Loin de la communication un peu formatée des traditionnels communiqués de presse, les échanges entre le pilote français et les journalistes dans l’hospitalité Tech3 sont d’une richesse et d’une simplicité que les vrais passionnés apprécieront (vous pouvez retrouver tous ses débriefs passés dans notre rubrique (“Interviews“). Il y a toujours le petit détail qui nous fait plonger chaque jour davantage en immersion dans le monde de la MotoGP…

Comme à notre habitude, nous reportons ici l’intégralité des propos de Johann Zarco, de façon brute, donc sans aucune mise en forme ou déformation journalistique.


Votre résultat à l’arrivée a-t-il été conditionné par votre position sur la grille de départ ?

« Exactement ! Une meilleure position sur la grille est vraiment nécessaire pour rester dans le top 5 et avoir une chance d’être sur le podium. Je le savais mais j’ai peiné samedi, et ce fut une autre expérience : partir 19e en sachant que je pouvais être très régulier durant la course. Il était donc nécessaire de rester calme et, quoi qu’il en soit, prendre de cette expérience.
Neuvième est plutôt bon car je suis devant Cal, devant Petrucci qui a fait une incroyable course à Assen. Au Championnat, il m’a repris beaucoup de points à Assen, mais j’ai pu être devant lui ici, donc je suis content car cette neuvième position est très bonne pour le championnat.
Ici, même si j’étais parti de la deuxième ligne, comme Jonas, je n’aurais pas pu avoir son rythme. J’ai fait tous mes tours en 1’22 alors qu’il a fait la course sous les 22, ce que je n’aurais pas pu faire. Peut-être qu’il aurait été possible de faire quatrième ou cinquième, comme Vinales ou Rossi, car le rythme était comme le mien. Mais se battre pour le podium comme Jonas l’a fait n’était pas possible pour moi ce week-end. Je suis vraiment content à propos de ce qu’il a fait : c’était bien pour lui, mais également pour nous car c’est la compétition entre les pilotes et pour le team, c’est fantastique. »

Ton choix de pneus était-il un pari pour compenser la position de départ ?

« Ce n’était pas un pari particulier. Samedi matin, c’est avec ces pneus que je me suis senti le mieux pour garder une constance. Et on a quand même l’expérience, au Sachsenring, que quelque soit la catégorie, être constant au dixième près, à la fin ça fait une belle course. Là, 30 tours, c’était long, en Moto2 c’était 29 je crois. Ce sont les pneus sur lesquels je me sentais le mieux, médium avant, Hard arrière. C’est aussi pour ça que j’ai chuté samedi matin, parce que je n’ai pas passé le Soft avant. Voilà. Là, je crois vraiment que je fais de l’expérience : changement climatique, prendre le bon pneu au bon moment, et ça pour assurer une course pour une monte un peu plus dur, et bien la terminer, et voir qu’avec une meilleure position sur la grille, j’aurais été aux avant-postes. Un peu, en fait, comme à Barcelone. Vraiment, ça permet de voir que quand je mettrai tout bout-à-bout dans les week-ends de course, je serai là. Comme à Assen, c’était finalement aussi tout bien, et là le choix du Soft n’était pas problématique parce que je terminais la course. Voilà. J’ai fait l’expérience de partir loin et, grâce à la régularité, je termine sur des places honorables. J’ai fait l’expérience de partir devant et de rester devant plus de la moitié de la course. Et là aussi, c’était intéressant pour prendre confiance et se rendre compte de ses capacités. Je crois vraiment que j’ai besoin de passer un peu par toutes les phases pour me construire, et ensuite me bagarrer pour le championnat dans le futur. »

Sur ce week-end, où est-ce que Jonas fait la différence par rapport à toi ?

« Meilleure adaptation sur la piste. C’est une piste où j’ai souvent eu du mal. Les deux dernières années en Moto2, j’ai fait des belles courses mais même en Moto2, c’était dur. En 125, c’était dur. Voilà, une piste difficile pour moi, peut-être au niveau du grip, ça glisse. Ou est-ce que je n’arrive pas assez bien à la faire tourner ? Si je le savais, je n’aurais pas rencontré…
Mais voilà. Je crois qu’il a…
Pour 4/10 de différence, tu passes sous les 22 et tu pars avec Márquez. Et c’est vraiment ce qu’il a fait. Peut-être un petit truc en plus : il a bien géré la pression et l’a transformé en motivation, et c’est top ! »

Comme toi au Mans ?

« Exact ! Oui, oui ! Je le disais, ça porte bien les Grands Prix nationaux nous, et pour le team. Dommage qu’on n’ait pas 4 Grands Prix comme en Espagne (rires). Non, non, c’est super. »

Pendant cette première moitié de saison, où t’es-tu senti le plus progresser ?

« Je me souviens qu’en début d’année, avant d’attaquer la saison, je perdais beaucoup de temps sur les phases d’accélération. Et là, tiens je n’y pensais plus, mais je ne perds plus de temps à ces endroits là. Donc j’ai réussi à combler ça après Jerez, je crois. Après Jerez, j’ai comblé un déficit sur l’accélération, et puis ensuite il y a eu le podium du Mans. Depuis le podium du Mans, finalement je n’avais plus ce déficit à l’accélération, mais après, c’est vraiment réussir à construire son week-end, être serein et préparer la course, et dès qu’il y a besoin de faire un chrono, passer les pneus plus tendres et savoir faire le chrono. Et ça, l’expérience est importante parce que, en tant que pilote, quand on découvre, on a le doute de savoir si on est capable d’aller 5/10 plus vite. On se demande si c’est juste le pneu qui va me faire aller 5/10 plus vite, ou si j’en ai la capacité. C’est pour ça que des fois, ça met un stress dès le vendredi. Parce qu’on essaie d’aller vite, et c’est là la différence avec un Vinales ou un Rossi, c’est que ils peuvent avoir des pneus durs et leur manquait 5 ou 6/10, ils savent que dès qu’ils vont mettre un pneu soft, ils vont avoir les fumigènes parce qu’ils savent mener la moto comme il le faut. Et ça, c’est la petite phase où j’ai passé un cap sur les trois derniers Grands Prix. »

Pour ta première saison, tu es en avance sur ton tableau de marche initiale ?

« Complètement ! Jonas comme moi, parce que l’on a atteint chacun un podium, en plus une deuxième place à chaque fois. On est en avance. Pas se reposer sur cette avance. En profiter et que ça donne le sourire. Et donc, se servir de ça pour rester à ce niveau-là. Parce que la MotoGP, comme les catégories avant, c’est le haut niveau, et si à un seul moment on souffle, on perd des positions et on n’est plus dans le rythme. Et ça, il faut faire très attention à ça. C’est la mi-saison, il faut savoir récupérer de l’énergie pour après se relancer, tout donner et s’investir à fond. »

Jonas est sympa, mais c’est quand même un vrai rival qui se dévoile…

« Pour moi, je ne l’ai jamais sous-estimé ! Il s’est mieux et plus rapidement adapté que moi pendant les tests hivernaux où il a été très rapide. Ensuite, sur les courses, j’ai eu une meilleure gestion dernièrement. Là, il refait un bond au championnat. Moi je crois que c’est top ! »

Pour bien clarifier la chose, si c’était à refaire, tu aurais mis des soft à un quart-d’heure de la fin de la troisième séance d’essais libres ?

« J’aurais mis LE Soft avant. Et ça aurait sans doute évité la chute et j’aurais été qualif pour la Q2, partir au moins dans les 10. Voilà, ça aurait changé beaucoup de choses. C’était ainsi et je l’ai pris avec du plaisir et de la décontraction. »

Finalement, tu sais bien doubler, tu as gagné 10 places… (rires)

« Je n’en avais pas de doutes (rires) mais c’est vrai que c’est quand même compliqué, parce que on a beau imaginer qu’on va pouvoir doubler là, là et là, mais dès qu’on est derrière la personne, « allez, je m’avance et il suffit d’accélérer plus », ben au lieu d’avancer, je patine. Presque pour doubler, il faut moins accélérer pour moins patiner : il y a des choses qui sont un peu contradictoires. C’est pour ça qu’il faut vraiment avoir les nerfs solides et être calme. »

Des vacances studieuses ou une vraie coupure pendant l’intersaison ?

« Assez occupé jusqu’au 18, je pense, et après il faut rester en forme physiquement dans tous les cas. Mais la pause mentale, elle va se faire du 18 au 28. »

Le fait que tu ais chuté deux fois ce week-end, ça t’a fait douter ou pas du tout ?

« Non, pas douter. La chute sous la pluie, vraiment, ce sont des choses qui arrivent et ça peut arriver. La chute à grande vitesse, elle m’a plus contrarié que fait douter. Par contre, c’est vrai que ce grand virage, là, je crois avoir pris confiance à trois tours de la fin (rires). Oui, il m’a fallu 27 tours pour me faire une réserve (rires). »

Ton favori pour le championnat ?

« Moi j’ai annoncé Márquez en début d’année, c’est lui qui a pris la tête du championnat. Je crois que c’est lui qui sait le mieux gérer. Il a la vitesse parce qu’il est jeune, et il a la gestion. Alors que dans le team Factory Yamaha, tu as Rossi qui a la gestion et Vinales qui a la vitesse. Et Márquez a les deux. Et il est obligé, parce qu’il a la Honda. »

Résultats du Grand Prix d’Allemagne :

1. Marc Marquez ESP Repsol Honda Team (RC213V) 40m 59.525s
2. Jonas Folger GER Monster Yamaha Tech 3 (YZR-M1)* 41m 2.835s
3. Dani Pedrosa ESP Repsol Honda Team (RC213V) 41m 11.071s
4. Maverick Viñales ESP Movistar Yamaha MotoGP (YZR-M1) 41m 13.778s
5. Valentino Rossi ITA Movistar Yamaha MotoGP (YZR-M1) 41m 14.505s
6. Alvaro Bautista ESP Pull&Bear Aspar Team (Desmosedici GP16) 41m 16.059s
7. Aleix Espargaro ESP Factory Aprilia Gresini (RS-GP) 41m 19.261s
8. Andrea Dovizioso ITA Ducati Team (Desmosedici GP17) 41m 19.713s
9. Johann Zarco FRA Monster Yamaha Tech 3 (YZR-M1)* 41m 20.663s
10. Cal Crutchlow GBR LCR Honda (RC213V) 41m 23.735s
11. Jorge Lorenzo ESP Ducati Team (Desmosedici GP17) 41m 25.184s
12. Danilo Petrucci ITA Octo Pramac Racing (Desmosedici GP17) 41m 31.065s
13. Pol Espargaro ESP Red Bull KTM Factory Racing (RC16) 41m 31.704s
14. Bradley Smith GBR Red Bull KTM Factory Racing (RC16) 41m 35.978s
15. Jack Miller AUS Estrella Galicia 0,0 Marc VDS (RC213V) 41m 37.296s
16. Mika Kallio FIN Red Bull KTM Factory Racing (RC16) 41m 37.377s
17. Karel Abraham CZE Pull&Bear Aspar Team (Desmosedici GP15) 41m 38.848s
18. Tito Rabat ESP Estrella Galicia 0,0 Marc VDS (RC213V) 41m 40.715s
19. Loris Baz FRA Reale Avintia Racing (Desmosedici GP15) 41m 59.375s
20. Scott Redding GBR Octo Pramac Racing (Desmosedici GP16) 42m 1.189s
21. Alex Rins ESP Team Suzuki Ecstar (GSX-RR)* 42m 1.220s

Classement provisoire du Championnat du Monde :

1 Marc MARQUEZ-Honda 129 points
2 Maverick VIÑALES-Yamaha 124
3 Andrea DOVIZIOSO-Ducati 123
4 Valentino ROSSI-Yamaha 119
5 Dani PEDROSA-Honda 103
6 Johann ZARCO-Yamaha 84
7 Jonas FOLGER-Yamaha 71
8 Danilo PETRUCCI-Ducati 66
9 Jorge LORENZO-Ducati 65
10 Cal CRUTCHLOW-Honda 64
11 Alvaro BAUTISTA-Ducati 44
12 Jack MILLER-Honda 41
13 Scott REDDING-Ducati 33
14 Aleix ESPARGARO-Aprilia 32
15 Loris BAZ-Ducati 31
16 Andrea IANNONE 28
17 Tito RABAT 23
18 Hector BARBERA 21
19 Karel ABRAHAM 20
20 Pol ESPARGARO 14
21 Bradley SMITH 8
22 Alex RINS 7
23 Michele PIRRO 7
24 Sam LOWES 2
25 Sylvain GUINTOLI 1

 

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