Massimo Rivola avait promis que TrackHouse resterait libre de se battre avec les Aprilia officielles. Mais à cinq courses de la fin et avec Jorge Martin seulement deux points devant Marc Marquez, Marco Melandri croit déceler un changement de stratégie. À Motegi, Raul Fernandez et Ai Ogura sont soudainement restés derrière Martin et Marco Bezzecchi. Pour l’ancien pilote Aprilia, ce n’est peut-être pas un hasard : « Ils commencent à jouer un jeu d’équipe. » Une interprétation séduisante, mais que les seuls résultats du Japon ne suffisent pas encore à démontrer.
Le sujet n’est pas nouveau chez Aprilia. Lorsque Raul Fernandez et Jorge Martin s’étaient accrochés à Barcelone, les relations entre l’équipe officielle et TrackHouse s’étaient tendues.
Martin souhaitait alors qu’Aprilia organise davantage ses forces et évite que les pilotes satellites interfèrent avec la bataille pour le championnat. TrackHouse redoutait justement que Massimo Rivola intervienne.
Le patron d’Aprilia avait choisi une position différente : Fernandez et Ogura resteraient libres de courir. Une décision parfaitement défendable lorsque les deux pilotes TrackHouse pouvaient encore nourrir leurs propres ambitions. Mais la situation a considérablement évolué.
Martin joue le titre, TrackHouse beaucoup moins
Après Motegi, Jorge Martin mène le championnat avec 333 points, seulement deux devant Marc Marquez. Bezzecchi reste troisième avec 284 unités. En revanche, Ogura est désormais cinquième, à 96 points de Martin, tandis que Fernandez occupe la septième place à 117 longueurs.
Le rapport bénéfice-risque n’est donc plus le même qu’en début de saison. Et Melandri a remarqué quelque chose au Japon. Martin a terminé deuxième, Bezzecchi troisième. Derrière eux, les TrackHouse de Fernandez et Ogura ont pris les cinquième et sixième places.
Pour l’Italien, leur rythme inhabituellement inférieur à celui des motos officielles mérite attention.
« Ce qui ne s’est jamais produit cette année »
Melandri formule alors son hypothèse sur Chiacchere da Box : « Aprilia, à mon avis, commence à jouer un jeu d’équipe. » Et il justifie son intuition : « Les deux motos TrackHouse, selon moi, sont légèrement en retrait, étant donné qu’elles roulaient beaucoup plus lentement que les deux autres – ce qui ne s’est jamais produit cette année. »
Le sous-entendu est évident. Aprilia aurait-elle commencé à hiérarchiser ses intérêts sans annoncer officiellement de consignes ? C’est possible. Mais Motegi ne permet pas de l’affirmer.
Des écarts de performances peuvent provenir des réglages, du pilotage, des pneus ou simplement de l’adaptation de chaque pilote au circuit. Rien, dans les éléments disponibles, ne démontre que TrackHouse ait reçu l’ordre de ralentir ou qu’Aprilia ait techniquement différencié ses motos. Melandri observe une corrélation et lui donne une interprétation stratégique.

Le calcul d’Aprilia a pourtant changé
Son raisonnement n’en devient pas moins intéressant. Car cinq Grands Prix avant la fin, Aprilia possède désormais quelque chose qu’elle ne pouvait pas anticiper quelques mois auparavant : une véritable possibilité de battre Marc Marquez pour le titre pilotes.
Et chaque point peut compter. Melandri estime d’ailleurs que Martin constitue désormais la meilleure carte, malgré son départ pour Yamaha en 2027. Il rappelle également les réserves exprimées par Rivola concernant l’expérience de Bezzecchi dans une bataille pour le championnat. Aprilia pourrait devoir concentrer ses efforts sur un pilote qui quittera l’équipe dans quelques semaines.
TrackHouse devient-il l’allié qu’Aprilia refusait d’imposer ?
Les prochaines courses seront révélatrices. Il ne faudra pas seulement regarder où terminent Fernandez et Ogura. Il faudra observer comment Aprilia réagit si l’un d’eux se retrouve directement entre Martin et Marquez, ou devant Martin dans une phase décisive d’une course.
C’est là que l’hypothèse Melandri pourra réellement être testée. À Barcelone, Martin réclamait une protection que Rivola ne voulait pas lui garantir. Quelques mois plus tard, le classement pourrait avoir fait ce que Martin n’avait pas réussi à obtenir politiquement : transformer quatre Aprilia indépendantes en une force collective.
Pour l’instant, Melandri n’en possède pas la preuve. Mais avec seulement deux points entre Martin et Marquez, Aprilia possède désormais 333 bonnes raisons d’y réfléchir.









