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Toprak Razgatlioglu

Il y a des 15e places qui passent inaperçues… et d’autres qui changent une dynamique. Celle de Toprak Razgatlioglu à Austin appartient clairement à la seconde catégorie. Parce que derrière ce premier point marqué en MotoGP, c’est toute la hiérarchie interne chez Yamaha qui commence à trembler.  Y compris pour Fabio Quartararo ? Le plus frappant, c’est que le Français lui-même ne cherche même pas à minimiser.

Rarement on aura vu Quartararo aussi direct dans ses louanges envers un coéquipier. Après la course à Austin, il reconnaît sans détour ce que beaucoup ont déjà remarqué à propos de Toprak Razgatlioglu :

« Il était rapide samedi, et dimanche matin, il était vraiment très rapide. Je suis impressionné, et je pense que c’est excellent pour lui. Sa façon de piloter et son approche sont très bonnes. »

Mais derrière le compliment, il y a un constat plus inquiétant. Car sur la durée de course, le champion du monde 2021 a été incapable de suivre le rythme du Turc. Après la course, Quartararo a fait l’éloge de Razgatlioglu avec enthousiasme, admettant ne pas pouvoir égaler la régularité du pilote turc. Environ 1,5 seconde les séparait à l’arrivée. :

« Mon pneu s’est énormément dégradé dans les cinq derniers tours. Toprak était un peu plus régulier. Il a piloté avec beaucoup de fluidité… J’ai été vraiment impressionné par sa performance. »

Autrement dit : sur un terrain aussi critique que la gestion des pneus, Razgatlioglu a déjà pris l’avantage.

Toprak Razgatlioglu

Toprak Razgatlioglu : « j’ai suivi Fabio pendant de nombreux tours et j’ai beaucoup mieux compris grâce à cela« 

Ce qui impressionne le plus, ce n’est pas seulement le résultat brut. C’est la manière. Razgatlioglu, triple champion du monde Superbike, débarque avec un ADN complètement différent. Il a apparemment utilisé le style de pilotage « souple » qui était à l’origine de son succès en Championnat du Monde Superbike pour ménager les pneus Michelin récalcitrants. Un pilotage fluide, propre, presque “élastique”, héritée de son expérience avec les pneus Pirelli en WSBK.

Là où d’autres surchargent le pneu arrière et le détruisent en fin de course, lui économise, temporise… et frappe à la fin. Une approche presque à contre-courant du MotoGP moderne.

Ce qui rend la performance encore plus inquiétante pour Yamaha, c’est la vitesse d’adaptation du Turc. Lui-même ne cache pas qu’il apprend en observant :

« J’ai beaucoup appris. J’ai suivi Fabio pendant de nombreux tours et j’ai beaucoup mieux compris grâce à cela. »

Mais l’apprentissage est déjà en train de se transformer en rivalité. Car quelques tours plus tard, l’élève dépasse le maître. Et pourtant, Razgatlioglu ne s’emballe pas. Loin de là. Son analyse sur Speedweek est presque froide :

« Je ne suis pas entièrement satisfait… nous avions plus de 25 secondes de retard. Ce n’est pas bon. Nous devons continuer à progresser. »

Cette lucidité en dit long. Car même en dominant en interne, le constat reste brutal : Yamaha est à la dérive. Derniers du plateau. Loin. Très loin.

Ce duel entre Quartararo et Razgatlioglu n’est en réalité que la surface d’un problème beaucoup plus profond.

La M1 est aujourd’hui la moto la moins performante du plateau. Et dans ce contexte, la seule bataille possible est interne. Une bataille pour le statut. Pour la crédibilité. Et peut-être, déjà, pour l’avenir.

Car si Razgatlioglu continue sur cette trajectoire, Quartararo pourrait bien perdre ce qu’il semblait impossible de lui enlever : son statut incontestable de leader Yamaha.

Ce n’est qu’une 15e place. Mais c’est peut-être le début d’une nouvelle voie chez Yamaha. Quartararo reste le pilote référence. Le leader naturel. Celui autour duquel tout s’est construit ces dernières années. Mais pour la première fois, un coéquipier ne se contente pas de suivre. Il apprend. Il comprend. Et déjà… il dépasse.

Le message de Toprak est clair : il n’est pas venu en MotoGP pour faire de la figuration ou des « stoppies » pour le public. En battant Quartararo dès sa troisième course, il prend date chez Yamaha pour l’après-2026.

Malgré les difficultés de la moto, Toprak apprend à une vitesse phénoménale. S’il parvient à combiner sa gestion des pneus avec la technique de freinage de Fabio qu’il a « étudiée » lors du week-end texan, il pourrait devenir un sérieux prétendant au top 10 dès la tournée européenne.

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