bonne chose. Il est vrai que depuis la première course, je me sens bien dans les premiers virages, et en partant de la première ligne, j’ai à nouveau saisi cette opportunité. Quand j’étais en tête, j’ai eu un flash rapide sur le Qatar (rires). Et je me suis dit «hé, ne fais pas d’erreur » mais les conditions étaient meilleures et il était plus facile de rester sur la moto. Quand il m’a doublé, c’était super car il était extrêmement rapide mais j’ai été capable de le suivre. Et je pense que, pour moi, cela a été une clé pour le podium. J’ai pris son rythme puis nous avons pu nous échapper. Sur la fin, Valentino était très fort alors qu’il ne restait pas beaucoup de tours à effectuer. J’étais donc heureux de cette troisième place mais quand il a commencé à se battre avec Maverick, j’ai pensé que comme ici, en France, c’est un circuit étroit, quelque chose pouvait arriver. Et quelque chose est arrivé, donc je suis juste heureux car il y a tellement de fans ici et cela m’a donné une énergie positive puisque je n’ai jamais été aussi fort que ça. J’apprends et je prends du plaisir : c’est juste extraordinaire ! »

Vous aviez choisi des pneus tendres qui, finalement, ne se sont pas tellement dégradés. Pourquoi ?

« Oui. Car je n’avais utilisé que les tendres pendant le week-end. Nous voulions utiliser les tendres pour conserver cette confiance et j’ai eu de la chance que ce soit très ensoleillé depuis le matin, mais que la piste ne soit pas aussi chaude que ce à quoi nous nous attendions. Et cela a été une autre clé pour conserver ce rythme aujourd’hui. »

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous : votre premier podium en MotoGP ou vos deux titres mondiaux ?

« Je vis le présent, je vis l’instant. L’émotion du second titre était très forte et j’ai beaucoup pleuré sur le podium car la pression était plus élevée. Ce week-end au Mans, il y avait un peu de pression car, comme en Moto2 et en 125 dans le passé, c’est le seul Grand Prix où les gens vous reconnaissent et disent « hé, Zarco podium, Zarco podium ». Donc vous répondez toujours « oui, oui » et à la fin du week-end, vous réalisez que vous aviez trop de pression et que vous n’avez pas bien piloté. Je ne voulais pas faire ce genre d’erreurs, et quand j’ai commencé vendredi, et également samedi matin, j’ai ressenti cette sorte de pression, donc à partir de la FP4, je me suis dit « reste calme » et je pense qu’à partir de la FP4, cela a tout simplement été un week-end parfait jusqu’à maintenant. Il y a plus d’émotions pour le titre, car cela se construit depuis la première course jusqu’au titre. Durant les 18 courses du championnat, vous avez le temps d’être stressé, alors que pour le moment, nous en sommes à la cinquième course. J’apprends, je découvre de nombreuses choses et j’adore être là, parmi les meilleurs. »

Où était et où est votre limite ? Avez-vous vu la bagarre entre Rossi et Vinales ?

« Avec le pneu tendre, durant les sept derniers tours, j’ai un peu commencé à peiner, et ils étaient toujours meilleurs que moi en sorties de virage. Vinales était meilleur que moi dans ce domaine de pilotage, mais j’ai pu le suivre et c’était compliqué sur la fin. Et quand Rossi m’a doublé, il était meilleur en vitesse de passage. Donc j’étais content, et quand je les ai vus se battre, en voyant Vale fort comme ça, j’ai pensé qu’il allait doubler Maverick et s’échapper. Mais Maverick l’a attaqué dans ce virage lors du dernier tour, et j’ai alors eu une autre pensée à l’esprit, jugeant que c’était serré et que quelque chose pouvait arriver. Donc j’étais un peu loin, en essayant de conserver un bon rythme et de rester concentré, mais vraiment, j’étais à la limite et ils étaient à la limite, donc pas en mesure d’attaquer.

Où est ma limite ? A ce niveau, vous devez tout faire parfaitement quand vous pilotez ; vous devez attaquer en entrée de virage, vous devez relever la moto et contrôler l’adhérence en sortie de virage. Donc, quand Maverick a peu à peu creusé l’écart, je voulais parfois le rattraper au freinage et en entrée de virage car je pense que c’étaient mes points forts ce week-end, mais quand vous êtes déjà sur le podium, vous ne voulez pas attaquer jusqu’à cette limite et prendre encore plus de risques. Car je perds toujours en accélération, et, compenser au freinage, vous pouvez parfois le faire durant la moitié de la course. Aujourd’hui, je l’ai fait plus longtemps, mais il y a une limite et je dois travailler là-dessus. »

Pensez-vous que ce sera maintenant plus facile ou plus difficile pour vous ?

« C’est toujours difficile d’attaquer à la limite. J’ai besoin de découvrir presque tous les circuits avec cette moto. Je connais très bien tous les circuits depuis de nombreuses années mais je les aborde maintenant avec beaucoup d’humilité pour faire un bon travail. Donc ça ne peut pas être plus facile car nous avons des pilotes de pointe devant ; ils sont champions depuis longtemps et ils savent également comment attaquer durant tous les week-end depuis de nombreuses années. Je veux faire partie de ce groupe, je dois attaquer presque comme eux. »

Vous êtes-vous spécialement préparé pour la fin de course ?

« Je ne me suis pas particulièrement préparé pour mieux finir la course. Mon point faible reste le patinage et l’accélération. Encore une fois, cela a été très difficile en Argentine car je patinais beaucoup, puis au Texas j’ai été en mesure de rester avec les pilotes de pointe jusqu’à la mi-course, et à Jerez j’ai perdu le contact dans le dernier tiers de la course. Le test de lundi à Jerez était une bonne journée pour essayer différentes choses et ressentir plus de contrôle avec les pneus après 15 ou 20 tours. Cela a été le facteur le plus important pour rester là. »

Crédit photo: MotoGP.com