Pendant des années, la question ne se posait même plus. La meilleure moto du plateau ? Ducati. Point. Une domination construite, peaufinée, presque intouchable — portée par une avance technologique, notamment en aérodynamique, que personne ne semblait capable de combler. Et puis, presque sans prévenir, quelque chose a changé. Pas progressivement. Pas timidement. Brutalement. Avec Aprilia.
Ce qu’on voit depuis le début de saison n’a plus rien d’un simple coup d’éclat. Deux doublés consécutifs, des victoires qui s’enchaînent le dimanche, et surtout un Marco Bezzecchi qui exploite la RS-GP avec une aisance presque dérangeante.
Mais au fond, le plus impressionnant n’est pas là. Le vrai signal, c’est le contexte. Parce que même Jorge Martin, après une longue absence et sans réelle continuité technique avec la moto de Noale, s’est montré immédiatement dans le rythme. Ce genre d’adaptation express ne trompe jamais : ça parle de la moto, pas du pilote.
Austin devait être un juge de paix. Un circuit exigeant, des conditions piégeuses, des évolutions sur le pneu arrière… bref, tout sauf un terrain favorable à une domination claire. Et pourtant.
Aprilia s’est installée devant, sans trembler, comme si rien ne changeait. C’est là que le doute s’installe ailleurs : la RS-GP n’est plus une moto performante “dans certaines conditions”. Elle est rapide partout.

Massimo Rivola Aprilia : « Je ne veux pas paraître arrogant, mais je ne suis pas vraiment surpris »
Pendant longtemps, Massimo Rivola a joué la carte de la prudence. Aujourd’hui, le discours a changé. Et il est frontal.
« Il me semble clair que, pour l’instant, la meilleure moto est l’Aprilia. Et c’est une excellente nouvelle ! »
Pas de nuance. Pas de détour. Une déclaration qui, il y a encore quelques mois, aurait semblé impensable. Et il enchaîne, sans chercher à arrondir les angles :
« Je ne veux pas paraître arrogant, mais je ne suis pas vraiment surpris, car les chiffres qui attestaient de la compétitivité de la moto étaient là ».
Autrement dit : ce n’est pas une surprise interne. C’est simplement une réalité qui devient visible pour tout le monde.
Ce qui distingue aujourd’hui Aprilia, ce n’est pas une qualité exceptionnelle. C’est l’absence de faiblesse. « Elle est rapide quasiment partout ». Et en MotoGP, c’est précisément ça qui fait basculer une saison.
Parce qu’une moto capable de briller sur un circuit, tout le monde peut y arriver. Mais une machine qui ne souffre sur aucun tracé… ça, c’est une autre histoire.
Le changement le plus révélateur est peut-être là. Ducati ne mène plus. Elle analyse. Pendant ce temps, Pedro Acosta tente de s’accrocher avec KTM, mais la dynamique est claire : le centre de gravité du plateau a bougé.
Malgré tout, pas de relâchement côté Aprilia. Rivola insiste : « les bons résultats ne font que renforcer la motivation à continuer de développer la moto ». Pas de triomphalisme. Mais une lucidité froide.
Aprilia n’est plus un outsider en MotoGP. Il n’est même plus une surprise. Le constructeur est devenu la référence. « J’ose affirmer que l’Aprilia est la référence » dit Rivola. Pendant trois ans, le paddock a scruté les innovations de Gigi Dall’Igna chez Ducati. Aujourd’hui, les ingénieurs se pressent devant le box Aprilia. La RS-GP 2026 a réussi l’impossible : combiner l’agilité légendaire des cadres de Noale avec une efficacité aérodynamique qui surpasse désormais celle de la Desmosedici.
Comme le souligne Rivola, l’Aprilia n’est plus « dangereuse », elle est « aboutie ». Dans un sport de centièmes, avoir une moto capable de s’adapter à toutes les gommes et tous les bitumes sans réglages extrêmes est l’arme fatale pour le titre mondial.








