img-20170316-wa0000-copie1Durant toute la saison dernière, nous avions suivi Valentin Debise, ex-pilote Moto2, dans sa découverte du championnat américain MotoAmerica (voir tous les articles ici). Cette année, avant même qu’il attaque sa deuxième saison aux USA, il devra affronter les pilotes américains lors de la mythique Daytona 200.

En voici un texte de présentation écrit par Régis Poiteau.


Samedi 18 mars aura lieu les 200 Miles de Daytona (Floride, USA), le fameux Daytona 200. Elle clôturera traditionnellement un hiver doré pour les sports mécaniques floridiens et américains avec en janvier les 24 Heures de Daytona (la plus grande course d’endurance auto américaine), en février le Daytona 500 (la plus grande course NASCAR) et enfin le Daytona 200 (la plus fameuse course moto américaine).

Ce Daytona 200 est une course inclassable de par son format, son circuit et ses primes.

Son format est mi-endurance, mi-vitesse avec ses 200 Miles (360km), sa durée avec un seul pilote (1h45 environ), deux ravitaillements et changements de pneus mais avec un réservoir à la capacité d’origine et pas de systèmes de changements de roue ultra-rapides contrairement au mondial d’endurance.

Son circuit est en fait deux circuits en un avec une partie sinueuse classique (l’infield) avec des courbe serrées – et aussi un revêtement très américain fait de plusieurs types de bitume et de nombreux raccords – et une partie très rapide (le triovale) constituée des 2/3 d’un anneau type NASCAR coupé par une chicane néanmoins pour cette course pour des raisons de sécurité car les pneus ne supporteraient pas la charge durant de trop nombreuses secondes. Il faut savoir que les motos sont à fond de 6 plus longtemps que sur aucun autre circuit et, de plus, sur un anneau incliné à plus de 30° qui enfonce les suspensions à 80%. On imagine la torture que subissent les pneumatiques ! C’est d’ailleurs pour cette raison que cette course se déroule avec des 600 cm3 et non des 1000 cm3 depuis quelques années. Néanmoins, même en 600 la vitesse moyenne sur la course est supérieure à 180 km/h alors que, pour comparaison, on est souvent autour des 160 km/h en MotoGP avec 150 chevaux de plus.

Ses primes font pâlir les concurrents de tous les championnats nationaux tout comme ceux du mondial endurance. Tout le monde « donne ». Tout d’abord l’organisateur, qui est un mix entre l’ASRA (une fédération « régionale » labellisée AMA, la fédération nationale) et le circuit lui-même, offre 175 000 dollars de primes dont 25 000 pour le vainqueur. Ensuite, les constructeurs de motos offrent des primes de plusieurs milliers de dollars pour le vainqueur et ses immédiats suivants sur une de leurs motos. Les manufacturiers de pneumatiques n’y sont pas moins avares. Les huiliers, les fabricants d’accessoires et même certains tuners (préparateurs patentés) y vont du portefeuille aussi. Le vainqueur 2016 a empoché 42 000 dollars, une belle manière de commencer la saison. Même le 40ème repart avec quelque chose.

On comprend que ces caractéristiques font de cette course LA course des spécialistes et des chasseurs de primes de tout poil.

Cependant y être ne suffit pas car Daytona 200 ne récompense pas forcément le pilote le plus vite mais celui qui sait réunir une équipe efficace dans les stands, le pilotage top niveau et aussi « l’intelligence de l’anneau » car la majeure de la distance se court sur cet anneau aux virages très relevés où l’aspiration est la clé. Il ne suffit pas de savoir « faire l’aspi » comme sur n’importe quel autre circuit car il faut savoir aussi tirer parti des « montées » sur l’anneau en sortie de l’infield tout comme des « descentes » vers la chicane un peu à la manière d’un cycliste sur piste. Il faut aussi jouer avec le mur extérieur qui selon la distance que le pilote met entre ce mur et lui « accélère » ou « ralentit » la moto. Enfin et surtout, il faut savoir juger quand sortir de l’aspi du pilote de devant car trop tard on ne passe pas devant lui et trop tôt on se refait doubler par celui qu’on avait doublé et qui a pu à son tour faire l’aspi. C’est la science du draft comme disent les américains.

Justement, cette année quelques spécialistes seront présents avec la ferme intention de fouler la Victory Lane (là où se trouve le podium) la tête haute… et les poches pleines.

Tout d’abord, il faudra compter avec Dany Eslick, double vainqueur et qui était le grand favori 2016 avant d’avoir été suspendu par l’organisateur pour des faits civils entachant l’image de la course moto (on ne badine pas avec certaines choses aux USA qui ne feraient frémir les réseaux sociaux que quelques heures en Europe). Il pilotera une Yamaha R6 et sera, sans nul doute, bien appuyé par son équipe TOBC habituelle du championnat MotoAmerica (le championnat US) qui a été aussi une très bonne spécialiste de l’endurance américaine.

Il y aura aussi Michael Barnes, le dernier vainqueur, qui sera sur la même machine et avec la même équipe qui ont lui permis de gagner en 2016. Si en vitesse pure, il n’est peut-être pas celui qui va faire LA pendule, ne doutons pas que sur la durée de cette course si particulière il sera très rapide.

Il ne faut pas négliger aussi quelques autres pilotes aux dents longues et au talent certain comme Cory West (éternel prometteur), Benny Solis (l’homme à la Honda qui court plus de 40 courses par an), Shane Narbonne (professionnel en Flat Track et en vitesse), Kaleb de Keyrel (jeune très prometteur mais absent depuis presque deux ans faute de moyens), Bostjan Kubic (le serbe établi aux USA, 5ème en 2016), Jason Farrel (pilote et préparateur reconnu), Geoff May (le second 2016 et sans doute un des plus vite au chrono), Robertino Pietri (le vénézuélien qui a couru deux saisons en Moto2 mondial), Stafano Meza (peut-être le floridien le plus rapide), Barret Long (le Ducatiste), Kyle Wyman (un très rapide qui court dans sa propre équipe) et enfin Taloy Knapp (le champion 1000 Superstock américain 2015 engagé par le mêle team TOBC que Dany Eslick).

Ils seront près de 70 à prendre le départ et parmi eux, il y aura un Frenchie : Valentin Debise, dit VD53.

En effet, après la tentative en 2016 de Cédric Tangre qui avait vraiment joué de malchance aux essais puis en chutant sur de l’huile dans le deuxième tour de la course, Valentin essaiera de faire retentir la marseillaise dans les immenses tribunes de Daytona.

Après une exceptionnelle première saison 2016 en championnat MotoAmerica où il a fini 3ème en 600 Supersport après 11 podiums alors qu’ils découvraient tous les circuits, Valentin reconduit son engagement en MotoAmerica toujours dans la même équipe, le très expérimenté Team Hammer M4. Il a pris une nouvelle dimension là-bas, gageons que sa progression n’est pas finie !

Il sera sur sa Suzuki 600 GSXR préparée par le Team Hammer selon le règlement technique propre au Daytona 200 (mécaniquement plus restrictif qu’en MotoAmerica mais avec la possibilité d’utiliser une essence plus performante). Ce team, appelé M4 The 22 project Suzuki ECSTAR medAGE pour l’occasion, a été plusieurs fois champion américain en vitesse et endurance et sera à 100% derrière Valentin. De quoi renforcer sa confiance.

En septembre dernier il a remporté à Daytona une course de 100 miles Pro-Am (mélange de pros et d’amateurs) qui a montré qu’il avait su vite comprendre l’anneau et déjoué ses pièges. Bien sûr, les autres favoris n’étaient pas là mais Barnes, le vainqueur de Daytona 200, y était tout de même ! Une première petite expérience sera-t-elle suffisante ?

Soutenons VD53 pour qu’il succède au regretté Patrick Pons vainqueur en 1980.

Signalons enfin qu’il est possible de suivre la course sur internet à partir de samedi 18 à 18 heures sur www.fanschoice.tv

Régis Poiteau

 

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