Nous sommes samedi soir et l’actualité du MotoGP est légère, bien qu’actuellement dominée par les tractations autour de Suzuki…

Nous en profitons donc pour faire un petit retour en arrière au sujet de cette marque japonaise afin de se rappeler, ou de prendre connaissance, de l’incroyable histoire qui permit à Suzuki d’acquérir sa première couronne mondiale en 50cc!

Vous êtes bien installé? Alors allons-y…


Au début des années 50, seul Walter Kaaden, ancien ingénieur du Reich récupéré par les communistes (il faisait partie de l’équipe de Werner von Braun qui travaillait sur les V1, V2 et V4) avait trouvé comment faire marcher les deux temps. Il travaillait pour MZ, mais l’usine n’avait pas les moyens de se payer les top pilotes du gratin mondial de l’époque.

Le service course de MZ, dans les années 50, c’était 5 personnes, pilotes compris ! Les pilotes étaient aussi mécanos, ingénieurs, tourneurs…
Kaaden a vite trouvé de la puissance, mais alors la boîte ne suivait plus, les embiellages non plus, les fourches télescopiques se tordaient au freinage, parce que les bons matériaux étaient rares, et chers.

Pour fabriquer ses premiers disques rotatifs, Kaaden a du les découper dans des lames de scie qui lui restaient, souvenir des meubles de l’atelier qu’il a du réaliser lui même ! Ils fabriquaient eux-mêmes leurs machines-outils !

Courir à l’ouest était une gageure, ne serait-ce que pour obtenir le droit de sortir, rarement plus de 3 personnes à la fois, et pour avoir les moyens de survivre à l’ouest.

Le secret de Kaaden, c’était d’avoir trouvé les formules mathématiques permettant de déterminer avec précision la forme et le volume des chambres d’expansion des échappements, sans doute à partir des travaux nécessités par la mise au point du pulso-réacteur des V1, un système original et peu coûteux basé sur des explosions successives de masses de gaz dans un tuyau, où précisément les questions de résonance et d’ondes sont essentielles.

Tout au long des années 50, aux mains de pilotes Est-Allemands, les MZ vont faire des exploits mais sans jamais pouvoir réellement battre, sur toute une saison, les usines italiennes FB Mondial, MV Agusta ou Morini.

En 1960, Gary Hocking, un jeune Rhodésien, avait bien vu que ces motos marchaient fort, et il a accepté de rouler pour MZ gratuitement. Il a gagné les deux premiers GP250 de l’année et MV Agusta lui a aussitôt fait signer un contrat à effet … immédiat !

Grâce à l’argent du Comte Agusta, MZ se trouvait privée de son meilleur pilote et MV a pu conserver le titre 250.

A chaque GP à l’ouest, Kaaden était systématiquement accompagné par un membre du PC est-allemand chargé de vérifier que Kaaden porte bien la bonne parole, au lieu de dire qu’il n’avait pas de moyens.

Et puis arriva Ernst Degner ; une sorte de fils spirituel pour Kaaden. C’était un pilote, mais avec de solides notions techniques qui en faisaient un véritable second de Kaaden au sein du service course.

En 1961, tandis que Gary Hocking cueille les fruits de son coup de bluff en remportant les titres 350 et 500, tandis que Mike Hailwood remporte son premier titre sur une 250 honda-4 privée face aux pilotes payés par l’usine, Ernst Degner bataille courageusement en 125 contre l’armada Honda (Tom Phillis, Luigi Taveri, Mike Hailwood, Jim Redman plus quelques japonais !!!).

En arrivant au GP de Suède, Degner peut espérer remporter le titre s’il gagne la course, après laquelle il ne restera plus qu’un GP, en Argentine. Toute l’Allemagne de l’Est est derrière son héros.

Seulement, le héros a d’autres plans… Il racontera qu’il comptait gagner la course, apporter le titre à MZ, et déserter à l’ouest.
Dans le même week-end, des amis à lui font passer sa famille à l’ouest, dans la campagne allemande.
Degner cassera pendant ce GP de Suède, remporté par le Suisse Taveri sur Honda.

Il ne peut plus reculer, et passe à l’ouest, montant dans une voiture qui l’attend au bout de la ligne droite, et l’emmènera par la route en Allemagne de l’Ouest. Il prend aussitôt une licence Ouest-Allemande et confirme son inscription au GP d’Argentine.
On apprendra plus tard que le tout a été arrangé par contrat avec Suzuki. MZ accusera Degner d’avoir saboté sa moto exprès au GP de Suède et lui fait les pires ennuis.

Degner tente le tout pour le tout pour participer quand même au GP d’Argentine, se fait prêter par Joe Ehrlich une EMC anglaise, sur laquelle il travaille d’arrache-pied pour la rendre plus compétitive, mais la moto sera bloquée en douane pour d’obscures raisons et Degner n’assistera qu’en spectateur à ce GP remporté par Tom Phillis, qui remporte aussi le titre.

Degner est embauché par Suzuki, et apporte à la marque japonaise les précieux secrets de Walter Kaaden
Ce dernier est effondré par la trahison de Degner, qui aurait de surcroît emporté beaucoup de matériel.

Degner sera champion du Monde 50 sur Suzuki dès 1962, la première d’une longue série de consécrations dues quasi entièrement à Degner, alors que MZ ne décrochera plus jamais le titre. La surveillance sera accrue sur Kaaden et ses hommes.

Beaucoup de pilotes accepteront de piloter gratuitement les MZ 125 et 250, notamment Alan Shepherd ou Mike Hailwood, et on verra encore des MZ en course jusqu’aux années 75, notamment la 250 avec le Finlandais Tapio Virtanen ; elle restait compétitive face aux Yamaha TZ.

Texte : Jérôme Henry
Photo : Le transfuge Ernst Degner chez Suzuki (D.R.)

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