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Ramon Forcada

Il y a des analyses qui éclairent… et d’autres qui dérangent. Celle de Ramon Forcada appartient clairement à la seconde catégorie. Après Austin, l’ancien chef mécanicien de Jorge Lorenzo n’a pas pris de gants : pour lui, quelque chose ne tourne pas rond chez Ducati, et surtout, chez Marc Marquez.

Et au centre de tout, une phrase qui claque comme un diagnostic : « le fait que Marc doive piloter une moto “facile” est un signe alarmant : quelque chose ne va pas. »

Le premier constat de Forcada est brutal : la hiérarchie technique s’est inversée. Aujourd’hui, la référence, ce n’est plus Ducati. C’est Aprilia. « Maintenant, la moto à copier, c’est l’Aprilia. »

Une phrase impensable il y a encore un an. Et pourtant, elle se vérifie jusque dans les détails les plus visibles : Ducati a introduit un nouvel aileron arrière… clairement inspiré de la RS-GP. Mais le problème va bien au-delà de l’aéro. Forcada pointe une faille structurelle :

« Avec toutes les motos que Ducati a, le problème est qu’elle n’a pas de vision claire… Il n’y a pas de point de référence précis. »

Trop de versions, trop de directions, pas assez de cohérence. Résultat : même les meilleurs pilotes se perdent. Et Forcada sanctionne une Ducati que personne ne comprend vraiment.

Ce qui frappe, c’est que le malaise est général. « Alex Marquez ne trouve pas son rythme, Fermin Aldeguer est encore une énigme, Franky Morbidelli est loin, Marc et Pecco aussi… et il semble que le seul vraiment à l’aise soit Di Giannantonio. » Une remarque lourde de sens.

Quand une moto censée dominer n’offre de confiance qu’à un seul pilote… ce n’est plus un problème d’adaptation. C’est un problème de concept.

Ramon Forcada : « Le vrai Marquez n’avait pas besoin d’une moto facile. Il la rendait facile par son talent »

Mais le cœur du sujet, c’est évidemment Marquez. Et là, Forcada ne tourne pas autour du pot : « il n’est pas à 100 %, et cela affecte également l’équipe. »

Puis il enfonce le clou : « nous ne l’avons pas vraiment vu à l’aise ou confiant cette année. » Et il ajoute un élément que beaucoup soupçonnent sans oser le dire : « pour moi, c’est un problème lié à sa blessure… et cela se voit aussi à son langage corporel. » Ce n’est pas une critique. C’est un constat.

La conséquence est directe, presque mécanique : « si le leader de l’équipe n’est pas à 100 %, l’équipe perd son cap. »

Dans une structure comme Ducati, où le pilote référence sert de boussole technique et mentale, l’impact est énorme. Marc Marquez n’est pas seulement un pilote. Il est un point d’équilibre. Et aujourd’hui, cet équilibre vacille.

Forcada va même jusqu’à relire l’accident d’Austin comme un symptôme : « il y a cinq ans, avant sa blessure, cela se serait passé autrement. Ce n’est pas mental, c’est instinctif… mais cela change avec les années. »

L’ingénieur espagnol conclut dans l’émission Dura la Vita de manière assez sombre pour les fans du #93 :

« Le vrai Marquez n’avait pas besoin d’une moto facile. Il la rendait facile par son talent. Aujourd’hui, il subit la moto, et c’est ce changement de dynamique qui est préoccupant pour la suite de sa carrière. »

C’est peut-être la clé de tout. Marc Marquez reste rapide. Talentueux. Combatif. Mais son instinct — cette capacité unique à sauver l’impossible — n’est plus tout à fait le même.

Et c’est là que la fameuse phrase prend tout son sens. Dans le MotoGP moderne, les motos gagnantes ne sont pas “faciles”. Elles sont exigeantes, physiques, extrêmes.

Si un pilote comme Marquez — qui a bâti sa légende sur la maîtrise du chaos — commence à chercher de la facilité… alors oui, comme le dit Forcada : « quelque chose ne va pas. »

Derrière cette analyse, il y a deux réalités qui se superposent : Ducati n’est plus la référence claire et Marc Marquez n’est plus totalement le pilote qu’il était.

Et entre les deux, un championnat qui a changé de centre de gravité. Aprilia avance, structurée, cohérente, implacable. Ducati doute. Marquez, lui, devient peut-être la plus grande inconnue de la saison.

Venant de quelqu’un comme Ramon Forcada, qui a vu passer les plus grands (Stoner, Lorenzo, Rossi), ces mots pèsent lourd. Il pointe du doigt ce que beaucoup n’osent pas dire : Marc Marquez est devenu « humain », et en MotoGP, être simplement humain face à des machines de guerre comme l’Aprilia 2026 ne suffit plus pour gagner des titres.

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