Le transfert n’est pas encore officiel, mais il ne fait plus vraiment de doute : Francesco Bagnaia va tourner la page Ducati pour rejoindre Aprilia en 2027. Et du côté de Noale, le discours de Rivola est déjà prêt. Pas triomphaliste, pas provocateur… mais chargé de sens.
Car Massimo Rivola n’a pas eu besoin de citer Bagnaia pour faire passer le message. En évoquant la capacité d’Aprilia à « revitaliser » les pilotes, il dessine en creux ce que sera le prochain chapitre de l’Italien. Un pilote en perte de repères, attendu comme un projet à reconstruire.
« Les changements peuvent être bénéfiques… nous sommes ravis d’accueillir des pilotes d’autres constructeurs et de les redynamiser. » La formule via la Gazzetta Dello Sport est maîtrisée, mais la cible est évidente.
Bagnaia n’arrive pas chez Aprilia en champion installé. Il arrive après deux saisons qui ont progressivement fissuré son statut. Double champion du monde en 2022 et 2023, passé tout près d’un triplé, il semblait intouchable chez Ducati. L’arrivée de Marc Marquez a rebattu les cartes, mais c’est surtout la GP25 qui a brisé la dynamique. Une moto qu’il n’a jamais vraiment comprise, ni maîtrisée.
Le constat, chez Ducati, a été brutal. La perte de performance n’a pas été interprétée comme un accident, mais comme un signal. Et la décision de miser sur Pedro Acosta à partir de 2027 a acté la rupture.
Aprilia récupère donc un pilote à relancer. Une situation qu’elle connaît bien. Le cas Marco Bezzecchi en est l’exemple parfait. Sorti d’une saison compliquée, il s’est transformé en prétendant au titre dès son arrivée, enchaînant les victoires et retrouvant une constance qu’il n’avait plus. Ce précédent nourrit directement le discours de Rivola.

Rivola : « Nous considérons Jorge Martin comme un pari gagné, l’empêchant de prendre des décisions hâtives »
Mais l’environnement que va retrouver Bagnaia est loin d’être neutre. Il arrive dans une équipe où la dynamique est forte, où les résultats sont là, et où les équilibres internes existent déjà. Le départ annoncé de Jorge Martín vers Yamaha libère une place stratégique, mais laisse aussi derrière lui une moto calibrée pour jouer le titre.
Rivola insiste d’ailleurs sur un point qui éclaire la philosophie d’Aprilia. Le cas Martin n’est pas présenté comme une simple réussite sportive, mais comme un accompagnement dans la durée :
« Nous avons toujours cru en lui… nous l’avons soutenu durant sa crise, l’empêchant de prendre des décisions hâtives. Nous considérons cela comme un pari gagné. Malgré les tempêtes et les doutes ».
Cette manière de travailler devient un argument. Aprilia ne promet pas une moto parfaite. Elle promet un cadre. Une stabilité, une confiance, une continuité que Bagnaia a progressivement perdue chez Ducati.
Le contrat évoqué — quatre ans, dont deux garantis — va dans ce sens. Il ne s’agit pas d’un pari court terme. C’est un engagement structurant, avec une part de risque assumée des deux côtés. Reste une inconnue majeure. Le timing.
Bagnaia rejoint Aprilia au moment où la marque semble au sommet… mais à la veille d’un changement réglementaire majeur avec les 850 cc en 2027. Une transition qui pourrait redistribuer totalement les cartes. L’avantage actuel d’Aprilia n’est pas garanti dans ce nouveau contexte, et le projet devra prouver sa solidité dans une phase d’incertitude technique.
Pour Bagnaia, le défi est double. Retrouver ses sensations… et reconstruire une légitimité dans un environnement qui ne lui appartient pas encore.
Pour Aprilia, l’objectif est tout aussi clair. Transformer un pilote en doute en leader. Aprilia n’est plus l’alternative, c’est la destination finale. En sauvant la carrière de Martin et en récupérant un Bagnaia revanchard, Massimo Rivola a réussi à transformer son écurie en une « Dream Team » de la rédemption. Pour Pecco, c’est l’heure de vérité : soit il redevient le patron sur l’Aprilia, soit il confirme que l’ère Ducati était son seul sommet. Une chose est sûre, le box Aprilia n’a jamais été aussi électrique.








