KTM s’est lancé en catégorie MotoGP face à des adversaires déjà très expérimentés et a obtenu pour une première saison des résultats très honorables. Le Directeur de l’équipe Pit Beirer explique ici comment le constructeur autrichien a réussi son arrivée dans la discipline.

« Nous nous sommes déjà rendu compte que le screamer n’était pas bon quand nous avons fait notre première course à Valence à la fin de l’année 2016 », admet Beirer. « Mais nous avions seulement recueilli nos premières données sur une course, nous avons donc décidé de garder ce moteur, de travailler avec lui à un certain niveau, puis une fois que nous aurions atteint ce niveau, de le changer. »

« L’objectif de notre programme de développement était que le big-bang soit prêt pour la course de Brno en août, une fois que nous aurions terminé les tests. Mais, sur le banc d’essai, nous avons immédiatement vu ce que le nouveau moteur pouvait faire.

« Nous avons pris ce moteur aux essais de pneus du Mans, où Mika Kallio a dit que c’était mieux, donc nous avons amené Pol Espargaro et Bradley Smith pour la deuxième journée de l’essai de pneus. Ensuite nous avons pris le moteur dans le jet privé des frères Espargaró pour le tester à Jerez. C’était un nouveau moteur, sans heure d’essai, donc nous avons dû demander à notre technicien ce qui allait se passer. Il a dit : «pas de problème, c’est le même niveau de qualité que l’autre moteur ». Nous avons donc pris le risque, sommes allés à Jerez, et les gars ont travaillé à fond. Le samedi du GP du Mans, Pol et Bradley avaient deux moteurs chacun.

« Nous sommes fous de faire des choses comme ça parce que ça peut aller mal : vous pouvez faire exploser votre moteur, mais ça s’est très bien passé. Si vous pouvez faire un pas en avant, vous devez essayer, parce que chaque fois vous pouvez construire à partir de là. Si nous avions su que nous avions un meilleur moteur mais que nous n’avions pas roulé avec pendant deux mois, nous aurions perdu deux mois. C’est pourquoi nous prenons autant de risques car ils nous ont permis de mieux nous préparer pour 2018.

« Le nouveau châssis a été un grand progrès et nous avons réalisé notre meilleure course en Aragón, à seulement 14 secondes du vainqueur. Le châssis a amélioré notre point le plus faible. Pol m’a dit que quand il était dans un virage, il voyait Valentino Rossi relever sa moto et accélérer, tandis que Pol était toujours sur le flanc du pneu, donc il ne pouvait pas ouvrir la manette des gaz.

« Quand Pol a essayé le nouveau châssis pour la première fois le vendredi en Aragón, il est revenu au stand et nous a dit qu’il pouvait relever la moto et qu’il était prêt à courir avec les autres gars. Aragón a été une étape importante, parce que lorsque vous faites un changement qui fonctionne, vous obtenez des idées complètement nouvelles pour la prochaine étape.

« Nous n’avons pas d’experts qui courent en MotoGP depuis 20 ans », explique Beirer. « Le pilote peut dire qu’il veut plus de puissance sur le virage 7, donc nous lui donnons plus de puissance, mais il détruit le pneu arrière. Trouver exactement le bon équilibre, c’est là que nous devons nous améliorer, mais nous n’avons tout simplement pas l’expérience et c’est peut-être le seul domaine où nous ne pouvons pas prendre un raccourci. Vous ne pouvez pas acheter cette connaissance.

« Nous envoyons beaucoup de nos meilleurs techniciens chez Magneti Marelli, pour travailler avec eux et essayer d’accumuler des connaissances ».

« Chaque jour, nos adversaires vont plus vite, donc il y a toujours un nouveau fossé à combler », conclut Beirer. « Il a été incroyable de voir à quel point nous nous sommes rapprochés d’eux l’an dernier et à quelle vitesse ils sont repartis. Vous ne pouvez pas rester immobile et c’est pourquoi le développement continue encore et encore. Nous avons repris 1,5 seconde par tour l’an dernier, mais c’est une vieille histoire : la dernière seconde est la plus difficile. Maintenant, ce sera aux pilotes de donner un peu plus quand la moto sera compétitive pour nous rapprocher. »

Photos © Dan Istitene gettyimages et Gold and Goose pour KTM

Source : Mat Oxley pour motorsportmagazine.com