Le Grand Prix de Jerez….. avant!

Quelques passionnés espagnols nous entraînent sur le web dans ce qui étaient les compétitions à Jerez avant la construction du circuit actuel…
Un grand merci à eux, dont nous citerons les noms en fin d’article, à commencer par Jaime Barriga Rodriguez qui nous a très gentiment autorisé à piocher dans ses archives personnelles pour écrire cet article.

C’est le weekend, alors profitons-en pour un petit retour dans le passé…
Article publié en deux parties à cause du nombre conséquent de photos. (La première partie est accessible ici)

 Deuxième partie: les circuits urbains

Face au succès de ces manifestations semi-nautiques, Francisco Pacheco Romero (1917 – 2010), avec l’aide de son fils et de José Garcia Cauqui Torrent, créent le Moto Club Jerezano.
Objectif avoué de la chose, profiter de la construction d’une nouvelle avenue rectiligne à Jerez pour y organiser une course de moto en ville!
Il reçoit alors le soutien des militaires du camps d’ El Tempul, ce qui, surtout à cette époque et dans le contexte d’alors, était très loin d’être négligeable…
Le commandant Prado et le capitaine García-Morato, tous deux grands amateurs de motos, fourniront donc au club une logistique presque infinie: soldats, camions, bottes de paille, barrières, etc.
Le tracé choisi prend alors le nom de “Circuito de la Constancia“.

Le projet prend corps et la première édition a lieu en 1957 le sous le nom de “Premio de la Merced “.
En 1963, la manifestation reçoit le Trofeo Nuestra Señora de la Merced et prend l’appellation de “Premio International Nuestra Nuestra Señora de la Merced“.
Il intégrera le championnat espagnol.
A la fin des années 60′, le circuit se déplace légèrement quelques rues plus au Nord , dans le Polígono de San Benito.

Dans les années 1970′, le tracé se déplace à nouveau pour intégrer le Polígono Industrial El Portal, situé un peu à l’extérieur du Sud de la ville.
La manifestation est alors, pour la première fois, sponsorisée par la marque de Porto locale, Tio Pepe,et la télévision espagnole y couvrira l’évènement, également pour la première fois.

Nous vous laissons vous délecter des photos et vous rappelle que c’est sur ce dernier circuit qu’à eu lieu la seule victoire de la But d’Eric Offenstadt, en 1980, pilotée par Hervé Guilleux et préparée par Emmanuel Laurentz (voir en fin d’article).

Premier circuit:

 

Polígono de San Benito :


Benjamín Grau sur Derbi


Usine Derbi dans le paddock (1972)


Angel Nieto sur Derbi 50 (1972)


Le même sur la 125… (1972)


Le suédois Borje Jansson, sur Yamaha (1972)


Nieto derrière Grau (1972)

Ricardo Tormo, carénage cassé…

 

 

Polígono El Portal :


Angel Nieto, Derbi 250, 1973


Victor Palomo, 1973


Grille 125, 1974


Grille 750, 1974


Korhonen en tête, suivie par Benjamin Grau et Victor Palomo


Benjamín Grau, Derbi 125, 1975


Benjamín Grau, Ducati 750, 1976


Patrick Fernandez sur Yamaha, 2º en 1976 derrière Grau


Enrique Escuder sur Mobylette!


Saut sur un raccord!


Grau, Derbi 250, 1980


Ricardo Tormo, 125 Morbidelli


 


Hervé Guilleux, 1980

A propos de ce qui sera finalement la seule victoire de la But d’Eric Offenstadt, Emmanuel Laurentz, le fidèle mécanicien d’Hervé Guilleux, nous a confié les détails cette aventure en Andalousie…

Fin 1980, Hervé et Emmanuel prennent donc la route de Jérez, pour une course hors-championnat du monde (dont la manche espagnole se déroule alors à Jarama), à bord de leur Citroën C35.

C’est encore l’époque où des meutes de plusieurs dizaines de chiens sauvages arpentent les plateaux espagnols et le « circuit » de Jérez n’est en fait constitué que de quelques routes se faufilant entre les maisons et les arbres, dont une départementale remplie de nids de poule.
En tout, un parcours de 4,650 kilomètres constitué de plusieurs lignes droites dépassant les 1000 mètres entrecoupées de virages à angle droit.

Le paddock (ou plutôt le parking d’une petite zone industrielle bordé de terrains vagues) est bien rempli et on y retrouve Sito Pons, Joan Garriga, ainsi qu’Alberto Puig, l’actuel mentor de Dani Pedrosa.
Pourtant engagée en catégorie 500cc,(face aux 500RG et TZ), les essais ne se déroulent pas trop mal pour la petite But 350cc, qui y obtient le 5° temps.

Trente minutes avant le départ, on met la moto en route pour se rendre sur la pré-grille mais Emmanuel entend alors un sifflement malheureusement trop identifiable : « Vilo ! » hurle-t-il à Hervé.
C’est alors un rush frénétique de la part de la part d’Emmanuel, d’Hervé, et deux copains.
Dépose du carénage, des pots, des carburateurs, des axes moteurs, culasses, cylindres : tout s’enchaîne sans perdre la moindre seconde.

On ouvre les carters et Emmanuel y « jette » un vilebrequin complètement à bout de souffle qui traînait quelque part dans le fourbis de « la caisse du pauvre » transporté par le team.
Les pions de centrage des roulements se positionnent mal mais personne ne s’en aperçoit.
Emmanuel resserre le tout et commence le remontage.
De la même façon, le pignon en plastique de pompe à eau se met en travers mais, dans la précipitation, on referme le tout et on fixe le moteur dans le cadre en demandant à Hervé de remettre son casque.
Huile, eau, mise en route et on pousse la moto alors que la barrière s’abaisse.
Moins de trente minutes pour changer le vilebrequin ; pari gagné!

Les motos s’élancent et Emmanuel attend la fin du premier tour.
A sa grande surprise, il découvre la But, avec une cinquantaine de mètres d’avance sur tout le monde, mais aussi un inquiétant et gigantesque nuage de fumée bleue !
Personne ne comprend pourquoi la moto fume autant mais, visiblement, elle marche bien.

Tour après tour, les nerfs d’Emmanuel sont mis à rude d’épreuve mais la But continue sans faiblir et, au bout de 12 tours, c’est l’improbable victoire qui a lieu !

Toute l’équipe fête l’évènement comme il se doit puis prend la route de l’Italie pour la course suivante qui se déroule au Mugello.

Arrivé sur place, Emmanuel se préoccupe de l’énorme fumée de Jérez et entame le démontage de la moto victorieuse.
Plus une goutte d’huile dans la boîte ! Plus une goutte d’eau dans le radiateur !
En fait, les roulements légèrement décalées avaient permis au moteur d’aspirer toute l’huile de boîte.
Ça ne risquait pas de serrer ! Et heureusement, puisque le pignon de pompe à eau, monté de biais, n’avait plus de dents et que l’eau en ébullition s’était échappé du circuit.

Il y a des jours « comme ça », où la « barraca » ne vous quitte pas !

Et puis, quitte à parler des Français qui faisaient alors le déplacement en Andalousie, citons entre autres également Jacky Hutteau, Jacques Bolle, Patrick Plisson ou Thierry Noblesse, des pilotes qui ont connu le “pittoresque” de ces courses en Espagne.

Le premier pourrait vous raconter comment, par exemple, le nombre de tours des courses était variable, en fonction de qui était en tête…


 

Construction du circuit actuel :

L’actuel Circuito de Jerez, bien que non-terminé au niveau des tribunes, bâtiments ou tour de contrôle, est inauguré le 9 décembre 1985, sur une piste mouillée, avec une course de voitures de tourisme.

En avril 1986, il reçoit son premier GP de Formule 1 puis son premier GP d’Espagne moto un an plus tard.
Une vidéo montrant quelques images de la construction et le premier GP de F1 est disponible.

Il faudra attendre 1992 pour que le tracé reçoive son premier gros changement, en l’occurrence l’adjonction d’une nouveau virage et d’une ligne droite de 600 mères pour remplacer une chicane ainsi qu’un re-surfaçage total. Sa longueur passe ainsi à 4 423 mètres.
Les commodités sont améliorées (salle de presse, pit-lane, air-fences)
En 1994, le tracé reçoit une nouvelle chicane destinée uniquement à la F1.

Enfin, en 2002 est construit l’Ovni qui surplombe la ligne droite de départ.

Crédits et remerciements:

 Jaime Barriga Rodriguez : son livre incontournable (pour vous ou pour offrir) est disponible ici mais il en reste très peu d’exemplaires…
 
José Mª Galindo et “PACO JEREZ” (Francisco Velasco) 
 
Le site de Puerto de Santa Maria
 
GentedeJerez
 
Jerez Siempre
 
J. J. Medina
 
Piston brew

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