Pendant que les ténors de chez Yamaha comparent leurs prototypes à des limousines et que le clan Ducati panse ses plaies, une lueur d’espoir printanière a percé le ciel d’Austin. Diogo Moreira, le prodige brésilien, a signé une performance discrète mais ô combien significative pour son troisième Grand Prix en catégorie reine. Voici le bilan d’un rookie qui, contrairement à ses aînés, refuse de se laisser abattre par la crise technique de Honda.
Il aurait pu se cacher derrière les circonstances. Un abandon le samedi, un week-end tronqué, une MotoGP encore à apprivoiser. Mais Diogo Moreira ne cherche pas d’excuses. Il avance, pas à pas, dans une catégorie qui ne pardonne rien. Et à Austin, malgré un scénario loin d’être idéal, il a montré quelque chose de plus intéressant qu’un simple résultat : une lecture lucide de sa situation… et de celle de Honda.
Sur le papier, une 13e place ne fait pas trembler le paddock. Dans le contexte, elle raconte autre chose.
Après avoir abandonné sa course sprint sur problème technique, Moreira arrivait le dimanche avec du retard. Moins de roulage, moins de repères, moins de confiance. Et pourtant, il boucle la course, proprement, en allant chercher un résultat solide… devant un pilote comme Franco Morbidelli.
Ce n’est pas anodin. Et lui-même ne s’y trompe pas :
« Nous avons raté la course sprint de samedi, donc c’était bien de terminer la course de dimanche et de rouler un peu. C’était difficile de maintenir le rythme car, pour finir, c’est un circuit technique. Je suis très content car nous sommes tout près ; il nous faut encore peaufiner quelques détails, mais surtout, il faut continuer et essayer de maintenir ce bon rythme. »
Le ton est mesuré. Mais derrière, il y a une idée claire : ils ne sont pas loin mais ils ne sont pas encore dedans. Lors de ce week-end texan, Moreira ne s’est pas battu uniquement contre les autres. Il s’est battu contre le temps.
« Nous avons manqué la course de samedi, il était donc difficile de maintenir le meilleur rythme dimanche. Pour finir, la moto était différente, les sensations étaient différentes. Comme nous utilisions des pneus médiums, j’ai eu des sensations nouvelles. »
C’est typiquement ce que vivent les rookies en MotoGP. Tout change vite. Trop vite. Réglages, pneus, comportement… Et pourtant, il s’en sort.

Diogo Moreira : “Ce n’est que ma troisième course”… mais le défi est déjà clair
Moreira ne parle pas uniquement de lui. Il regarde autour. Et ce qu’il voit, c’est une Honda qui tente de revenir dans le jeu, sans encore y parvenir complètement.
« Je dirais que nous avons fait un bon sprint au Brésil, il faut donc qu’on apprenne à mieux connaître la moto. On a vu que Marini était là, et Mir aussi aux avant-postes, donc il faut continuer à progresser. »
Le message est double : Honda progresse, mais cette progression reste fragile. Quelques éclairs, oui. Une base solide, pas encore.
Et puis il y a cette phrase, presque anodine, mais révélatrice : « après tout, ce n’est que ma troisième course de la saison, il fallait donc en profiter au maximum. »
Trois courses, ça passe vite. Et très vite, on attend plus. Des résultats, de la constance, des confirmations. Moreira, lui, a choisi une autre approche. Pas de précipitation. Pas de discours creux. Juste du travail.
Austin ne restera pas comme un week-end marquant pour le classement. Mais pour Moreira, c’est un point d’ancrage. Il apprend vite, il comprend ce qui lui manque, et surtout, il ne se ment pas. Reste une inconnue plus large : Honda suivra-t-elle le rythme de progression de ses pilotes ?
Parce que pour l’instant, le Brésilien avance. Mais la moto, elle, doit encore prouver qu’elle peut l’emmener plus loin.
Diogo Moreira apporte une fraîcheur dont Honda a désespérément besoin. En terminant 13e sans avoir roulé le samedi, il prouve que la RC213V n’est peut-être pas la « veuve noire » décrite par certains, à condition d’avoir l’humilité et la patience d’un débutant qui n’a rien à perdre.









