80 % de nos lecteurs ne s’intéressent guère à la Moto3. Ils ont tort !

Dans cette interview exclusive de Jules Danilo, vous pourrez vraiment plonger au cœur des Grands Prix et voir comment les résultats acquis sur la piste ne sont bien souvent que la conséquence de tout ce qui se passe avant. Avant la pause estivale, Jules a retrouvé une dynamique très positive, et il nous explique pourquoi…

Vu la longueur et la richesse de l’interview, nous la publions en deux parties.

Accès à la première partie


Tu parles des réglages des autres teams Honda. Est-ce qu’ils sont mis en commun entre tous les teams, comme Yamaha le fait en MotoGP ?

« Non ! Pas du tout ! C’est ça qui a rendu la tâche vraiment difficile. On sait que chez KTM, ils partagent les datas alors que chez Honda, il n’y a rien de partagé. Donc pour moi, les sensations sur la moto étaient mauvaises. Je veux dire que, l’année dernière, je savais quand j’allais vite, pourquoi et comment. Je connaissais les sensations que je devais ressentir sur la moto. Et là, je ne les retrouvais absolument pas donc je savais qu’il y avait quelque chose. C’est pour cela que l’on a posé beaucoup de questions à Öhlins et, petit à petit, on a compris que les autres utilisaient des réglages très différents, surtout sur l’amortisseur. Et dès que l’on a commencé à se rapprocher de ces réglages, les choses ont commencé à aller mieux. Mais personne ne nous a dit « oulala, attention, vous êtes sur une base un peu bizarre, il vaut peut-être mieux essayer ça ou ça ». Non, on a trouvé en se creusant la tête par nous-mêmes. Mais d’un autre côté, moi, mon rôle n’est pas non plus d’aller chercher les réglages, alors c’est délicat. Je voyais que je n’avançais pas et je cherchais sans cesse des solutions en pilotage pour essayer de comprendre. Donc ça faisait beaucoup de choses dans la tête à gérer. »

Cette Honda 2017 est complètement différente, aussi bien en châssis qu’en moteur ?

« Oui. Tout est différent. Bon, le moteur est légèrement plus puissant mais ce n’est pas ça qui nous a posé beaucoup de problèmes. C’est surtout le châssis qui est, encore une fois, ressemblant aux modèles de l’année dernière, mais ils ont changé toutes les mesures, sa rigidité et son bras oscillant. La fourche est également différente. C’est donc vraiment une moto différente et, du coup, on ne pouvait pas utiliser les réglages du modèle précédent. »

En résumant, tu es lancé dans une sorte de course contre la montre, dans laquelle tu dois concrétiser encore mieux que ta cinquième place Hollande avant que tout le marché des transferts soit terminé. D’ailleurs, à ce sujet, tu travail pour rester en Moto3 ou pour passer en Moto2 l’année prochaine ?

« C’est une situation un peu compliquée, ou en tout cas un choix un peu compliqué, car le Moto2 change dans un an. Si j’arrive à obtenir les résultats que je veux en Moto3, l’idéal serait de passer en Moto2. Mais étant donné que le Moto2 change dans un an, cela voudrait dire apprendre deux motos en deux ans. Je ne sais pas si c’est vraiment la meilleure solution. Donc, à voir, mais effectivement, pour le moment, le plus important est de performer et de rester dans cette dynamique. »

Ta place dans le team rebaptisé Snipers n’est pas assurée pour l’année prochaine ?

« Non. Elle n’est pas assurée mais cela fait trois ans maintenant que je suis avec eux. Est-ce que l’on continue une quatrième année ? C’est difficile à savoir. C’est sûr que si je fais de podium, ça changera la donne. Après, est-ce que moi j’ai envie de repartir pour une année de plus en Moto3 ? Il faut voir. C’est encore assez tôt et je pense qu’il faut d’abord viser des top résultats, puis prendre une décision.

Mais effectivement, nous sommes à la mi-saison et c’est en ce moment qu’ont lieu toutes les discussions. De l’extérieur, on a l’impression que le championnat dure 18 courses, mais au Sachsenring, quasiment la majorité des pilotes ont déjà signé pour l’année prochaine. Au moins un pré-contrat. Donc pour un pilote, il n’y a pas 18 courses mais seulement 9, et à mi-saison, on est déjà en train de penser à ce qu’on fait l’an prochain. »

Concrètement, tu te donnes combien de courses au maximum pour essayer de marquer les esprits ?

« Je pense que les deux prochaines courses vont être assez déterminantes pour le futur. »

Cela te fait donc une pression supplémentaire…

« Oui, mais nous avons eu des vacances, même si cela fait deux semaines que j’ai repris l’entraînement. J’espère donc arriver le plus en forme possible à Brno. »

Tu aimes bien les deux ou trois circuits qui viennent ?

« J’ai de bons souvenirs à Brno. En 2015, j’y étais rapide. L’année dernière, j’ai eu un week-end assez bizarre car je tombe habituellement très rarement. Mais là, je suis tombé à chaque séance libre, sans comprendre pourquoi. Trois chutes en tout ! Finalement la course s’était déroulée sur le mouillé et j’avais terminé 11e. Sinon en Autriche, j’étais aussi assez rapide car je pense je m’étais qualifié 11e. Par contre, en course, j’ai eu énormément de problèmes de boîte de vitesses et je n’arrêtais pas de faire des tout-droits à cause des vitesses qui ne rentraient pas. J’ai dégringolé et je pense que je termine 16e. C’est là que ça a commencé à être assez frustrant à cause de ce problème, avant de continuer à Silverstone. Là-bas, j’étais rapide tout le week-end et j’étais qualifié sixième, mais en course, j’ai été incapable de suivre le groupe de devant à cause des vitesses qui ne rentraient pas. Pareil à Aragon ! Cette partie de la saison était vraiment frustrante ! Mais on va laisser tout cela de côté car nous n’avons pas rencontré ce genre de problèmes pour le moment, et je pense que c’était peut-être aussi lié à des séries de pièces. »

Aujourd’hui, Fenati et toi utilisez toujours des réglages très différents ?

« Oui. C’est lié à son style de pilotage par rapport à moi et à toutes les autres Honda. Il a énormément de vitesse de passage ! Il est vraiment petit, donc il est assis sur la moto, et il se sert énormément de l’arrière. D’ailleurs, pour vous donner une idée, tout le monde avait des problèmes avec les pneus au Sachsenring car nous avions le choix entre le pneu dur et le pneu médium. Or personne n’arrivait à tenir la distance de la course avec le médium. Donc tout le monde a fait la course avec le dur. Lui, c’est le seul à être parti avec le plus tendre par ce que son réglage le lui permettait. Il se sentait mieux comme ça alors qu’il n’était pas à l’aise avec le pneu dur. Il a vraiment un style de pilotage différent, et pour moi c’est dur d’en tenir compte car il y a quand même une grande différence de taille. Il est encore plus petit qu’Antonelli, donc ce n’est pas évident de comparer les datas. »

Pourtant, tu étais un petit peu un spécialiste pour tenter les pneus tendres…

« (rires) oui ! Mais étant donné qu’on avait une allocation de cinq pneus durs et de quatre pneus médium au Sachsenring, j’ai beaucoup beaucoup travaillé avec le pneu dur pendant les essais. Donc j’étais un peu loin en performance mais petit à petit, je gagnais de la confiance avec ces pneus. Et je me disais que j’avais une chance par rapport aux autres en course, car la plupart se concentraient sur le médium durant les essais, alors que moi j’ai fait beaucoup de kilomètres avec le pneu dur. Je savais donc comment il allait réagir en course. Finalement, je me suis fait piéger par la pluie en qualification, mais en course, j’ai pu remonter de la 26e pour me battre dans un groupe pour la 5e place. Après, je me suis fait sortir et termine 14e. »

Tu habites principalement Barcelone. Cela est-il un avantage pour s’entraîner avec d’autres pilotes ?

« Un moment, je m’entraînais avec Scott Redding, mais la plupart des pilotes viennent seulement en début de saison. En ce moment, je suis donc assez seul pour m’entraîner, mais cela ne m’empêche pas de parfaitement pouvoir juger si je suis un bon niveau ou pas. »

Tu as ton circuit favori et tes repères ? Avec quoi roules-tu ?

« Oui, j’ai effectivement une petite piste à 40 minutes de chez moi sur laquelle je roule avec une Yamaha 125 YZF. Je fais des ronds, des ronds et des ronds. Ce n’est pas mal parce que je commence à avoir toutes mes références. Je sais quand je suis vite et quand je suis pas vite. Et ça ne vient pas de la moto, car c’est toujours la même et il n’y a pas de réglages. Ça ne va tellement pas vite que c’est juste moi et mon pilotage. Ça me permet de travailler et je sais quand c’est moi qui ai un problème. Par exemple, ce matin, j’étais aussi rapide que mon record, donc ça fait plaisir (rires). »

C’est de bon augure ! Entre un chrono où tu n’es pas en forme et ton record, il y a combien d’écart ?

« 4 dixièmes. J’ai un chrono de record en 54.0 et j’essaie de faire un 53, mais je n’y arrive pas. C’est-à-dire que quand je fais un bon tour, mais vraiment en poussant, je fais un 54.1 ou 54.2, et si je me dis « allez, maintenant tu débranches tout et tu fais LE tour à bloc », et bien je fais 54.0. Tout le temps ! Je n’arrive pas à faire le 53…(rires). »

Un grand merci, Jules, et on te dit “merde” pour les prochaines courses que l’on sait maintenant si importantes pour toi !

 

 

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