Dernier week-end de la saison pour Valentin Debise, avec une place de 3e au championnat MotoAmerica Supersport à la clef !

Comme d’habitude, le jeune pilote français nous réserve la primeur du récit de son aventure avec moult détails.

Vous pourrez en retrouver les épisodes précédents ici: 123456 – 7 –  8 – 9 – 10

 


Aujourd’hui, mon sentiment est partagé. Je suis très heureux de voir comme j’ai réussi à accomplir cette première saison américaine avec succès, et je suis également triste que cela soit déjà fini. Les bonnes choses ont toujours une fin !

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Pour la première fois de l’année, je connaissais le circuit avant de venir puisque l’on vient à New Jersey à deux reprises. La première fois, les conditions météo était désastreuses et je n’y avais pas effectué beaucoup de tours sur le sec. C’est vrai que, pour une fois je n’avais pas cette pression de savoir si oui ou non j’allais réussir à m’adapter; je savais à quoi m’attendre.

C’est le circuit plus typique de l’année et vous n’en verrez jamais un autre comme celui-ci ailleurs. Le revêtement date de la guerre (c’était le lieu de stockage des avions de l’armé américaine avant de poser un tracé en plein milieu). Il y a des chicanes assez spéciales avec beaucoup de bosses et des changements de dénivelé à plusieurs reprises. Pour l’anecdote, tous les européens sont tombés à cet endroit, sauf moi… Je touche du bois ! Les sensations étaient différentes par rapport à la première fois, surement dues à une météo très différente. Il faisait excessivement chaud, et très humide. Je sortais du camion avec la combinaison, et en quelques secondes, j’étais en nage. J’aime ces conditions parce que je sais qu’en fin de course j’arriverais à tenir mon rythme sans faiblir. Les Américains sont bien préparés physiquement comparé aux Européens. Pourquoi, je ne sais pas; c’est leur façon de voir le sport. Ça rend les courses très intensives quand tout le monde est en forme. Il y a toujours quelqu’un pour relancer le rythme.

Mes essais n’ont pas été faciles. Le plaisir sur la moto était là, mais je n’arrivais pas à utiliser la moto comme je le voulais pour prendre les bonnes trajectoires. On a pas mal travaillé sur le frein moteur pour arriver à un bon compromis le samedi matin lors de la qualification. La course est longue sur ce circuit; elle comporte 23 tours et beaucoup de virages tournent à droite, ce qui malmène le pneu arrière. J’ai donc passé beaucoup de temps à rouler avec les pneus usés pour comprendre le comportement de la moto quand ces derniers se dégradent. En fin de qualification, j’ai mis un pneu neuf et j’avais trois tours devant moi. Premier tour, je me fais ralentir par des pilotes plus lents, deuxième, je fais une erreur sur une entré de virage, troisième tour, de nouveau des pilotes plus lents… Je partirai 4ème en deuxième ligne.

Première course; l’objectif était d’arrêter la malédiction des samedis sans podium. Je prends un départ plus que moyen (tout le week-end, on a eu des problèmes avec les départs). Je reste quand même 4ème en forçant un peu le passage au premier virage. J’essaye de doubler mon coéquipier qui est devant moi mais il roule comme un dingue et prend beaucoup de risques. Il finit par faire une glisse au troisième tour et j’en profite pour me faufiler. L’écart avec les deux Yamaha est déjà de plus d’une seconde. Je me mets en chasse pour les rattraper, je remonte et gagne 5 dixièmes. Après ça, l’écart stagne, puis ils  accélèrent. A partir de là, j’ai continué à forcer quelques tours, mais rien à faire; je ne pouvais pas suivre. J’ai géré mon écart avec le 4ème. Mon coéquipier, qui a chuté en essayant de me suivre, m’a rendu la tâche plus facile. Je finis troisième, déçu de ne pas avoir pu suivre, mais content d’avoir analysé les problèmes de ma moto plus précisément.

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Deuxième course, je suis déterminé à rentrer dans la bagarre pour la victoire. Avant la course, tout le monde est sous tension. Dernière course de l’année, tout le monde veut se montrer et finir sur une bonne note. Les deux Yamaha boys jouent le championnat. Si JD Beach gagne, et que je suis deuxième, c’est lui qui gagne le championnat. Gerloff a « seulement » à finir deuxième pour avoir le titre. Je suis le seul à être capable de jouer avec eux, et ça ne leur plaît pas !  Je prends une nouvelle fois un départ moyen. Cette fois, je double mon coéquipier dès le premier tour. Je me retrouve troisième juste derrière les Yamaha. Tout se passe bien, je suis à mon aise. Dès le troisième tour, je sens mon pneu arrière qui commence à glisser de façon anormale. Au tour suivant, je manque de passer par-dessus la moto à trois reprises, coup sur coup. “Mince”, ma sensation est qu’il y a une fuite quelconque, qu’un liquide se déverse sur mon pneu. Je ralentis pour regarder ce qui se passe, mais rien. Je réalise que j’ai un pneu qui a un défaut. C’est rare mais ça arrive. Cette année, ça m’est arrivé une fois, mais c’était en essais libres. Je reste calme et décide de faire avec. Peu importe, il faut faire avec ce qu’on a à sa disposition. Je me relance en 7ème position. Je prends la mesure du grip plus que faible, j’essaye de modifier mes trajectoires de façon à relever la moto sur les accélérations et trouver le grip qu’il me manque. Je change également de « map » moteur pour enlever du frein moteur, ce qui m’évitera des blocages de roue sur les entrées. Au loin, je commence à voir la bagarre pour le podium. La course est longue et je sais que j’ai ma chance. Je fonce et la chance à tourné en ma faveur avec les retardataires. Je les double au bon moment sans que je sois gêné. A trois tours de la fin, je me retrouve derrière les trois pilotes qui se bagarrent, et par miracle, j’arrive à les doubler tous les trois en un freinage. Je rentre trop vite, je vois que je vais m’écarter de la trajectoire. Je rétrograde une vitesse de plus pour avoir de la puissance une fois que j’aurais relevé la moto. Je réussis à accélérer tant bien que mal et je prends la troisième place. Bon, ce n’était pas le plus propre de mes dépassements dans ma carrière, mais j’ai eu le mérite d’en doubler trois d’un seul coup et de rester devant à la sortie du virage. J’ai cru que mon cœur allait s’arrêter à ce moment-là, je n’y croyais pas d’être encore sur mes roues. Il reste deux tours de course et je continue à chercher la limite jusqu’à la fin sans me retourner. Je savais qu’en les prenant par surprise et en gardant mon rythme, ils ne pourraient rien faire contre moi. Je garde ma position jusqu’au drapeau à damier.

Finalement Gerloff est champion Motoamerica Supersport; félicitation à lui!

C’est fou d’en arriver là. Je réalise à peine que je viens de faire une saison en Amérique. Je ne peux qu’être heureux de voir tout ce que ce sport m’a fait vivre dans ma vie, et je suis sûr que je n’en suis qu’au début ! C’était couillu de partir en Amérique sans contrat, tout quitter, partir loin de ce que je connais. J’ai quitté ma zone de « confort » que j’avais en France pour tenter l’impossible! Aucun Français ne l’avait fait avant moi. Quelques uns ont essayé, mais n’y sont jamais parvenus. J’ai eu de la chance de rencontrer les personnes au bon moment qui m’ont aidé à réaliser cette saison exceptionnelle. Des personnes « de l’ombre » m’ont aiguillé pour faire les bons choix. Le plus important à mes yeux cette année, c’est d’avoir atteint tous les objectifs que je m’étais fixés, et ça, c’est la plus grande des victoires. Je relativise les trophées et la reconnaissance. Ce qui est important après avoir franchi le drapeau à damier, ou quand une saison se termine, c’est de se demander ” est-ce que j’ai tout donné ? Est-ce que j’ai suivi mon plan ? Mon objectif a-t-il été atteint ?”
Après cette année, j’ai la fierté d’avoir coché toutes les cases.

Merci à vous tous de m’avoir encouragé toute l’année, Merci à mes partenaires qui m’aident à financer ce sport couteux. Merci à mon équipe qui a tout mis à ma disposition pour ma réussite. Merci à mon coach pour m’avoir bien conseillé. Merci à Motoamerica de m’avoir accueilli à bras ouvert. Merci !

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