En lisant régulièrement nos colonnes, vous connaissez déjà l’essentiel de ce qui s’est passé aujourd’hui, concernant l’actualité MotoGP en général et celle de  Johann Zarco en particulier.

Mais comme vous pouvez le constater au quotidien, nous nous faisons un devoir, aussi souvent que possible, de produire de la « vraie matière exclusive» plutôt que de baser notre activité sur une seule traduction toujours approximative d’articles provenant de la presse étrangère.

C’est dans cette optique que nous vous offrons très régulièrement des scoops, des interviews, des articles techniques et des reports intégraux des déclarations des pilotes.
Et c’est bien sûr dans cette dernière catégorie, parfois fournie, parfois plus concise, que figure notre série complète et exclusive des débriefing “bruts et à chaud” de Johann Zarco avec, aujourd’hui, ses déclarations à l’issue de la première journée du Grand Prix d’Espagne, prononcées en anglais et en français dans l’hospitality du team Monster Yamaha Tech3.


Johann Zarco: « Aujourd’hui, nous avons eu une grosse pluie ce matin, et pour moi, il était bon de découvrir pour la première fois la piste dans ces conditions. Vous pouvez débuter calmement, en prenant votre temps pour comprendre la moto, la puissance,et la piste. C’était intéressant car le feeling était bon mais la position n’était pas très bonne car, au final, la limite est tellement éloignée, même sur le mouillé : les pneus et la moto nécessite d’attaquer beaucoup et j’ai besoin d’un peu de temps pour contrôler ça. Le feeling était positif, donc pour moi c’est juste une question de temps et de travail pour améliorer.

L’après-midi, c’était sec avec parfois quelques plaques d’humidité, mais ça à séché plus tard, tour après tour, et j’étais heureux d’être rapidement dans le rythme, pas loin des meilleurs chronos, et toujours en améliorant. Nous avons également fait une modification sur la moto car nous l’avions déjà planifié au Texas et il a été très positif que ce changement marche aussi à Jerez qui est un circuit totalement différent. Cela m’a rendu très satisfait car en ne se limitant pas un seul circuit, cette modification va permettre une amélioration pendant toute la saison.

Sur la fin, j’ai rencontré des preuves techniques. J’ai entendu un bruit sur la moto et je n’ai pas voulu attaquer car j’étais un peu inquiet puisque si j’attaquais avec ce bruit étrange à l’échappement, je ne sais pas, quelque chose de technique, j’avais peur de détruire quelque chose. C’était mieux d’avoir un peu de sagesse, et même si je ne pouvais pas améliorer, c’était mieux de s’arrêter. »

Quelle est cette modification qui concerne les suspensions ?

« Techniquement, je ne sais pas, mais le feeling est toujours de travailler pour avoir une moto stable. Comme ça, quand la moto est stable, je peux mieux bouger. Aller dans cette direction me procure vraiment un meilleur feeling et le chrono s’améliore également. »

Cela fonctionne plus particulièrement au freinage ou à l’accélération ?

« Cela fonctionne plus particulièrement partout ! »

Êtes-vous déçu de ne pas être dans le top 10 ?

« Je ne peux pas être en colère car j’ai besoin de rester calme quelque soit la situation, et c’est encore une fois une belle leçon : quand vous n’êtes pas en tête ou que vous avez un problème technique, je regarde Valentino qui sourit tout le temps. C’est peut-être un sourire forcé mais être capable de rester tranquille, en sachant que vous avez l’équipe et que tout se passera bien. Par-dessus tout, avec cette moto très puissante, être nerveux rend tout plus difficile. C’est donc un bon travail et même si je ne peux pas améliorer demain, il sera de toute façon positif de travailler sur nous-mêmes. »

Il semble que vous soyez un autre de ces pilotes qui performent mieux en course qu’aux essais…

« Non, non, non. Même au Texas, les essais n’étaient pas si mauvais, non ? (rires). Et même en Moto2, vous devez être fort dès la FP1 si voulez faire une bonne course. C’est un niveau de championnat du monde, cela peut être le cas dès la Moto3, et encore plus en Moto2, et encore plus en MotoGP. Il faut juste attaquer dès la FP1 jusqu’à la course. Si vous sentez que vous ne contrôlez pas en FP1, cela signifie qu’il vous manquera quelque chose en course. »

Mais certains pilotes comme Morbidelli disent vous avez quelque chose de spécial en course. Savez-vous ce qu’ils veulent dire ?

« Non. En Moto2, je me sentais à l’aise, oui. Peut-être que comparé à eux, j’abîmais moins le pneu, et donc en fin de course, je pouvais parfois aller plus vite. Peut-être aussi quand Moto2, dès la FP1, j’attaquais comme un diable. »

Vous avez dit qu’il fallait toujours regarder vers l’avant et progresser. Vous vous attendez à la même chose ici ce week-end ?

« Oui. Continuer à travailler et regarder vers l’avant. Nous devons être le meilleur rookie, nous devons marquer de gros points. Je voulais être dans le top 10 et j’ai été deux fois dans le top 5, donc oui, essayer d’être dans le top 5 ou top 6, et marquer des points. Plus je ferai de tours, mieux ce sera, même comme ici, avec des conditions mixtes est difficile : je m’améliore et mon expérience grandit. »

Après ton excellent début de saison, on arrive en Europe où il y a de plus en plus d’attentes à ton égard. Comment vas-tu gérer tout cela ?

« Je vais donner des griffes à Mathilde (chargée de communication) (rires) et elle va gérer tout cela du haut de ses 20 ans. Elle va pousser tout le monde. Plus sérieusement, déjà lors des trois courses outre-mer, le simple statut MotoGP faisait changer les choses. Les gens te reconnaissent beaucoup plus et tu es déjà plus sollicité. On arrive en Europe et c’est encore plus, donc il faut savoir vivre avec et se dire que cela n’arrive pas tous les jours. Il faut retirer du bonheur et de la joie de toutes ces sollicitations. Après, le plus difficile ce sera quand on ne sera pas premier, qu’on ne mènera pas et qu’on ne sera pas dans les conditions des plus faciles en piste ; il faudra, dans le travail, rester autant positif que lorsque l’on rencontre les fans. C’est là l’exercice le plus difficile, et c’est encore plus dur à faire en Europe parce que, par exemple, il y a peut-être que 300 m pour aller simplement des camions à sa chambre, et on est concentré car on veut travailler, mais il faut savoir vite ouvrir le tiroir pour s’ouvrir aux gens car ils sont là pour te soutenir et ils ne peuvent pas te voir tous les jours. Puis il faut à nouveau se concentrer, et là, c’est vraiment un travail sur soi-même. »

Tu comptes sur Laurent (Fellon) pour te recadrer ?

« Oui, exactement. Ça, je n’en ai aucun doute (rires). Ça fait du bien qu’il soit là parce que, par exemple aujourd’hui, le feeling n’est pas mauvais mais on n’est pas devant. C’est quand même vachement serré et tout le monde va assez vite. Ça fait monter le stress, ça fait monter la pression, et lui est là, et quand il dit « je ne t’ai jamais vu aussi bien », ça permet de se dire « bon, tout ne s’est pas mis bout à bout » et c’est pour ça qu’il n’y a pas besoin de se stresser. J’ai totalement confiance dans cet œil et après, il gère également les invités qu’on peut avoir, et il y a également l’organisation Tech3 qui permet de gérer nos week-ends correctement. »

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Cal Crutchlow nous expliquait hier qu’à Austin, tu freinais 30 m plus tard, et il en déduisait que tu étais fatigué. Est-ce que tu étais fatigué ou est-ce que tu gérais ton pneu avant ?

« 30 m plus tard ? »

C’est ce que lui disait…

« Parce que si je freine 30 m plus tard, c’est que je gère moins le pneu avant ! »

Pardon, alors 30 mètres plus tôt.

« Il y avait de la fatigue en fin de course, il y avait également le fait qu’on est presque à la fin. Oui, je sens mon pneu avant se fatiguer, et 4 ou 5… je sens que je n’arrive pas à m’échapper, donc tu raisonnes et tu te dis « ne vas pas faire d’erreur ». Et le simple fait de commencer à raisonner te fait quand même prendre un peu de marge car tu as presque fait le plus dur et tu ne veux pas te rater. C’est trop bête de chuter à ce moment-là donc oui, d’un seul coup, tu te mets à avoir une petite marge. Donc fatigue plus marge, ça résulte de ça. »

Tu étais un des pilotes les plus en forme Moto2. Tu sens en MotoGP c’est encore plus exigeant physiquement ?

« Oui, je crois que c’est la connaissance de la moto et la gestion de tous les éléments que l’on a, c’est-à-dire les différences de pneus, bien gérer son aide électronique, ses suspensions, qui font que l’on économise ou pas de l’énergie sur la moto. Et actuellement, j’ai juste la joie et je veux foncer, mais quand je compare ma performance à Valentino, c’est sûr que il a dépensé beaucoup moins d’énergie sur sa course du Texas. Et c’est pour ça que, étant 11 ans plus jeune, je suis quand même plus fatigué que lui à la fin de la course. 11 ans plus jeune, je dois être en meilleure forme ! Donc c’est simplement tous ces nouveaux éléments qui demandent beaucoup plus de connexions à la tête, et c’est fatiguant. »

La passe d’armes avec Rossi, si elle se présente 10 fois, tu la refais 10 fois de la même manière ?

« Si c’est à refaire… non, peut-être attaquer un petit peu plus loin pour, justement, ne pas perdre le contact avec les Honda. Parce que lui, ça lui a fait regagner le contact, moi ça me l’a fait complètement perdre. Je me sentais bien encore, deux tours après, mais on ne peut pas dire que c’était des « tiges » devant (rires), donc c’était dur de les rattraper et j’ai tout donné. Mais si je ne veux pas perdre le contact avec ceux de devant, recalculer la manœuvre, mais sinon pour l’aspect « passe l’idole », au moins il n’y a pas de blocages mentaux, et ça, c’est à refaire. »

Quelles sont les circonstances, en début de saison, qui te font dire que le redoublement du titre en Moto2 était vraiment la bonne idée ?

« La gestion d’une course, la gestion d’un week-end de course, c’est-à-dire on renouvelle le titre Moto2, on a la même équipe et la même moto, on peut se dire qu’elle est bien et qu’il n’y a plus qu’à !
Mais finalement, pour continuer de gagner, il a vraiment fallu se mettre à sang. À chaque fois, on remet sa vie en jeu. Et ça, quand on a un titre de champion, c’est dur de se dire « Pourquoi aller remettre sa vie en jeu ? J’ai les capacités, je peux gérer ». Et en fait, dans, il n’y a pas vraiment de gestion. Il faut tout donner, « all in » quoi ! Vraiment tu mets toute ton énergie, et après tu calcules. Et ça, ça m’a appris à faire ça, et donc maintenant que je suis en MotoGP, et en plus ce que je dois apprendre, donc pas de calcul. Tu mets toute ton énergie et après tu vois.

Répéter un titre Moto2… Parce que là, je pourrais avoir plein d’excuses : nouvelle équipe, nouvelle moto, j’ai plein de choses à apprendre. Et en fait, ce sont des excuses pour se reposer. Au bout du compte, on est sur la moto et si tu as la volonté, tu donnes tout ce que tu as. En Moto2, quand j’ai répété le titre, tous ces éléments étaient tellement gérés que je pouvais dire « ça ne dépend que de toi ». Et bien maintenant, j’apprends plein de nouvelles choses en MotoGP, j’arrive à me faire la même réflexion. Je crois que ça m’aide à balayer la route et se faire un chemin clair. »

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Classement de la première journée d’essais libres :

1. Dani Pedrosa ESP Repsol Honda Team (RC213V) 1m 39.420s
2. Jack Miller AUS Estrella Galicia 0,0 Marc VDS (RC213V) 1m 39.964s +0.544s
3. Cal Crutchlow GBR LCR Honda (RC213V) 1m 40.045s +0.625s
4. Jorge Lorenzo ESP Ducati Team (Desmosedici GP17) 1m 40.291s +0.871s
5. Danilo Petrucci ITA Octo Pramac Racing (Desmosedici GP17) 1m 40.378s +0.958s
6. Maverick Viñales ESP Movistar Yamaha MotoGP (YZR-M1) 1m 40.379s +0.959s
7. Alvaro Bautista ESP Pull&Bear Aspar Team (Desmosedici GP16) 1m 40.392s +0.972s
8. Andrea Dovizioso ITA Ducati Team (Desmosedici GP17) 1m 40.428s +1.008s
9. Aleix Espargaro ESP Factory Aprilia Gresini (RS-GP) 1m 40.479s +1.059s
10. Pol Espargaro ESP Red Bull KTM Factory Racing (RC16) 1m 40.573s +1.153s
11. Scott Redding GBR Octo Pramac Racing (Desmosedici GP16) 1m 40.639s +1.219s
12. Valentino Rossi ITA Movistar Yamaha MotoGP (YZR-M1) 1m 40.698s +1.278s
13. Jonas Folger GER Monster Yamaha Tech 3 (YZR-M1)* 1m 40.773s +1.353s
14. Marc Marquez ESP Repsol Honda Team (RC213V) 1m 40.915s +1.495s
15. Johann Zarco FRA Monster Yamaha Tech 3 (YZR-M1)* 1m 41.019s +1.599s
16. Andrea Iannone ITA Team Suzuki Ecstar (GSX-RR) 1m 41.165s +1.745s
17. Tito Rabat ESP Estrella Galicia 0,0 Marc VDS (RC213V) 1m 41.165s +1.745s
18. Bradley Smith GBR Red Bull KTM Factory Racing (RC16) 1m 41.432s +2.012s
19. Takuya Tsuda JPN Team Suzuki Ecstar (GSX-RR) 1m 41.887s +2.467s
20. Sam Lowes GBR Factory Aprilia Gresini (RS-GP)* 1m 41.905s +2.485s
21. Karel Abraham CZE Pull&Bear Aspar Team (Desmosedici GP15) 1m 41.909s +2.489s
22. Loris Baz FRA Reale Avintia Racing (Desmosedici GP15) 1m 42.515s +3.095s
23. Hector Barbera ESP Reale Avintia Racing (Desmosedici GP16) 1m 42.630s +3.210s