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Brad Binder

Il y a quelques jours, j’exprimais mes inquiétudes quant à l’avenir de Franco Morbidelli, que j’estime en grand danger. Mais dans l’introduction, je précisais qu’il n’y avait pas un, mais deux pilotes en difficulté actuellement en MotoGP. Le deuxième, justement, c’est notre sujet du jour : Brad Binder.

 

Une statistique terrible

 

Binder était dans le top 3 de mes déception en 2024, et top 1 en 2025. Récemment, je me faisais la réflexion : un seul pilote, sur la grille, a-t-il une plus longue période de disette que lui ? Je ne parle pas de victoires ni de podiums, mais bien de courses marquantes, d’exploits, de coups d’éclat. Eh bien, non, de toute évidence, tous ceux qui sont en catégorie reine depuis plus de deux ans ont réussi à se démarquer davantage. C’est absolument fou.

 

Brad Binder

Ses performances en qualifications sont toujours aussi difficiles à regarder. Photo : KTM

 

D’après moi, le dernier Grand Prix impressionnant de Binder remonte au Qatar 2024, la manche d’ouverture qu’il avait conclue en deuxième place. Depuis, il n’y a plus rien de significatif, et sans exagérer. Entre-temps, Raul Fernandez s’est illustré en Indonésie, puis a gagné en Australie l’année passée, Jack Miller était en première ligne à Phillip Island en 2025, Alex Rins, autre élément en pleine mauvaise passe, s’est retrouvé dans le groupe de la deuxième place à un moment de la course à Mandalika la saison passée. Marini, souvent cité comme une déception chez Honda, a aussi réussi, lors de ce GP d’Indonésie, à jouer tout devant. Le seul à qui c’est à peu près comparable est Miguel Oliveira, dont le dernier fait d’armes en MotoGP remonte au Grand Prix d’Allemagne 2024, mais c’était plus tard, d’une part, et il n’est plus en catégorie reine, de l’autre.

Et puisque leur situation est similaire, je me dois de rendre à Morbidelli ce qui lui appartient, car lui aussi compte plus de moments marquants que Binder depuis 2024 – dont deux podiums l’an dernier. Vous pouvez reprendre la liste des engagés, et vous constaterez par vous-même que cette statistique est exacte.

Le plus fou, c’est qu’on ne parle pas d’un pilote en bout de course, bloqué dans une écurie satellite, ou blessé. Binder est l’un des moins souvent absents en carrière (quatre GP manqués en 15 ans, dont un seul en MotoGP), il n’a « que » 30 ans, et est titulaire au sein de l’équipe d’usine KTM depuis 2020 ! Nous parlons bien d’un Sud-africain qui frôlait le génie, champion du monde Moto3 2016, qui s’est imposé dans son année rookie, à la fois régulier, mais aussi explosif, notamment pendant cette folle saison 2023. Mais que s’est-il passé ?

 

Une raison qui fait mal

 

C’est très difficile d’appréhender sa situation, notamment parce qu’il ne s’exprime pas beaucoup, un problème dont nous reparlerons. Et à l’heure où ces lignes sont écrites, il est difficile de trouver les raisons de sa baisse de forme prolongée. J’ai identifié plusieurs facteurs importants, et les voici.

Premièrement, la moto. La KTM RC16 n’a pas vraiment progressé depuis 2023, si ce n’est l’inverse, et les pilotes se plaignent souvent des mêmes problèmes depuis l’époque. De plus, Beirer a avoué que la situation financière de la firme de Mattighofen a pu démotiver un peu les pilotes, dont Acosta.

Deuxièmement, la lassitude. Je pense que c’est un paramètre important, puisque KTM a essayé d’y remédier dans le cas de Brad Binder. En effet, Brad est en orange depuis 2015, lorsqu’il n’était qu’en Moto3. En 2025, il dut se séparer de son chef mécanicien et ami Andres Madrid, car KTM voulait le bousculer dans ses habitudes. Il travaille désormais avec Phil Marron, ancien chef mécano’ de Toprak en WSBK. Est-ce que cela va le réveiller, le booster ? Pas sûr.

 

Brad Binder

En 2023, je le classais dans mon top 3 des pilotes les plus forts en MotoGP. C’était il y a trois ans seulement. Photo : KTM

 

Troisièmement, et je crois que c’est là le paramètre le plus important, l’arrivée de Pedro Acosta. Le déclassement de Binder coïncide parfaitement avec l’arrivée du crack espagnol chez GasGas Tech3, début 2024. Dès son année rookie, Acosta était meilleur, et ça s’est encore confirmé en 2025. Je pense que voir un pilote faire de telles prouesses sur cette machine a dû mettre un gros coup au moral à Brad Binder, car, en réalité, il n’est pas devenu mauvais : il est juste déclassé, comme dit plus haut, c’est-à-dire invisible, autour du top 10, sans prétendre à mieux.

 

La discrétion, un atout de Brad Binder ?

 

Lorsque j’ai évoqué les problèmes de communication d’Ai Ogura, beaucoup m’ont dit qu’ils se fichaient de son mutisme. Alors, oui, effectivement, quand on est bon, « le chrono parle de lui-même ». Mais quand on est peu loquace et dans une mauvaise passe, alors, qui vient nous défendre ? Personne, et c’est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment. Binder, qui n’a que très peu de fans en raison de sa personnalité très réservée, n’est dans aucune discussion, n’est même pas tant soutenu sur les réseaux sociaux – et on sait que les équipes regardent attentivement l’attraction que leurs pilotes génèrent.

J’ai bien peur qu’il quitte la catégorie et que personne ne s’en émeuve. Que pensez-vous du cas Brad Binder ? Devrait-il plus souvent prendre la parole et défendre sa paroisse, voire, se vendre mieux ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Brad Binder

J’ai du mal à l’imaginer conserver un guidon d’usine pour l’année prochaine. Photo : KTM

 

Photo de couverture : KTM

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