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Toprak Razgatlioglu

La phrase a fait sourire. Puis elle a fait mal. Très mal. Parce qu’elle ne vient pas de n’importe qui, et surtout pas de n’importe quel contexte. À Austin, au terme du Grand Prix des Amériques MotoGP, Toprak Razgatlioglu lâche ça, presque naturellement : « après 12 ou 14 tours, la moto ressemble à une Goldwing… elle devient lourde. »

Une Goldwing… Donc une Honda Gold Wing. Le symbole même du confort… et tout l’inverse d’une MotoGP. Et là, il y a quelque chose de presque cruel. Parce que Toprak roule sur une Yamaha. Et pour décrire ses limites… il va chercher une Honda.

Ce n’est pas une blague, c’est un aveu.  On pourrait croire à une punchline. À une exagération de pilote frustré. Sauf que tout, dans son week-end, confirme cette sensation.

Départ 17e. Premier tour compliqué, il plonge dans le fond du classement. Puis il remonte. Proprement. Il passe Jack Miller, puis Fabio Quartararo. Il finit 15e. Premier point en MotoGP. Mais il n’y a aucune euphorie derrière.

« Je ne suis pas complètement content. Certes, comparé aux autres Yamaha, on a fait du bon travail, mais on a terminé à plus de 25 secondes. Ce n’est pas bon ». Le ton est posé, presque froid. On sent déjà que le problème est ailleurs.

La clé, elle arrive en course, dans le trafic. Toprak Razgatlioglu essaye de dépasser Quartararo. Il n’y arrive pas. Pas par faute d’essayer.

« J’ai essayé de dépasser Fabio au début, mais il était très fort au virage 12. Je ne comprenais pas comment il pouvait freiner aussi tard. Ma roue avant se bloquait sans cesse et je ne pouvais plus retarder le freinage car la moto ne décélérait pas correctement. »

Toprak Razgatlioglu : « on ne sait pas quand les améliorations arriveront. Ce pourrait être en milieu de saison, en fin d’année, voire l’année prochaine »

Ce passage dit tout. Le manque de freinage, le déficit de confiance sur l’avant et l’impossibilité d’attaquer.

Quand le pneu de Quartararo lâche, Toprak trouve enfin l’ouverture. « Quand je l’ai dépassé, j’ai essayé de trouver mon rythme et ça s’est plutôt bien passé ».

Mais cette éclaircie ne dure pas. Parce que c’est justement après, quand la course s’installe, que la fameuse comparaison arrive.

Quand la moto change de comportement. Quand elle devient physique. Quand elle devient… lourde. Et c’est là qu’il lâche sa phrase sur la Goldwing. Pas pour provoquer. Pour décrire.

Toprak n’est pas dans le déni. Il observe, il absorbe. « J’ai beaucoup appris, j’ai fait de nombreux tours derrière Fabio et j’ai compris certaines choses ».

Mais même avec ça, le constat reste dur à avaler : « j’ai terminé devant, mais nous étions tous à l’arrière du peloton… et ce n’est pas agréable »

Être seulement le meilleur Yamaha aujourd’hui, ce n’est plus une référence. C’est presque une alerte. Mais le vrai malaise : personne ne sait quand ça ira mieux. Car quand on lui parle de la suite, le Turc ne vend pas du rêve.

« Yamaha met les bouchées doubles, mais on ne sait pas quand les améliorations arriveront. Ce pourrait être en milieu de saison, en fin d’année, voire l’année prochaine ».

Ce flou-là, en MotoGP, c’est dangereux. Parce que pendant que Yamaha cherche… les autres avancent.

Au fond, la phrase de Toprak ne parle pas seulement de poids ou de sensations. Elle révèle un décalage entre ce que la Yamaha devrait être et ce qu’elle devient en course. Et le plus piquant, c’est le symbole choisi.

Comparer une Yamaha MotoGP à une Honda Goldwing, ce n’est pas juste une image. C’est presque un aveu involontaire : aujourd’hui, Yamaha ne joue plus dans la même catégorie.

En utilisant le nom d’un modèle emblématique de la concurrence comme la Honda Goldwing pour décrire sa propre machine, Toprak Razgatlioglu a brisé un tabou. C’est le signe d’un pilote qui, malgré son statut de rookie, ne compte pas faire de langue de bois pour protéger une institution en crise.

Si une légende du SBK comme lui, réputé pour son physique de colosse et ses freinages de trappeur, trouve la moto « lourde », c’est que le mal est profond. Yamaha ne se bat plus seulement contre le chrono, mais contre une machine qui semble physiquement rejeter ses propres pilotes après dix minutes de course.

 

 

 

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