Le MotoGP semblait avoir réussi à maîtriser ses coûts avec un manufacturier unique et une centrale électronique standard. Ajoutez à cela une quantité d’essence maximum dans le réservoir et un nombre de moteurs à l’année contingenté et vous aurez tous les ingrédients d’une discipline des sports mécaniques ouverte au plus grand nombre de participants possible. Des protagonistes rassurés par un budget prévisible. Oui mais ça, c’était avant les ailerons. Ou plus exactement avant leur interdiction précise Aprilia.

Ducati avait prévenu lorsqu’il a perdu son bras de fer réglementaire avec Honda : interdire les ailerons pour une fausse raison de sécurité, c’est donner un vrai prétexte à un très coûteux développement aérodynamique. Car prohiber ne veut pas dire renoncer. On ne renonce jamais à ce qui fait gagner de la performance et les ailerons ont montré qu’on pouvait aller plus vite avec eux. Avec qui plus est une moto plus stable. Il faut donc retrouver cette efficacité. Par d’autres moyens qui vont s’avérer bien plus chers.

Un état des lieux dressé par celui qui aurait bien voulu une synthèse entre les positions de Honda et celles de Ducati : Aprilia. Son directeur sportif Romano Albesiano a ainsi commenté sur Corsedimoto : « ajouter des ailerons sur les carénages, ce n’était pas compliqué. Maintenant qu’ils sont interdits, on met beaucoup d’argent dans les tests dans les tunnels aérodynamiques et dans les simulations avec les ordinateurs ».

Une escalade que la limitation à deux sorties de carénages possibles durant la saison a paradoxalement accélérée : « limiter à deux solutions aérodynamiques dans l’année, c’est une bonne idée au départ car ça limite les coûts de construction des pièces. Mais en fait, elle a aggravé le budget du développement car toutes les équipes font plein de tests avant de s’arrêter sur les deux meilleurs choix ».

Une démarche qui fait penser à une Formule 1 connue pour ses budgets conséquents et ses transferts d’ingénieurs, sans parler d’une atmosphère plombée par l’espionnage mutuel et les recours au règlement. Chaque écurie y joue à la limite de ce dernier en y recherchant la meilleure interprétation possible pour ses intérêts. Mine de rien, c’est cette trajectoire que semble prendre le MotoGP. On ne pourra pas dit que Romano Albesiano ne nous avait pas prévenus.

A ce jour Yamaha a montré son carénage tandis qu’Aprilia et Suzuki ont à peine dévoilé le leur. Ducati et Honda, en revanche, n’ont encore rien produit sur la piste.