Aujourd’hui, Hervé Poncharal occupe une position incontournable dans le paddock des Grands Prix. A la fois Team Manager de la meilleure équipe satellite MotoGP et président de l’IRTA, le personnage doit ses responsabilités actuelles à un très long parcours que nous vous proposons de découvrir de façon très détaillée en plusieurs parties.

Nous le remercions grandement d’avoir pris ces quelques heures pour nous conter son parcours, nous permettant ainsi de publier ce document à caractère exceptionnel.

Attention ! L’homme est bavard et s’exprime avec sincérité : au fil des épisodes, vous allez être surpris… et beaucoup mieux le connaître !

Accéder à la première partieLes années 70/80, genèse de son amour pour la moto


Quels engins avez-vous eu à cette époque-là ?

« J’ai eu un tas de vieux trucs qu’on a récupéré des voisins, un vieux Solex qu’on a retapé. Mon premier vrai engin fut une moto bécane 50 VL. Un moteur flottant avec les deux suspensions. Je l’ai eue et, ce n’est pas des conneries, je me réveillais toutes les deux heures dans la nuit pour aller la regarder dans mon garage et lui parler. Je l’ai eue à Noël, il caillait mais j’ai eu un lien charnel avec cet appareil et je lui parlais. J’ai toujours parlé à mes motos d’ailleurs. C’est un truc de fou !

Après ça, j’ai eu plein de 50 à vitesses. Mon premier 50 était une Rocvale, avec moteur Minarelli. Après j’ai eu une Gitane Testi évidemment. C’était des trucs qu’on rachetait à des copains, en occasion, pas en très bon état, qu’on retapait et sur lesquels on montait des carbus de 17, des cylindres débridés qu’on faisait venir de je ne sais où. Ou des carbus de 19 SHB, parce que ceux à cornet, ils engorgeaient beaucoup. Les Dellorto SHB avaient le filtre à air en forme de boite à camembert. Ils marchaient beaucoup mieux.

Après, je suis passé à la 125 car, à peu de temps près, je n’ai pas pu avoir le permis à 16 ans. J’avais une spécificité à l’époque, j’étais un marteau des Kawasaki ! Partout où j’allais, je faisais le fameux K ; j’achetais des stickers où il y avait le K vert, et Kawasaki qui était écrit dessus. Les trois cylindres deux- temps, quand elles sont sorties, je suis tombé fou amoureux de ces trucs-là ! De la S1 à la H2 en passant par tout ce qui existait, et c’était ma moto de rêve, cette moto-là ! Et mon pilote de rêve, évidemment, comme c’était le pilote emblématique de Kawasaki à cette époque, il s’appelait Yvon Duhamel. Il avait le numéro 17, donc j’avais des Kawasaki numéro 17.

J’en mettais partout. Ma première 125 fut un KF : une 125 Kawa Trail, parce qu’il n’y avait pas autre chose et je voulais une Kawa. Après, j’ai eu une 250 F11, également un Trail mais pas très intéressant, puis un 400 KH, le fameux trois cylindre deux-temps.

J’en ai eu plein d’autre entre temps, mais après j’ai eu une 400 N car j’ai commencé à faire de la course, et donc acheté une 400 Honda pour faire le Challenge Honda ».

Quel était le principal trait de caractère du jeune Hervé Poncharal, à cette époque-là ?

« J’étais déjà un compétiteur. Je veux toujours être le meilleur. C’est terrible pour les autres. Que tu me fasses faire une dictée, un jeu de pétanque, que tu me dises “on va aller à la natation”, je veux gagner. Quand tu es compétiteur, tu l’es dans tout: on s’est pété des jambes avec mes frangins en sautant du 1er étage, du 2e étage, puis du 3e étage ! On s’est vraiment pété des jambes en faisant des conneries pareilles. On était taré, on l’est toujours un peu, mais bon, moins. Maintenant j’ai mal partout, justement, mais voilà, le deux-roues, à un moment donné, ça a forcément été l’envie de se tirer la bourre… ».

Comment passe-t-on de compétiteur de quartier au vrai milieu de la moto de course ?

« Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à Saint Michel sur Orge, c’était une pépite de jeunes fous en général, et de fous de sport mécanique et de sport moto en particulier. J’avais un pote qui s’appelait Marc Fontan, qui habitait à 3 baraques de chez moi, et dont son père était fou de sport mécanique puisque moi mon père avait une 404, et le sien des Ford Capri RS, des Alpine berlinette, etc. Il a eu la première Alpine A 310. Il changeait de bagnole tout le temps, c’était un fou de bagnoles ! Quand on allait chez lui, c’était wahouuu…

Marc, c’était quasiment mon frangin, on partait en vacances ensemble, il dormait chez moi, je dormais chez lui…

Il a fait son service militaire à Montlhéry, dans le train, et à l’époque il y avait le Tour de France moto. L’armée de terre était engagée au Tour de France moto en catégorie 250cc avec le support de Honda France avec les 250 bicylindres. Et il a gagné la catégorie 250 du Tour de France, et l’année d’après son service militaire, son père lui a acheté un 400 Kawa. Il a commencé la coupe Kawa, qu’il a gagnée, et après les Grands Prix se sont enchainés. Et moi, je devais faire de la course avec lui.

Mais, j’ai eu un gros clash avec ma mère, qui a pourtant toujours eu une importance très forte pour moi, que j’ai toujours respectée malgré mon côté rebelle, s’il y avait un repère, c’était ma mère. Mais on a eu un gros clash parce que pour elle, course moto = mort. De dépit, je suis parti en Angleterre parce que j’étais en fac d’anglais. Mais ça ne m’intéressait pas vraiment : je voulais courir, c’était une obsession. Et donc je suis parti là-bas, apprendre l’anglais. J’ai vécu un an et demi en Angleterre. Bien évidemment, j’y étais avec mon 400 Kawa, à l’époque. Et j’allais voir toutes les courses qui se déroulaient autour de Londres. Il y avait à l’époque les matchs anglo-américains, les Sheene, les Pat Hennen, Mike Grant, Tom Herron, tous ces gens là…

Mais j’allais aussi tous les soirs voir des concerts ! J’ai tout vu là-bas. J’ai vu les Floyd,  les Kansas; j’allais en voir autant que je pouvais. Il y avait des concerts tous les soirs quasiment. J’y allais avec ma moto. J’étais là-bas en 77-78. Pendant ces deux année-là, où j’ai vécu à Londres, j’ai vécu moto-musique. Je recevais ou j’achetais de temps en temps le Motor Cycle News. Et je voyais que mon pote Marc Fontan faisait des courses internationales et gagnait des courses. Ca ne faisait que renforcer mon envie… ».

Vous, vous n’en faisiez pas, là-bas ?

« Non, non. J’étais étudiant à l’université de Cambridge, et je travaillais, parce qu’on était pauvre. Comme job je travaillais dans un hôtel, et avec mon petit salaire, je me payais ma piaule et mon école. Donc je voyais que mon pote marchait bien et ça me rendait fou ! Ça me rendait vraiment fou !

D’ailleurs, une petite anecdote : un jour, j’étais en train de servir dans un grand restaurant et je vois un mec. Je me dis: “mais c’est Mike Hailwood”. Je me débrouille pour le servir, et je le sers. Mais on ne parlait pas au client, ça ne se faisait pas. On devait garder une certaine distance. Je lui demande quand même si c’est bien lui, et il me répond que oui. Je lui demande de me signer un petit autographe. A un moment, il me regarde et il me dit “c’est incroyable mais vous ressemblez à Chas Mortimer”, qui était un pilote et que, à l’époque, je ne connaissais pas parce qu’il était moins connu que Mike Hailwood. Après, je l’ai connu puisque sa fille a bossé sur les Grands Prix, notamment à l’IRTA, et maintenant, Chas est devenu un pote. On ne se voit pas souvent, mais quand il vient une fois par an, on se raconte des histoires. Donc j’ai servi Mike Hailwood pendant que j’étais là-bas, et je ne pensais qu’à la course.

Puis je suis rentré d’Angleterre avec un bon niveau d’anglais puisque j’ai réussi mes examens. Comme j’avais bien bossé, ma mère m’avait dit : « je veux bien que tu travailles dans la moto mais pas pilote. Tu vas faire journaliste ou ce que tu veux, mais quoi que tu fasses, dans le commercial ou autre, il faut que tu parles anglais ». Elle a eu raison.
Quand je suis revenu, j’ai pris un petit appartement pour être indépendant et qu’il n’y ait pas de clash, et j’ai demandé à Marc de m’aider. Il m’a dit de faire le Challenge Honda que j’ai fait. La première année, j’ai fait quelques courses parce que c’était en fin de saison. La deuxième année, c’était malheureusement de l’endurance et mon coéquipier n’était pas des plus véloces. En tout cas, j’ai gagné le record des pôles positions. C’était un championnat qui s’appelait le Trophée AGV que j’avais gagné. J’avais dû faire 6 poles sur 8 courses, je me souviens plus exactement. On a du finir 3 ou 4 au général, ce qui m’a fait dire qu’il me fallait des sous pour continuer.

L’hiver suivant, j’ai fait le Guidon ACO qui était à l’époque l’école de pilotage la plus capée de France, et j’ai gagné le guidon ACO.

A gauche sur la photo, Jean-Claude Chemarin, à droite, Jean-Louis Guillou.

J’ai gagné une saison en championnat de France d’endurance. Ce n’était pas non plus ce que je voulais faire, parce que je voulais faire de la vitesse, mais la chose importante, c’est que Jean-Louis Guillou était partenaire puisque c’était le Guidon ACO Honda. C’était l’ACO qui gérait ça, je ne me souviens plus en détail car j’étais jeune, et Honda fournissait la machine car il y avait des accords entre les deux. C’était mon heure de gloire; j’étais à la table des officiels de l’ACO après la finale du Guidon ACO. Il y avait le boss de l’ACO, le représentant du service courses Honda France qui était Jean-Louis Guillou, etc.

Et ça, ça a une importance car les 24h du Mans suivantes, en 1982, c’était la dernière année des 4 cylindres en ligne qui cassaient tout le temps. Les deux Honda officielles ont cassés assez vite et on s’est vite retrouvé première Honda, avec notre machine de série qui était une 1100R. Et comme les deux motos de Guillou avaient cassées, et que c’était quelqu’un qui était totalement dédié à sa marque, il était dans notre box. Donc, on a peu sympathisé, même si pour moi c’était comme Dieu: je n’osais pas lui parler et je le regardais à peine. Mais les choses en sont restées là. Enfin, je le croyais ! ».

A suivre…

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