Dernièrement, c’est le retraité à temps partiel Casey Stoner qui a mis à l’honneur le travail de pilote d’essai pour un team d’usine.

Celui-là est Ducati, et à entendre le double Champion du Monde et couronné en 2007 avec les rouges, c‘est lui qui travaille dur pour faire progresser une D16 GP que les coureurs titulaires pourraient tout de même mieux honorer lors des Grands Prix. Dovizioso et Iannone apprécieront. Mais qu’en dit celui auquel personne ne pense Michele Pirro ?

Il n’a pas l’aura des précités mais c’est un laborieux doublé d’un besogneux que Ducati se félicite d’avoir dans ses rangs. Car c’est bel et bien le natif de San Giovani Rotondo âgé de 31 ans qui est la bête de somme de la Desmosedici. D’ailleurs, il est actuellement à Sepang pour les tests Michelin sur le nouvel asphalte du tracé du Grand Prix de Malaisie. C’est dire si on lui fait confiance.

On ne parle jamais de lui et pourtant il ne s’ennuie guère : six Grands Prix au sein de trois teams différents, des tests pour l’usine et quatre manches du championnat italien de Superbike, voilà qui nous donne un agenda chargé depuis le début de l’année. A bien y regarder, le fil rouge des rouges pour la Desmosedici, c’est lui : « lorsque vous roulez avec trois motos différentes durant la même saison, vous collectez plus d’informations et vous avez une idée du chemin à prendre pour progresser » commente l’Italien sur Sport Rider. « Il est clair que la GP14 n’a rien à voir avec la GP16, mais il est intéressant de savoir où la GP16 est meilleure par rapport à la GP14, ou encore la GP15. Enfin, je redécouvre aussi toutes les versions avec le pneu Michelin ».

Une expérience indispensable, même à l’ère électronique : « de mon point de vue, les sensations d’un pilote sont importantes car les ingénieurs sont assis devant un écran alors que je tutoie les 300 km/h au guidon. L’osmose est là lorsque l’ingénieur comprend ce qu’il y a de mieux pour le pilote et que le pilote comprend ce que l’ingénieur explique et veut. C’est essentiel ». Reste que ces intérims ne le mettent pas en lumière : « ce qui est compliqué c’est de s’adapter aux méthodes de travail des différentes équipes. Je me confronte aussi à des pilotes qui connaissent bien leur environnement et font toute la saison. Ils sont à fond d’entrée et les quatre dixièmes que je dois récupérer sont énormes à ce niveau de la compétition ».

Et puis il précise qu’il n’est pas là pour ça : « le but à atteindre n’est pas de piloter la moto, mais de la comprendre pour être rapide avec. Mon objectif est d’abord d’être régulier, ensuite d’essayer d’être rapide et enfin de ne rien faire de stupide qui irriterait Ducati ». Autant de garde-fous qui vous incitent à la mesure. Mais Pirro ne se plaint pas : « Ducati est dans mon cœur et comme j’aime la compétition j’essaie d’aider autant que je peux les équipes lorsqu’il faut faire un remplacement. Pour le moment, notre GP16 manque de régularité suivant les tracés abordés. Lorsqu’elle s’adapte bien aux pneus comme au Qatar, au Mugello ou à Assen, elle est devant. A Barcelone ou à Jerez on a plus souffert. Mais je pense qu’avec Lorenzo ce sera différent car on manque souvent la victoire d’un rien ».

Sur ce point, Pirro calque le discours officiel de son employeur non sans rajouter encore une pointe d’humilité : « je suis heureux que Jorge nous rejoigne l’an prochain et il nous fera encore progresser. Je suis content quand je vois les Ducati devant. Si Lorenzo gagne l’an prochain, ce sera une motivation supplémentaire pour travailler encore mieux ».

Et quid de Stoner qui le gomme du paysage dès que son ombre apparaît ? Là aussi, humilité est le maître mot : « nous n’avons jamais eu l’occasion de tester ensemble mais ça me plairait beaucoup car c’est un pilote rapide et je pourrais apprendre beaucoup de lui. Ce serait bien. On a parlé sur le comportement de la moto au Mugello. Nous avons tous les deux le même objectif et on espère tous les deux que Lorenzo concrétisera tout le travail accompli ».

Lorsque la Desmosedici sera sur la plus haute marche du podium, il faudra avoir une petite pensée pour Michele Pirro.

Tous les articles sur : Casey Stoner, Jorge Lorenzo, Michele Pirro