Une dépression isolée à haute altitude, baptisée « Adam », a déversé des quantités de pluie exceptionnelles sur le littoral sud de Valence et le nord d’Alicante entre le 18 et le 19 octobre 2026, provocant de nouveau des inondations spectaculaires.
Le bilan humain, encore provisoire, s’élève à au moins quatre morts, tandis que des centaines de milliers d’habitants ont été confinés et que les secours s’activaient pour libérer des personnes piégées par les eaux.
Les images diffusées par les secours montrent des rues transformées en torrents, des voitures emportées et des habitants réfugiés sur les toits, feux allumés, attendant une hypothétique évacuation par les airs.
Des cumuls de pluie dignes d’un épisode centennal
La violence de l’épisode se mesure aux relevés pluviométriques. En moins de 48 heures, certaines stations ont enregistré des cumuls dépassant 700 litres par mètre carré. À Forna (Alicante), le total a atteint 720 mm, un record absolu pour la zone, tandis que Pego a relevé 638,5 mm en seulement 24 heures. L’agence météorologique espagnole (AEMET) a qualifié ces précipitations d’« extrêmement adverses », précisant qu’il fallait remonter à 1987 pour trouver un épisode d’intensité comparable dans certaines zones touchées.
Ce déluge a provoqué le débordement de plusieurs cours d’eau, notamment le Girona et le Vernissa, submergeant des quartiers entiers et isolant des municipalités. Les dégâts agricoles sont également considérables : l’association AVA-Asaja estime que plus de 8 000 hectares de cultures ont été touchés dans les comarques de La Safor et La Marina.
#RescatesGC | 🚁💚 Desde el aire, una mano tendida. Desde tierra, una esperanza.
Nuestros helicópteros del Servicio Aéreo siguen llegando a los lugares más difíciles para rescatar a los afectados por la #DANAAdam.
❤️ 496 personas rescatadas. 496 motivos para seguir dando lo… pic.twitter.com/sc93HTUH2J
— Guardia Civil (@guardiacivil) October 19, 2026
Un confinement massif et une mobilisation des secours
Face à la montée des eaux, la Generalitat Valenciana a pris une mesure drastique : le confinement obligatoire de 145 communes du littoral sud de Valence et du nord d’Alicante, affectant environ 850 000 habitants. Un message d’alerte Es-Alert a été envoyé sur les téléphones, intimant à la population de rester chez elle, de ne pas descendre dans les garages ou les sous-sols et de monter aux étages supérieurs.
Les opérations de sauvetage ont mobilisé des moyens aériens et terrestres considérables : une quinzaine d’hélicoptères, dont ceux de l’Unité militaire d’urgence (UME) et de la Guardia Civil, ont effectué des centaines de rotations pour hélitreuiller des habitants, y compris des bébés et de jeunes enfants, depuis les toits et les balcons. La Guardia Civil a rapporté 95 sauvetages et la supervision de 2 100 évacuations d’urgence. Plus de 100 000 élèves sont restés chez eux en raison de la fermeture des établissements scolaires.
La « DANA Adam » : un phénomène méditerranéen explosif
L’épisode est attribué à une DANA (Depresión Aislada en Niveles Altos), c’est-à-dire une goutte froide isolée en altitude. Cette poche d’air froid, positionnée au-dessus de la péninsule ibérique, est entrée en contact avec l’air chaud et humide de la Méditerranée, dont la température était exceptionnellement élevée après un été record. Ce contraste thermique a généré des orages stationnaires qui se sont régénérés sur les mêmes zones, déversant des trombes d’eau en quelques heures seulement.
Les scientifiques soulignent que le changement climatique intensifie ce type d’événement : la mer Méditerranée absorbe davantage de chaleur estivale, ce qui accroît l’évaporation et la charge en humidité des systèmes orageux. Septembre 2026 a d’ailleurs été le mois de septembre le plus chaud jamais enregistré en Espagne péninsulaire.
Le spectre de 2024…
Même si le bilan est moins dramatique, il est impossible de ne pas établir le parallèle avec la catastrophe du 29 octobre 2024, qui avait fait 241 morts, dont 233 dans la seule région valencienne. La mémoire de cette tragédie a rendu la réaction des autorités et des populations particulièrement nerveuse. Si les cumuls de 2026 sont proches de ceux de 2024 dans certaines zones, ils restent légèrement inférieurs au record absolu de 770 mm enregistré à Turís lors de l’épisode précédent. La différence tient aussi à la temporalité : en 2024, une part importante des précipitations était tombée en seulement quelques heures, prenant de court les habitants et les services d’urgence.
Les critiques politiques n’ont pas tardé à ressurgir. Alors que le président du gouvernement, Pedro Sánchez, appelait à la prudence et à la solidarité, certains ministres ont été accusés de « politiser » la catastrophe, tandis que l’opposition de droite pointait la responsabilité de l’exécutif dans la gestion de l’épisode. Pour les victimes de 2024, ces débats résonnent douloureusement : beaucoup estiment que les leçons de la tragédie précédente n’ont pas été tirées.
Alors que les pluies refluent vers la Catalogne et que l’alerte rouge a été levée sur le littoral valencien, les sols gorgés d’eau continuent de faire peser un risque de crues. L’heure est encore aux bilans et aux recherches de disparus, mais déjà une question s’impose : Valence pourra-t-elle un jour cesser de revivre, à chaque automne, le même cauchemar ?
Le circuit Ricardo Tormo, symbole des cicatrices laissées par la DANA de 2024
À Cheste, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Valence, le circuit Ricardo Tormo incarne à lui seul la mémoire de la catastrophe d’octobre 2024 et les leçons, encore fragiles, qui en ont été tirées. Lors de la DANA du 29 octobre 2024, la piste de compétition avait résisté, mais les infrastructures d’accès et les parkings avaient été dévastés par le débordement des barrancs de Sechera et du Poyo, avec des cumuls de plus de 200 litres par mètre carré en moins de douze heures. Les dégâts avaient été qualifiés d’« extrême gravité », et le Grand Prix de la Communauté valencienne, qui devait clore la saison MotoGP, avait été annulé et remplacé par le GP de la Solidarité à Barcelone.
La reconstruction a été à la hauteur du traumatisme. La Generalitat valencienne a engagé 26 millions d’euros pour remettre le circuit et son environnement en état de marche : 12 millions pour réhabiliter le parking et les accès, 8 millions pour la CV-50, 5 millions pour les infrastructures hydrauliques et la station d’épuration, et près de 2 millions pour la réouverture provisoire de l’accès principal. Le circuit a rouvert ses portes le 5 décembre 2024 avec un itinéraire alternatif, avant de retrouver pleinement son fonctionnement et d’accueillir à nouveau la MotoGP en novembre 2025.
Mais au-delà de la remise en état, la catastrophe a laissé une empreinte durable dans l’urbanisme local. En février 2026, la commune de Cheste a approuvé à l’unanimité un nouveau Plan général structurel qui interdit strictement toute nouvelle construction dans les zones proches du circuit, sur la base de relevés cartographiques actualisés après la DANA. « L’expérience de la DANA de 2024 a marqué un avant et un après », résument les autorités locales, qui cherchent désormais à éviter que se reproduisent les scénarios d’isolement et de destruction vécus autour du complexe sportif.
Le circuit Ricardo Tormo, autrefois simple enceinte sportive, est ainsi devenu un point de repère dans la mémoire collective valencienne : celui d’un lieu qui a survécu, mais qui rappelle à chaque saison la puissance et la proximité de la menace.

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