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Il y a des phrases qui ne trompent pas, surtout lorsqu’elles viennent d’un pilote de haut niveau. Lorsque Alex Marquez admet qu’il « essaie juste de survivre » sur sa Ducati GP26, il ne décrit pas un simple manque de forme ou une adaptation en cours. Il révèle une faille bien plus profonde, une incompatibilité entre la machine et son pilotage. Et surtout, sans le dire frontalement, il valide une thèse que Francesco Bagnaia défendait déjà en 2025 : le problème venait bien de la moto.

Car le constat est brutal. Ducati, en récompense de sa deuxième place au championnat 2025, a offert à Marquez une Desmosedici GP26 d’usine chez Gresini Racing. Sur le papier, une promotion. Dans les faits, un piège technique. Après trois manches, l’Espagnol pointe seulement à la huitième place du classement, loin des attentes, et surtout incapable d’exploiter pleinement son potentiel.

Lui-même l’admet sans détour sur Motorsport : « Il me manque encore peut-être 20 %. J’ai encore du chemin à parcourir. Je ne me sens toujours pas vraiment à l’aise avec la moto. » Avant de lâcher une phrase qui résume toute la situation : « J’essaie juste de survivre… »

Ce mot n’est pas anodin. En MotoGP, on ne “survit” pas. On attaque, on contrôle, on impose. Lorsqu’un pilote parle de survie, cela signifie qu’il n’est plus en maîtrise de son outil. Et c’est précisément ce qui semble se produire avec la GP26. Une machine que tous les pilotes Ducati ont du mal à apprivoiser, y compris ceux qui disposent d’une trajectoire plus progressive dans son développement, comme Fabio Di Giannantonio, aujourd’hui le mieux placé parmi les utilisateurs de cette moto.

Alex Marquez

Alex Marquez : « Les caractéristiques de la Ducat GP26 influencent beaucoup mon style de pilotage naturel »

Le problème n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une continuité technique entre la GP25 et la GP26. La GP25, déjà, avait profondément perturbé Bagnaia, notamment en raison de son dispositif de réglage de l’assiette et de son comportement au freinage. Le double champion du monde n’avait jamais réussi à retrouver la confiance nécessaire pour attaquer l’avant, un élément pourtant central dans son style de pilotage. Résultat : une saison 2025 largement en deçà de son niveau, conclue à une cinquième place au championnat et accompagnée de critiques souvent dirigées vers le pilote lui-même.

Avec le recul, cette lecture apparaît aujourd’hui de plus en plus contestable. Car ce que vit Alex Marquez en 2026 reproduit presque à l’identique les difficultés rencontrées par Bagnaia un an plus tôt. Une moto instable dans les phases clés, un manque de confiance au freinage, une incapacité à exploiter pleinement les pneus neufs, et surtout une sensation persistante de ne pas pouvoir piloter naturellement. « Ses caractéristiques influencent beaucoup mon style de pilotage naturel », explique le cadet des Marquez, pointant du doigt une contrainte structurelle plus qu’un simple problème d’adaptation.

Le contraste avec la GP24 est d’ailleurs révélateur. Cette dernière, plus stable au freinage et plus prévisible dans ses réactions, avait permis au même Marquez de s’exprimer pleinement en 2025, au point de décrocher ses premières victoires en MotoGP. En passant directement de cette base saine à une GP26 beaucoup plus exigeante, il subit aujourd’hui un choc technique que d’autres pilotes ont pu absorber progressivement via la GP25. Et même dans ces conditions, les résultats restent mitigés pour l’ensemble du groupe Ducati.

Ce qui se joue ici dépasse donc le cas individuel d’un pilote. Il s’agit d’un choix technique qui a potentiellement déplacé le centre de gravité de la Desmosedici, en la rendant plus performante sur certains aspects, mais moins accessible dans son exploitation globale. Et dans un MotoGP où la confiance au freinage et en entrée de virage est déterminante, ce type d’évolution peut rapidement devenir un handicap, même pour les meilleurs.

La situation actuelle crée ainsi un effet miroir particulièrement intéressant. En 2025, Bagnaia était critiqué pour ne pas avoir su s’adapter à la GP25. En 2026, Alex Marquez confirme que cette adaptation n’a rien d’évident, et que le problème dépasse largement la seule question du pilote. Autrement dit, ce que Bagnaia décrivait comme une limite de la moto apparaît aujourd’hui comme une réalité partagée.

Reste désormais à savoir combien de temps il faudra à Ducati pour corriger le tir, et à ses pilotes pour retrouver des sensations compatibles avec leur niveau. Car pour l’instant, ni Marquez ni Bagnaia n’exploitent pleinement leur potentiel, et dans un championnat où la moindre faiblesse se paie immédiatement, cette situation pourrait coûter cher.

Ducati semble s’être enfermée dans une voie de développement qui privilégie la vitesse de pointe et l’aéro au détriment du « feeling » pur des pilotes. Le fait que Bagnaia ait apparemment déjà signé chez Aprilia pour 2027 prouve qu’il ne croit plus à une correction de tir à court terme.

Pour Alex Marquez, la saison 2026 s’annonce comme un long chemin de croix. Sa priorité est de « ne pas faire de bêtises » et de récolter des points en attendant des évolutions majeures ou, plus probablement, son passage chez KTM déjà fortement pressenti.

Alex Marquez

 

 

 

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