Une Multistrada au prix d’une belle automobile sportive ? Ducati vient de franchir le pas avec la Multistrada V4 RS 100. Produite en série très limitée dans le cadre des célébrations du centenaire de Borgo Panigale, elle associe les 180 ch du Desmosedici Stradale à une décoration inspirée de la 500 SL Pantah de 1979. Mais à 78 000 €, cette voyageuse bardée d’électronique et de carbone bascule clairement du côté de l’objet de collection.
78 000 € : la Multistrada change de monde
Il existe des motos rationnelles. Et puis il existe une Ducati Multistrada équipée d’un moteur dérivé de celui d’une sportive, d’un sous-cadre en titane, de carbone, de suspensions Öhlins électroniques et de radars…
Ducati trouvait manifestement qu’il restait encore un peu de place pour aller plus loin. Voici donc la Multistrada V4 RS 100, proposée à 78 000 €. Elle appartient à la Collezione100, programme avec lequel Ducati célèbre ses cent ans en faisant dialoguer certaines de ses machines actuelles avec les modèles ayant marqué son histoire. Pour la Multistrada, le constructeur a choisi une ancêtre inattendue : la 500 SL Pantah de 1979.

Pourquoi aller chercher la Ducati Pantah ?
Ducati ne cherche pas à transformer sa grande voyageuse en réplique néo-rétro. L’hommage est essentiellement esthétique et historique.
Car la Pantah représente un véritable tournant dans l’histoire technique de Borgo Panigale. Elle introduisait notamment une nouvelle génération de moteur et une architecture qui allait profondément influencer les Ducati suivantes, tout en inaugurant le fameux cadre treillis sur un modèle de série de la marque.
La V4 RS 100 reprend donc certains codes graphiques de cette période plutôt que ses solutions mécaniques. Le logo « Desmo » de la partie arrière utilise notamment une typographie rappelant celle de la Pantah originale. Des éléments couleur bronze accompagnent l’ensemble, jusqu’aux étriers avant, tandis qu’une plaque rivetée sur la colonne de direction porte le nom du modèle et son numéro de série. La roue arrière dorée complète le tableau.

Sous l’hommage de 1979, un moteur qui n’a rien de nostalgique
Car mécaniquement, nous sommes à des années-lumière de la Pantah. La V4 RS 100 conserve le Desmosedici Stradale de 1 103 cc de la Multistrada V4 RS. Et c’est ce qui rend cette déclinaison si particulière dans la famille Multistrada.
Le quatre-cylindres développe 180 ch à 13 500 tr/min. Ducati cherche néanmoins à conserver suffisamment de souplesse à bas régime pour qu’on puisse encore utiliser cette machine comme une véritable routière.
Une routière qui, lorsqu’on monte dans les tours, se souvient très rapidement que son moteur appartient à la famille technique des sportives de Borgo Panigale. La frontière entre voyage et Superbike devient donc assez floue.

Titane, carbone, Öhlins et Marchesini
Le reste de la moto est au diapason. Cadre monocoque en aluminium, sous-cadre arrière en titane et nombreux éléments en fibre de carbone participent à cette recherche de performance autant qu’à l’exclusivité de l’objet.
Ducati lui associe les suspensions semi-actives Öhlins Smart EC 2.0, avec 170 mm de débattement, et des jantes Marchesini forgées de 17 pouces chaussées de Pirelli Diablo Rosso IV Corsa. Le freinage fait appel à Brembo avec des étriers Stylema et deux disques avant de 330 mm. Autrement dit, malgré son apparence de grande voyageuse, cette Multistrada possède une fiche technique qui lorgne sans complexe vers l’univers des hypersportives.

Et cette Ducati sait toujours partir en voyage
C’est peut-être le contraste le plus affiché de cette moto à 78 000 €. Ducati n’a pas supprimé ce qui fait d’une Multistrada une machine capable d’avaler les kilomètres. La V4 RS 100 conserve quatre modes de conduite — Race, Sport, Touring et Urban — ainsi que différents niveaux de puissance, le contrôle de traction, l’anti-wheeling, la gestion du frein moteur et le Ducati Quick Shift.
Son écran TFT couleur mesure 6,5 pouces et Ducati Connect permet d’intégrer téléphone, musique et navigation. Plus étonnant encore sur une machine dont le moteur prend 13 500 tr/min : elle possède des radars avant et arrière, permettant notamment le régulateur de vitesse adaptatif et la surveillance des angles morts. On peut donc disposer de 180 ch, de carbone et d’un moteur Desmosedici… tout en laissant la moto gérer la distance avec la voiture qui précède sur autoroute.

À ce prix, roule-t-on encore vraiment avec ?
C’est finalement la question que soulève cette V4 RS 100. Ducati n’a pas cherché à réinventer la Multistrada V4 RS. La marque a pris une machine déjà extraordinairement sophistiquée, lui a ajouté une filiation historique, une présentation spécifique et la rareté d’une série limitée.
Et lui a surtout attribué un prix de 78 000 €. À ce niveau, les 180 ch ne sont presque plus la caractéristique la plus spectaculaire. Le véritable exploit de Ducati est peut-être d’avoir transformé une moto conçue pour voyager très loin en un objet suffisamment exclusif pour que certains propriétaires hésitent probablement à lui mettre des kilomètres. Une drôle de destinée pour une Multistrada.









