Dernier week-end de course pour Valentin Debise, avant une pause estivale particulièrement longue de deux mois.

Comme d’habitude, le jeune pilote français nous réserve la primeur du récit de son aventure avec moult détails.

Vous pourrez en retrouver les épisodes précédents ici: 123456 – 7 –  8 – 9


J’étais très excité à l’idée d’aller sur ce circuit. J’y ai vu un nombre de courses incalculables à la télévision quand j’étais fan des Grand Prix. Les victoires de Nicky Hayden, les passes d’armes de Stoner et Rossi, etc. C’est un endroit marqué d’histoire. Le circuit se situe sur des collines à quelques kilomètres de la mer. Les horizons sont verts. Du bord de piste, au niveau du célèbre Corkscrew, on a une vue incroyable, et on peut y apercevoir le paddock en tout petit.

Ce week-end, on a eu la chance de collaborer avec le championnat du monde Superbike et ça a été l’occasion pour moi d’y croiser quelques amis. Les supporters sont venus en masse, dont une bonne paire de Français ! C’est vraiment agréable de voir des expatriés suivre mon parcours et venir me rencontrer pour échanger quelques mots. Sur les manches du Superbike, il y a un paddock show animé par Michael Hill. J’ai eu la chance d’y participer à trois reprises lors du week-end; vous auriez dû voir ça car c’était très amusant. Les deux pilotes bleus jouent le championnat, moi je suis trop loin en terme de points pour pouvoir espérer quoi que ce soit. Par contre en finissant devant, ou en m’intercalant entre eux, je peux changer la donne…  En plaisantant, les deux m’ont proposé de l’argent; un pour que je reste derrière, l’autre pour que je m’intercale. “Allez Valentin, moi je te paye le double, moi le triple” lol !

Ce circuit est incroyable. J’ai encore découvert des styles de virages que je ne connaissais pas. Toute l’année, en moyenne je perdais du temps dans les chicanes comparé aux Américains dont c’est la spécialité. Vous connaissez forcément le Corkscrew ! Cette fameuse chicane en descente. On arrive d’une monté où on ne voit pas du tout là où on va à fond de 4.
Il faut serrer le gauche au maximum, tourner légèrement à droite, puis vite prendre les freins et relever la moto en essayant de faire une ligne droite pour être capable d’exercer un maximum de pression sur le frein avant. Il faut essayer de se replacer un peu sur la droite avant de tourner, mais ce n’est pas évident parce qu’il y a des bosses, et la piste commence à descendre légèrement. Le premier virage de la chicane tourne à gauche. Il est très serré, quasiment à l’arrêt. Ken Hill, mon coach m’avais pourtant prévenu « rentre moins vite que ce que tu penses, et encore moins vite que ça ! »
Ok, au premier tour je file tout droit. Merde, c’est encore moins vite effectivement. Une fois le premier point de corde passé, la pente est tellement forte que la moto prend de la vitesse toute seule sans rien faire; c’est une sensation incroyable.
Il faut vite balancer la moto à droite tout en mettant à fond ! A ce moment-là, il y a une compression qui met la boule au ventre. Passage du troisième rapport sur l’angle et on enchaine avec un autre gauche. Respirer ? Impossible. C’est la première fois depuis le début de l’année que mon meilleur partiel était celui de la chicane. Je suis fier d’avoir évolué dans ce domaine.

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Mes essais se sont bien passés. Il y avait beaucoup de catégories. La durée des essais libres + qualification était très réduite (80min). Aller à une course avec si peu de roulage n’était pas évident à gérer. J’ai donc optimisé au maximum mes séances d’essais en prévoyant différents réglages en amont, ce qui réduisait mon temps d’arrêt au stand. Vous souvenez vous de ma course à Road America ou j’ai gagné grâce à ma stratégie du pneu arrière médium ? J’ai pas mal roulé avec ce pneu durant les essais, parce que je savais qu’avec la météo fraiche qu’on allait avoir pour la course qui se déroulait à 10h du matin, ce pneu allait bien marcher, contrairement au soft qui allait vite s’user. J’ai essayé jusqu’au dernier moment de rouler avec, mais la différence allait se faire au bout de 18 tours, et la course en comporte seulement 21. Le choix était trop risqué et j’ai donc décidé de faire le même choix que les autres; partir avec le soft pour être performant dès le début et accrocher le bon wagon. On ne peut pas ruser à chaque fois !

J’étais assez détendu avant la course car je savais que j’avais ma chance de gagner et ça me rend toujours plus confiant. Je prends un bon départ, mais pas assez bien pour doubler le deuxième. Le départ est en montée et en virage ce qui rend l’exercice compliqué parce qu’il ne faut pas que la moto cabre pour pouvoir tourner. Le deuxième me sert, je suis obligé de soulager les gaz pour le laisser passer. Je prends une trajectoire défensive au premier virage. Dès le deuxième virage, je vois le deuxième qui glisse et je me dis qu’il faut que je passe devant pour pouvoir accrocher le premier. Je le double au freinage du quatrième virage, propre sans toucher personne cette fois. J’essaye de remonter sur JD. Je suis un peu limite sur l’avant. Mon chrono est bon après deux tours, mais P***** impossible de le suivre; il est au-dessus aujourd’hui.
Je décide de laisser passer Gerloff pour voir si lui est capable de remonter sur JD Beach et me tirer. Mais lui aussi peine. On se retrouve tous les deux à se batailler. On rattrape des retardataires; cette fois, ils respectent les drapeaux bleus et me laissent passer.

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Gerloff fait une erreur, j’en profite pour passer devant et voir si en freinant normalement sans prendre de risque, il est capable de me repasser. Je vois qu’à un seul freinage, il a la possibilité de me doubler, et je prends note. Je le laisse passer en faisant une erreur intensionnelle. Je sais que si je fais un bon dernier tour en étant précis sur mes trajectoires, il ne pourra rien faire. J’avais aussi la possibilité de le dépasser dans le dernier virage, mais je sens que ça serait trop risqué. Je prends donc les devant dans l’avant-dernier tour, je me concentre sur mes virages, je prends une ligne défensive au Corkscrew. Dans le dernier virage, je ferme un peu la trajectoire mais pas trop, de manière à pouvoir quand même tourner  et accélérer correctement. S’il essaye de me dépasser, il ne pourra pas accélérer donc je le dépasserai de nouveau. Il n’essaye rien, tant mieux, et je franchis la ligne, deuxième à 5 secondes du premier (ça fait mal).

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C’est encore un bon week-end pour moi. Je suis satisfait d’avoir appris mon dernier circuit de l’année, c’est un stress en moins.
La prochaine course se déroulera à New Jersey en dessous de New York, dans deux mois. J’y ai déjà fait une course, il y a quelques mois de ça. C’est une bonne sensation d’avoir été aussi régulier de course en course, sans connaitre les circuits. Mon équipe y est pour beaucoup. Ils m’ont toujours donné beaucoup de conseils et de petites astuces, et surtout une moto saine. A chaque séance d’essais, je monte dessus et je ressens les mêmes choses. Ça parait évident, mais ça faisait longtemps que je n’avais pas eu ça. Neuf podiums en huit week-ends de course; qui aurait parié ça en Janvier quand je suis parti dans l’inconnu en Amérique ?

Maintenant, j’ai mérité un peu de repos. Je retourne en France voir ma famille et mes amis pour deux mois. Je vais user les pneus de ma bicyclette, faire un peu de planche à voile, du surf et pourquoi pas un peu de moto 😉

Passez tous un bon été !

Valentin

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