Terminer en cinquième position d’une course dont on a pris le départ au-delà de la soixantième place sur la grille, avec qui plus est deux tours de retard, n’arrive pas tous les jours. C’est pourtant ce que vient d’accomplir Valentin – avec le record du tour à la clé – qui nous raconte ici ses aventures floridiennes, après nos trois articles sur le sujet .

“Comme vous le savez, l’an dernier avait été une déception de ne pas avoir pu participer à cette course mythique qui me faisait rêver depuis bien longtemps. Cette année était la bonne !

Mais ça a quand même été moins une pour que je rate la course… Mon visa a pris plus de temps que prévu cette année. J’ai dû annuler les essais programmés quelques jours avant la course avec le team, et prendre un avion au dernier moment pour arriver tout juste à temps pour les premiers essais du vendredi. Comme l’ont dit mes mécaniciens, ça aurait pu être pire, et au moins ça fait une histoire de plus à raconter !

Les 200 Miles, c’est assez spécial, c’est une vraie course américaine à l’ancienne. On a eu une séance d’essais libres de 25 mn, et on a été directement jetés en qualification. Pas le temps de régler la moto, pas le temps de prendre ses marques, il faut rouler vite de suite. Les essais commencent à 8h du matin. En cette période de l’année il peut parfois geler la nuit, ce qui a été le cas cette fois… Je ne vous explique pas les frayeurs qu’on se faisait avec les pneus spéciaux « durs » de Daytona quand on arrivait sur les freins !

Le vendredi a donc été la première fois que je montais sur ma nouvelle moto version 2017, avec le moteur spécial Daytona (le règlement n’est pas le même qu’en MotoAmerica). Le moteur est censé être moins puissant, mais avec l’essence racing qui est autorisé, ça compense. On a perdu 2 chevaux à haut régime, mais on a gagné en couple. J’ai donc du déverminer la moto, merci à mes mécaniciens qui ont reproduit à l’identique mais en neuf ma moto de l’an dernier que j’aimais tant. C’était agréable de se sentir chez soi après seulement quelques virages.

Tout allait bien jusqu’à ce qu’on casse un moteur. Je tiens à préciser que c’était dû à la malchance, et non à une faute du motoriste. Ils avaient prévu le coup, et m’ont remplacé le moteur en quelques minutes. Ce nouveau moteur était presque plus agréable à conduire que le premier, encore une nouvelle histoire à raconter. Cette fois c’est moi qui ai dit ça au team, ça ne les a pas fait rire… lol

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Vient la dernière séance, quand je peux enfin mettre tout bout à bout et passer un pneu dit « qualif » qui dure 2 tours. Je m’entends avec un concurrent pour jouer aux jeux des aspirations, ce qui est primordial sur ce circuit. Manque de chance, il tombe alors que je le tirais dans la partie intérieure du circuit. Je suis contraint de faire mes deux tours chronos seul, je perds donc énormément. Une bonne aspiration sur ce circuit c’est 5 dixièmes facilement. Je rate de peu la pole position.

La course a été une vraie mascarade. Premier départ, j’ai un peu de mal à comprendre l’organisation. On est censé partir pour un tour de mise en grille, mais ce tour de mise en grille, on le commence de notre position sur la grille de départ. Même mes mécanos étaient un peu perdus. On commence ce fameux tour de mise en grille, en partant donc de ma position de départ, on passe le tour à suivre un safety car. On se repositionne, cette fois on passe quelques minutes en place. Tour de chauffe et enfin le départ. Sur cet événement, on est 70 pilotes, donc le départ est fait en deux parties (groupe1 – groupe 2). Une fille tiens un panneau « 3 minutes » (ne me demandez pas pourquoi, je n’ai toujours pas compris), le tourne horizontalement, l’enlève, et là un gars agite un drapeau vert. A ce moment, je me dis, « ça ressemble à un départ de course ». Tout le monde part, je réagis assez vite et rejoins mes camarades. Au bout de quelques mètres, deux pilotes se percutent devant moi. Ça commence bien. Je rentre sur le banking en deuxième position. Les drapeaux rouges sont agités. Je ne comprends pas pourquoi, le team manager me signale que le système de chronométrage ne fonctionne pas. Deuxième départ, remise à 0 de la course, 1 tour et de nouveau drapeau rouge. Cette fois une moto brule sur la piste. 3ème départ, et en freinant pour me ralentir sur la grille, ma roue arrière se bloque. Je suis au milieu avec ma moto bloquée. J’essaye de secouer mon étrier pour décoller les plaquettes, j’arrive à aller jusqu’à mon stand de ravitaillement. Le départ est lancé sans moi. Par chance un nouveau drapeau rouge est sorti pour cause d’huile sur la piste. La seule différence avec ce drapeau rouge, c’est que la course ne sera pas remise à 0, ce qui me place donc en dernière position, avec deux tours de retard sur tout le monde.

Ma moto est prête à repartir. La Direction de course me place en dernière position. 70 pilotes devant moi. J’étais tellement loin que j’avais du mal à voir le drapeau vert s’agiter. Contrairement aux précédents départs où je faisais attention à ne pas partir trop vite pour ne pas user l’embrayage (précaution à cause du nombre de drapeaux rouges possible), cette fois je sors de la grille le plus rapidement possible. Le premier tour est assez chaotique, tout le monde est énervé. Ça se pousse, les pilotes se font des signes. La suite ? J’ai mis la tête dans la bulle et j’ai foncé le plus rapidement possible pour rattraper le temps perdu. Je suis remonté sur le groupe de tête, ils étaient 6 à se bagarrer. Je les ai doublés et distancés assez rapidement. Vous savez j’étais dans ce type de jour où tout ce que je faisais ça passait. Je conduisais la moto comme j’en avais envie, le moteur marchait du feu ! C’était très plaisant. 321 km de course que je n’ai pas vu passer. J’étais presque déçu de voir le drapeau à damier s’agiter. S’arrêter au stand, repartir avec des pneus neufs, les user, se ré-arrêter au stand et continuer sa course tout seul c’est une sensation que j’ai vraiment apprécié. Je fini la course en 6ème position, 5ème après le déclassement du deuxième, et le record de la piste en poche. Honnêtement je ne suis pas déçu, un peu mais le plus important à mes yeux est de se faire plaisir, c’est mon but principal. J’étais tellement bien sur ma moto, tout seul à écouter le bruit du moteur que j’en oublie le reste. J’ai hâte d’être aux essais officiels d’Austin dans une semaine pour essayer la moto en configuration « MotoAmerica » et retrouver mes collègues de course.

Je vous dis à bientôt, n’hésitez pas à me suivre et à me poser vos questions sur ma page Facebook « Valentin Debise ».

Bises.”

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Photo de titre : crédit Brian J. Nelson pour le M4 The 22 Project ECSTAR Suzuki

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