Contrairement aux 4-temps qui se contentent de vrombir, leurs moteurs crépitent de façon stridente, vibrent au rythme des tours minutes, exhalent une fumée bleutée et sentent une odeur d’huile de ricin reconnaissable à des lieues à la ronde. En résumant, elles sont beaucoup plus vivantes que leurs cousines aseptisées…

« Elles », ce sont évidemment les motos 2-temps qui, bien qu’ayant été bannies des Grands Prix après plusieurs décennies de bons et loyaux services, comptent toujours aujourd’hui de solides partisans pour les raisons évoquées ci-dessus.

Seulement voilà, ces véritables bijoux de mécanique que sont les 2-temps de compétition 250cc n’avaient quasiment plus la possibilité de faire en France ce pour quoi elles ont été conçues : des courses ! C’est donc ce constat qui a poussé Jérôme Krebs à remuer ciel et terre pour leur permettre de s’affronter à nouveau sur un circuit dans notre hexagone.

Nous l’avons donc contacté pour qu’il nous explique quelle sorte de course nous verrons le dimanche 25 mars sur le circuit Paul Ricard, dans le cadre de la Sunday Ride Classic…


Jérôme, peux-tu nous expliquer ce qu’est la Klass GP 250/125 ?

Jérôme Krebs : « En France, depuis le début des années 2000, il n’y a plus de courses de vitesse de 250cc, suite à l’arrêt de cette catégorie dans le championnat Open. Il n’y restait plus que les 125cc. Après cela, la plupart de ces motos se sont tournés vers le championnat de montagne avant d’arrêter de rouler et de rester dans les garages. Même si les Italiens ont toujours gardé une sorte de championnat, la situation était la même dans de nombreux pays, comme en Allemagne. Là, ils se sont remis en place un championnat, et comme je suis allé durant pas mal d’années rouler en Italie en 250cc, cela m’a donné l’idée de faire la même chose en France, d’autant que nous étions souvent une douzaine de Français à nous être déplacés. Cela m’a donc trotté dans la tête et nous avons fait une première course à Magny-Cours en 2016. C’était une sorte d’essais mais nous avons assez facilement rempli le plateau, ce qui nous a incité à poursuivre en 2017 où nous avons fait trois courses, à Alès, Magny-Cours et au Paul Ricard. Cette année, quatre courses sont au programme. »

Remplir le plateau, concrètement, cela veut dire quoi ?

« Au Paul Ricard, c’est 50 motos en course et 60 en essais libres. Un peu moins sur les autres circuits à cause des restrictions de piste. A la Sunday Ride Classic, on a dû refuser une douzaine de demandes. »

Qu’est-ce qui différencie la Klass GP 250/125 de l’ICGP ?

« D’une façon chronologique, nous sommes en quelque sorte les petites sœurs de l’ICGP. Nous faisons rouler les compétitions-clients et les motos de Grand Prix des dernières années. L’ICGP utilise des motos plus anciennes. Comme cela, les deux championnats sont cohérents. »

Les 250 cc de Grand Prix, comme les Aprilia RSA, se sont arrêtés en 2009. Peut-on imaginer voir ces motos courir le 25 mars ?

« Pas tout à fait, car ces motos valent aujourd’hui entre 300 et 350 000 euros. Il y en aura beaucoup à la Sunday Ride Classic, mais leurs propriétaires ne prendront pas le risque de les abîmer en course, d’autant que les pièces sont introuvables et donc hors de prix. Par contre, pour ne parler que d’Aprilia, il y aura bien sûr des RSW au départ de la course, et beaucoup de Yamaha V2. »

La course comprendra aussi des 250 Sport Production et des 125 de course. Pourquoi ?

« À la base, notre idée était de ne prendre que des 250 compétitions-clients. Mais on a eu une demande pour accepter les 250 de route qui roulaient en VMA contre des 4-temps. On leur a donc fait une place, et elles ont leur propre classement et leur propre podium. Les performances ne sont pas les mêmes mais elles s’intègrent bien dans cet événement 2-temps. »

À l’opposé, en extrapolant du passé, qui va venir pour la gagne ?

« Les Aprilia sont favorites car ce sont les plus puissantes. Elles étaient également déjà bien équipées d’origine, avec du Öhlins ou du WP, tous les pignons de boîte qui vont bien, etc. Maintenant, il faudra aussi compter avec Guy Bertin, toujours spectaculaire et en pleine forme. Il aura l’ancienne moto de Sylvain Guintoli en Grand Prix, mais il devra aussi compter avec Florent Martinez, Jean-Paul Clément, André Gouin, Arnaud Vincent et sa Fantic GP (moteur 250 V2 2-temps à base Yamaha, châssis Suter, fabriquée à seulement 4 exemplaires), Soheil Ayari, Kyrian Hartmann, Bernard Fau, Vincent Levieux, etc. »

A propos d’Arnaud Vincent, il paraît que tu n’es pas du tout étranger à son retour…

« Effectivement, on y travaille depuis juillet/août 2017, car cela faisait deux ans qu’il n’avait plus trop roulé en moto. On a essayé de lui redonner la motivation pour rouler devant ses fans, et cela est revenu progressivement. Ce sera sympa d’avoir un champion du monde parmi nous. »

Avec son titre mondial, il va immanquablement faire figure d’homme à battre…

« Oui, mais lui ne part pas dans cette optique là. Il est avant tout là pour le fun, passer un bon week-end et s’amuser. Mais effectivement, tout le monde va vouloir mettre sa roue avant devant lui. Ceci dit, même s’il n’a pas roulé depuis deux ans, je pense que ça va revenir très vite et qu’il en a encore dans la poignée. »

Une belle course en perspective, mais également la possibilité pour le public d’être présent dans le paddock et d’observer à souhait, et de près, toutes les séances de mécanique. Quelque chose d’impossible aujourd’hui en Grand Prix…

« Tout à fait ! Tout est accessible et cela te replonge tout de suite dans l’univers des Grands Prix d’il y a finalement peu d’années, puisque ces motos ont couru jusqu’en 2009 pour les 250cc et 2011 pour les 125cc. Tu peux donc approcher non seulement ces motos mais également les gars qui changent leurs pistons ou leur embiellage. À ce sujet, il y a une vraie entraide entre tout le monde. Pouvoir voir quelqu’un travailler sur une 125 KTM de Grand Prix ou une 125 Luyten est une chose plutôt rare, aujourd’hui. »

Pour ceux qui veulent profiter du spectacle, quelque jour aura lieu la course ?

« D’habitude, on fait deux courses, mais comme la Sunday Ride Classic est un gros événement avec énormément de choses en piste, il n’y aura qu’une seule course, le dimanche après-midi, après un warm up le matin. »

Un site internet ?

« Juste une page Facebook »

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