Comme à son habitude, Valentin Debise nous conte sa découverte du championnat américain MotoAmerica Supersport, d’une façon aussi vivante que détaillée.

Vous pouvez retrouvez les premiers épisodes de son aventure dans la rubrique “Rookies” de notre site.

Valentin Debise: “Me voilà arrivé à “VIR”, en Virginia. Les horizons sont verts, le temps humide, et la piste magnifique  délimitée par des arbres à certains endroits; oui ,oui, pas de mur ou de rangée de pneus, mais bien des arbres qui sont situés à 400 mètres de la piste. Iincroyable !

Piste typiquement américaine avec de nombreuses chicanes, des dénivelés dans tous les sens, des sorties de virage délimitées par des « vibreurs » qui sont en vérité assez hauts et en béton. J’en ai fait la mauvaise expérience lors de mes premiers tours en essayant de mettre mes roues le plus près possible de ces fameux vibreurs sur les intérieurs, mon cale-pied a touché le béton et la moto est partie dans toutes les directions ! Ça m’apprendra!  lol

Une nouvelle fois, je n’ai pas été chanceux avec la météo, ce qui amplifie le challenge de performer sur les courses en ayant peu d’expérience de la piste. Vendredi matin s’est déroulé sous la pluie, j’ai pris mon temps en adoptant la stratégie habituelle, à savoir rester en piste lors des 40 minutes de la séance pour finir en 2ème position. Deuxième séance libre, qui elle nous réserve un grand soleil; il fait chaud et humide (100% d’humidité), et honnêtement, j’étais en difficulté sur cette séance. Je reproduisais les erreurs plusieurs fois d’affilée, sans avoir l’aptitude de rectifier le tir. Je suis rentré assez tôt ce soir-là à l’hôtel pour réfléchir à cette situation, et établir un plan d’attaque pour le lendemain.

Mon équipe technique a effectué quelques petits changements sur la moto pour m’aider; je pars avec mon plan en tête, et tout se déroule comme prévu. Je pars en vieux pneu, je travaille sur mes trajectoires à 2 points critiques et valide la démultiplication de la moto. Je passe un pneu neuf,  prends  confiance et le chrono arrive gentiment. Je passe mon second pneu neuf et j’améliore de nouveau en étant gêné dans mes trois tours rapides sur quatre; c’est le jeu… Je me place deuxième, non loin du record de piste effectué lors de cette séance même, pour vous dire le niveau de compétitivité cette année !

On arrive déjà à la première course du week-end. Je me prépare, mon mécaniciens vient me voir et me prévient qu’il va y avoir un peu de pluie. Pas de problème car j’étais vite dans ces conditions le vendredi matin. On se place sur la grille de départ….
Et là… ce n’est pas de la pluie mais une tempête ! Une vraie, comme à la TV! J’étais effrayé; eux, au moins, ils ont l’habitude. J’ai même vu un gars danser au milieu d’une mini tornade les bras en l’air!  lol
Évacuation de la grille de départ, on laisse les motos sur place, on se met à l’abri, toutes les tonnelles s’envolent; un vrai fiasco. Le soleil revient de plus belle après dix minutes de pluie intensive. La piste est inondée, mais MotoAmerica relance une procédure de départ. Sur la grille de départ, le choix de pneu s’annonce critique. Par mon manque d’expérience de cette piste, je n’ai pas fait le bon choix (pneu pluie avant, pneu slick arrière), et je l’assume totalement. La piste a séché en trois tours; j’ai poussé la moto à la limite, le plus que j’ai pu, mais impossible de suivre les autres! Je finis à une décevante 9ème place. Le côté positif, c’est que d’autres pilotes dans la même situation que moi n’ont pas marqué de points; j’ai sauvé les meubles (pas la tonnelle du team).

Deuxième course. Je crois en mes chances de victoire aujourd’hui. J’avais deux scénarios possibles; l’un était que je ne sois pas assez rapide, donc de doubler le leader le plus de fois possible pour le gêner, et maîtriser l’allure de la course, le deuxième était que j’ai le bon rythme et que j’attende derrière en essayant de conserver le pneu arrière du mieux possible, ce qui sera la clef de la réussite pour les derniers tours de course.

Je prends un bon départ, j’effectue deux tours en tête, mon concurrent me double, je le repasse de suite pour voir sa réaction, il me redouble à la cool dans la ligne droite des stands, je reste derrière, je le vois forcer sur les accélérations, je fais le choix inverse, je force plus sur les freinages. On est un groupe de cinq pilotes, dont quelques énervés. La bagarre bat son plein durant toute la course. Pas une seconde de répit, avec un pilote qui me double puis qui sort de la piste, et les retardataires qui ne sont toujours pas décidés à se pousser hors de la trajectoire; c’était fun ! Je prépare ma stratégie finale en essayant de comprendre les possibilités qui s’offrent à moi pour gérer mon dernier tour. Je passe l’avant-dernier tour deuxième, mon coéquipier me passe au freinage (ça, ce n’étais pas prévu), je le double dans le virage suivant (un gauche qui rentre fond de trois au rupteur), le leader en a profité pour me mettre quelques dixièmes, je remonte assez vite, freinage de la ligne droite du retour, je choisis de fermer la porte et de rester là ou je suis. Je fais un bon enchaînement, je sors juste derrière le premier, passe en tête dans un freinage en descente, rentre dans le virage et perd l’avant. J’arrive à récupérer, patiente un peu avant de reprendre les gaz pour revenir à la corde et bloquer le deuxième, puis je vire dans le gauche à fond. Je fais un bon dernier virage en accélérant le plus tôt possible pour anticiper la longue ligne droite, je serre les fesses, rentre les coudes au maximum, garde la tête contre le réservoir, j’y crois! Je n’entends plus son moteur… jusqu’à ce que je vois la ligne d’arrivée où il me double pour 3 centièmes!
Voilà ce qui m’a manqué; vous direz “c’est rien”, moi j’ai l’impression qu’il y a un monde.

Un peu déçu, mais content de me rapprocher encore et encore malgré le manque de roulage sur cette piste. La moto, je l’ai maintenant en mains. Je prends mon mal en patience; mon tour viendra.

Je reprends la deuxième position au championnat, ce qui est énorme !

Merci à tous, et à bientôt”

VD53

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