Malheureusement disparu avant-hier, Ralf Waldmann n’évoquait pas forcément grand-chose pour la jeune génération, et c’est pourquoi nous avons souhaité recueillir les témoignages de ceux qui vivent dans le paddock depuis des décennies.

Dans ces conditions, qui mieux que Jacky Hutteau, Rémy Tissier et Hervé Poncharal pouvaient nous décrire celui que tout le monde appréciait pour sa simplicité et sa bonne humeur ?

Nous leur laissons la parole…

Jacky Hutteau : « Ralfy, je l’ai connu à ses tout débuts, quand il courait en 80cc. Je me rappelle de lui lors d’un Grand Prix au Nürburgring où il nous a fait éclater de rire avec des contorsions absolument impressionnantes. Je l’ai ensuite suivi tout au long de sa carrière. C’était un garçon sympathique, un garçon simple, un garçon qui restait toujours le même. Je trouvais un petit peu péjoratif le fait qu’on le surnomme « le plombier » et malheureusement, c’est apparemment un peu à cause de ça qu’il est parti. Il a raté un titre mondial à plusieurs reprises et je me rappellerai toujours le voir pleurer sur la plus haute marche du podium après avoir gagné la course, mais avoir perdu le titre pour deux points parce que le filou Max Biaggi était resté en embuscade pour terminer juste derrière lui. À ce moment-là, je travaillais à l’IRTA et ça m’avait particulièrement marqué.

Malgré sa hargne phénoménale, il y a aussi eu cette déception terrible après cette fameuse « Jacque Attack » qui est restée dans toutes les mémoires quand Ralf s’était fait harponné par Olivier Jacque.
Il a ensuite continué en 250 et fait divers trucs avant de disparaître du paddock. Il y est revenu très très modestement, simple mécano dans une petite équipe allemande, toujours en train de blaguer et de faire des grimaces.

Ralph Waldmann, c’était ça : faire son boulot le plus sérieusement possible, sans jamais se prendre au sérieux. J’étais donc vraiment content de son retour et j’ai eu du plaisir à le revoir. On ne peut pas dire qu’on était vraiment amis mais il y avait quelque chose. C’était quelqu’un de toujours apprécié.
Puis, ces dernières années, il y a eu sa période télévision. Un moment donné, je le vois avec un micro dans la main… on s’est regardé et on a éclaté de rire, car pour lui, ce n’était pas véritablement son truc. Après, à chaque fois qu’on se croisait quand il venait interviewer quelqu’un, il y avait toujours un clin d’œil et un sourire car comme tout ce qu’il faisait, il le faisait toujours avec simplicité, gentillesse et humanité. C’était quelqu’un qui était resté égal à lui-même, et c’est tellement rare.
Sincèrement, ça me fait mal. Encore récemment, depuis le dernier Grand Prix à Valencia et durant cet hiver, on a échangé puisqu’on espérait le faire venir à la Sunday Ride Classic. Je suis vraiment triste. Il n’avait que 51 ans. C’est terrible. C’était vraiment un bon mec. »

Rémy Tissier : « Ralf Waldmann correspond au début de ma carrière. C’est toutes mes premières années, il se bat contre Tech3, Olivier Jacque, Harada, Capirossi, etc. Il gagne le premier Grand Prix que je commente. C’est la casquette HB avec son coéquipier Jurgen Fuchs. C’est le cri et la rage sur le podium après la fameuse « Jacque Attack » en Autriche, en 96 de mémoire.

Un autre souvenir fort, c’est évidemment en 97 en Australie, ses larmes sur le podium quand il gagne le Grand Prix devant Biaggi. À l’époque, je crois qu’il n’avait pas compris ce que faisait Max. Il y avait Bayliss qui était wildcard, il y avait Olivier Jacque, Capirossi, tout le monde, et au lieu de rester avec tous ces mecs là, ce qui pouvait faire une course fantastique à Phillip Island, il s’échappe devant. Biaggi le suit, n’essaie même pas de le battre, prend la deuxième place et est champion du monde. Waldmann, c’est un gars qui gagne 20 Grands Prix et qui n’est jamais champion du monde.
C’est moi qui l’ai affublé de ce fameux surnom « le plombier » qui lui est resté. J’en ai discuté avec lui en Argentine l’année dernière. On était au repas Honda, et pendant trois heures, on a parlé de toutes ses courses. Il était étonné que je les connaisse aussi bien et m’a dit qu’il ne m’en voulait pas pour l’histoire du plombier. À plusieurs reprises, il m’avait déjà dit qu’avec le recul, 20 ans après, il reconnaissait que s’il avait été à la place d’Olivier Jacque, il aurait finalement fait la même chose. D’ailleurs, à Barcelone, quand j’ai vu qu’il y avait Olivier, je suis allé le chercher et on est resté tous les trois pendant 45 minutes à refaire le monde et à rigoler. C’est là qu’un de mes potes a pris la fameuse photo où on est tous les trois avec Olivier et Ralf.

Les moments marquants ont donc été la perte du titre face à Biaggi à Phillip Island, la « Jacque Attack », mais, plus fort que tout, c’était la grande course que j’ai commentée avec Hervé Moineau à Donington où il a choisi les bons pneus. Olivier Jacque lui met 1 minute 30 d’avance mais Ralf remonte, double Matsudo et, dans le dernier virage, il passe Olivier sur la ligne pour gagner. Pour moi, c’est la plus grande course que j’ai commentée au niveau du suspense. Extraordinaire ! Exceptionnelle !

C’était un mec convivial et sympa. À Eurosport, on a eu différents types de consultants, mais franchement, il était apprécié de tout le monde. Il a eu une drôle d’histoire car il était plombier, puis à gagné beaucoup d’argent, et je crois qu’il a habité à Monaco, avant de redescendre. Je me souviens que je l’ai revu il y a quelques années comme simple mécano dans le paddock. La stabilité apportée par Eurosport, c’était super pour lui.

En tant que consultant Eurosport Allemagne, il travaillait avec nous. On fait les réunions avec tout le monde, avec Randy de Puniet, Christian Sarron, mais aussi les consultants Allemagne. On fait tout ensemble. Donc c’est juste terrifiant. C’est horrible. Pour nous, c’est déjà dur, mais j’imagine pour les collègues qui travaillaient avec lui. Ils étaient vraiment devenu potes. Il y a des consultants avec qui tu travailles, et il y en a d’autres avec qui tu deviens pote. Mes collègues allemands sont en larmes et la réunion de jeudi que l’on va faire au Qatar va être épouvantable. Déjà, pour que moi je sois touché, je vous laisse imaginer dans quel état ils sont… c’est épouvantable ! »

Hervé Poncharal : « j’ai été vraiment choqué et profondément touché ce matin quand j’ai appris la disparition de Ralf, parce que la dernière fois qu’on s’était vu, à Valence fin 2017, comme d’habitude il était plein d’enthousiasme et plein de vie. C’est quelqu’un qui parlait fort mais de manière positive, car c’est quelqu’un qui avait vraiment une vraie joie de vivre, des convictions, et surtout la passion chevillée au corps pour le sport moto, que ce soit au niveau du pilotage mais aussi de la technique. Car il ne faut pas oublier que c’était un super mécanicien et il avait d’ailleurs un petit business où il refaisait des vieilles motos. C’était une de ses activités avec bien sûr le reportage sportif au micro d’Eurosport Allemagne.

Je me souviens de quelqu’un avec qui on s’est battu, qui était un vrai rival à l’époque d’Olivier Jacque, fin 90 début 2000. Olivier était célèbre pour ses « Jacque Attacks » et il en avait fait une en Autriche dans le dernier tour sur Ralph. Il était passé de manière un peu virile et avait gagné la course alors que Ralf se voyait quasiment en vainqueur puisque cela s’est passé dans les tout derniers hectomètres de la course. Ça avait été assez chaud et on avait d’ailleurs été obligé de protéger un peu Olivier, car on avait peur qu’ils en viennent aux mains. Ralf, c’était quelqu’un qui était entier et paradoxalement sanguin comme peuvent parfois l’être les sudistes.

On en parlait souvent de cet incident et ce qui m’a fait plaisir, c’est que, l’année dernière, Olivier et Ralf s’était retrouvés sur le paddock du Grand Prix à Montmelo, et ils avaient bu une bière ensemble et s’était racontés leurs souvenirs de compétition. Avec le temps, c’était devenu deux bons amis. J’en ai parlé à Olivier hier soir et il me l’a relaté.

Et puis surtout Ralf, avec l’âge et les vicissitudes de la vie, car il en a eu et ce n’a pas toujours été facile, comme par exemple avec le projet MZ dont il est ressorti un peu meurtri et déshabillé, il a toujours eu ce côté positif et joyeux, et se faisait vraiment très très plaisir au micro d’Eurosport car il pouvait vivre avec sa famille, qui est la famille du MotoGP. Toutes ces dernières années, j’ai côtoyé un Ralf Waldmann qui avait plus d’épaisseur, qui avait vécu et qui était vraiment quelqu’un qui ouvrait son cœur à fond. Il travaillait beaucoup pour trouver des jeunes futurs pousses, notamment dans son pays.

Pour finir, il y a aujourd’hui une expression que j’aime beaucoup : « entre être un héros et un zéro, il y a une ligne qui est très fine ». En 2000, je me souviendrais toujours que Ralf Waldmann à Assen, lors de la course précédente Donington, avait fait un pari sur la grille en choisissant des pneus à l’opposé de tous les autres. Cela n’avait pas marché, il avait fini avant-dernier à deux tours, et tout le monde s’était moqué de lui. La course d’après, en Angleterre, il fait le pari de partir en pneus pluie. C’était très couillu alors que tout le monde partait en intermédiaires. À quelques tours de la fin, la piste était encore sèche et Olivier, en tête du Grand Prix, prend un tour à Ralf qui était parti de la pit-lane. Là, on se dit qu’il a encore fait la même boulette que la dernière course, et lui a dû se dire qu’il était damné et qu’il allait encore se faire traiter d’abruti…
A ce moment-là, une grosse averse est tombée et Olivier a fini les derniers tours sur des oeufs. Et dans le dernier ou l’avant-dernier virage, Ralf avait rattrapé son tour de retard et passe Olivier avant de remporter la course.

Et c’est à cette conférence de presse à Donington qu’il a dit en rigolant « entre passer pour un héros et zéro, la différence est fine. Aujourd’hui tout le monde me dit que j’ai été un héros, mais s’il avait plu 30 secondes ou une minute plus tard, j’aurais été un zéro ».

Cet enchaînement de deux courses montrait bien que tu pouvais être dans le noir total ou dans la lumière absolue pour vraiment pas grand-chose. Sur le coup, on l’avait mal encaissé mais cette fin était géniale. Lui était totalement exubérant, je me souviens qu’il chantait, qu’il sautait, qu’il dansait et était complètement heureux après Donington. Et cette phrase la, il l’a répétée plusieurs fois, et comme elle correspond pile-poil à la compétition moto, je l’utilise très souvent, car dans la vie en général et dans notre sport en particulier, ça arrive vraiment souvent.
Ce n’est sans doute pas lui qui a inventé cette phrase, mais c’est dans sa bouche que je l’ai entendue pour la première fois. Merci Ralf !

Je me faisais un plaisir de le retrouver, lui comme beaucoup d’autres, car la première course, malgré les essais hivernaux, c’est toujours le moment où on se retrouve pour la rentrée des classes. Là, on va rentrer à l’école et il y aura un de nos potes qui sera plus là. C’est triste, et pour les plus jeunes qui ne l’ont pas connu, je veux juste leur dire qu’on vient de perdre une belle personne et un bel ambassadeur de notre sport. Comme on dit, bon vent, mon pote ! »

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