Quatre Aprilia aux quatre premières places à Mandalika, Jorge Martin leader du championnat avec deux points d’avance sur Marc Marquez : Ducati vient de recevoir un avertissement sérieux. Davide Tardozzi reconnaît la supériorité du constructeur de Noale et s’attend à voir apparaître des consignes d’équipe. Mais le patron du garage rouge doit aussi répondre à une autre polémique : la Desmosedici aurait-elle été développée pour Marquez au détriment de Francesco Bagnaia ?
À Mandalika, Ducati a découvert une situation inhabituelle : ses adversaires ne se contentent plus de lui disputer la victoire, ils occupent collectivement les premières places. Marco Bezzecchi, Raul Fernandez, Jorge Martin et Ai Ogura ont verrouillé les quatre premières positions du Grand Prix d’Indonésie.
Marc Marquez, sixième, a limité les dégâts au championnat. Mais Davide Tardozzi ne cherche pas à minimiser le message envoyé par Aprilia. « Le vrai problème demeure : Aprilia a prouvé sa supériorité. » Une reconnaissance qui tranche avec l’assurance longtemps affichée par Borgo Panigale.
Phillip Island : une nouvelle menace pour Ducati ?
Tardozzi préfère regarder le classement plutôt que le seul résultat de Mandalika. Avec 185 points encore disponibles et seulement deux longueurs de retard sur Martin, Marquez reste pleinement dans la course au titre.
Mais le prochain rendez-vous australien pourrait compliquer les choses. « Phillip Island, où certains virages pourraient favoriser Aprilia à angle ouvert », observe le responsable italien.
Les longues courbes rapides du tracé australien pourraient effectivement mettre en valeur les qualités de vitesse de passage en virage affichées par les RS-GP. Il ne s’agit toutefois pas d’une victoire annoncée : conditions météorologiques, pneumatiques et réglages peuvent modifier la hiérarchie.
Pour Ducati, l’objectif immédiat pourrait donc être moins de dominer que de continuer à défendre efficacement ses positions.

Des consignes Aprilia ? « Je le ferais aussi » assure Tardozzi
La véritable question concerne désormais l’utilisation des quatre motos Aprilia. Avec Martin engagé dans un duel aussi serré contre Marquez, le constructeur italien pourrait-il demander à ses autres pilotes de privilégier les intérêts du candidat au titre ?
Tardozzi ne se fait guère d’illusions. « Ils ont parfaitement le droit de donner des ordres à leurs pilotes, et je suis certain qu’ils le feront tôt ou tard. Je le ferais aussi. » La déclaration ne confirme aucune consigne déjà donnée par Aprilia. Elle révèle simplement que Ducati considère une telle stratégie comme légitime et prévisible.
Reste une difficulté : les pilotes officiels et ceux de TrackHouse ne défendent pas nécessairement les mêmes ambitions. Et Bezzecchi possède lui-même des intérêts sportifs à préserver.
La domination collective d’Aprilia constitue donc une arme potentielle. Encore faut-il parvenir à l’organiser.
Tardozzi : « Nous ne fabriquons pas la moto pour Marc Marquez »
Tardozzi a également répondu aux critiques concernant le développement de la Desmosedici. Alors que Bagnaia dénonce une perte d’adhérence et de contrôle à l’accélération, certains soupçonnent Ducati d’avoir privilégié les préférences de Marquez.
Le directeur de l’équipe rejette fermement sur Moto.it cette interprétation. « Il est absolument faux de dire que Marquez a conçu la moto pour lui seul ; ce ne sont que des rumeurs. » Il rappelle que Bagnaia dispose notamment d’un carénage différent et qu’il a utilisé des solutions aérodynamiques distinctes au niveau du bras oscillant.
Fabio Di Giannantonio et Alex Marquez bénéficieraient également d’une liberté de choix technique. Ces exemples démontrent l’existence d’options différentes. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à expliquer pourquoi Bagnaia éprouve autant de difficultés. C’est précisément le problème que Ducati devra résoudre.

La bataille des constructeurs devient stratégique
Aprilia possède actuellement une force collective impressionnante. Ducati conserve un Marc Marquez capable de gagner le samedi et de sauver des points le dimanche. Mais si la supériorité technique de Noale se confirme à Phillip Island, les questions d’organisation interne pourraient devenir aussi importantes que les performances individuelles.
Tardozzi vient finalement de reconnaître deux réalités : Aprilia est aujourd’hui une menace majeure, et les consignes d’équipe seraient une réponse parfaitement logique à la lutte pour le titre. Reste à savoir si Ducati saura contrer quatre Aprilia avec un Marquez presque seul aux avant-postes.









