Pendant ce mois de pause, beaucoup de propriétaires d’équipes et de représentants du championnat relatent, dans la presse, toute l’ambition de Liberty Media en MotoGP. Mais, à vrai dire, comment cela se caractérise-t-il ? Deux ans après l’annonce du rachat, je vous propose aujourd’hui un article un poil différent sur les nouveaux propriétaires.
Dans cet épisode, il ne sera pas question de l’accord entre le MotoGP et les constructeurs encore en cours ; j’en referai peut-être un papier selon l’issue de cette affaire.
La stratégie de Liberty Media en MotoGP
Cette rubrique ne s’est jamais montrée intrinsèquement hostile à l’arrivée de Liberty Media. J’étais sceptique, il est vrai, mais jamais au point d’affirmer que cela allait transformer le MotoGP pour le pire. D’ailleurs, si l’on prend les décisions prises très récemment, aucune ne me déplaît outre mesure. Je suis même plutôt intéressé par ce futur Grand Prix d’Australie à Adélaïde. Mais il y a quelques jours, en lisant une interview de Justin Marks, propriétaire de Trackhouse Racing, me sont venues deux questions.
- Qu’attendent et qu’espèrent les équipes de Liberty Media ?
- Que veut faire Liberty Media du championnat ?
Et ces deux interrogations sont très complexes.

La vision de Liberty Media trop floue ?
Dans cette interview de Marks, un paragraphe m’a un peu choqué. Je vous le retranscris. « À mon avis, le MotoGP représente le meilleur rapport qualité/prix pour un sponsor dans le monde des sports mécaniques. Le problème, c’est que beaucoup de grandes entreprises ne comprennent toujours pas à quel point ce sport est captivant. Quand il est question de Formule 1, elles comprennent, mais lorsqu’il s’agit de MotoGP, on doit leur expliquer » déclarait-il.
Et ? Et alors ? J’ai comme l’impression que ces businessmen, bourrés de bonnes intentions, j’en suis persuadé, attendent que le MotoGP devienne la Formule 1. Je ne comprends pas le problème que Marks a voulu soulever, pour être honnête. Quel investisseur un tant soit peu impliqué dans les sports mécaniques, aujourd’hui, ne connaît pas le MotoGP ? La large majorité des fans de F1 ont au moins connaissance de notre championnat, qui est d’ailleurs le deuxième plus suivi au monde après la F1, loin devant le WRC ou le WEC, par exemple. On a l’impression, des fois, qu’ils évoquent le moto-ball, mais le MotoGP est déjà suivi mondialement. Peut-être que si c’était un investissement rentable, tout le monde voudrait miser dessus ? Peut-on seulement admettre la possibilité que la discipline n’intéresse pas autant de monde que ce que l’on aimerait ? Tout le monde s’accorde à dire que le MotoGP a un fort potentiel de croissance, mais je n’en suis pas si sûr.
Je doute de ce potentiel, notamment car toutes les régions du monde sont déjà investies, de l’Asie du Sud-Est aux États-Unis. Le marketing seul peut-il faire venir les gens à Austin ? Ou peut-on aussi émettre la possibilité que le public ne soit juste pas si passionné que ça ?
Pour faire plus clair, je comprends les décisions ponctuelles de Liberty Media, mais je n’arrive pas à comprendre leur plan, à l’échelle macroscopique, la solution qui fera effectivement changer le MotoGP de dimension. Je ne vois pas du tout comment ils comptent s’y prendre.
MotoGP : miser sur la marque ou le produit ?
Après avoir posé ces questions, intéressons-nous aux réponses. Qui de mieux que Carlos Ezpeleta, directeur sportif du MotoGP, pour nous éclairer ? Il intervient assez souvent dans la presse, donc il y a de la matière.
Voici comment il résume sa philosophie : « Nous sommes pressés de poser les bases de la croissance à long terme du MotoGP, mais nous ne sommes pas pressés de monétiser le sport. » D’accord. Bon, laissez-moi reformuler, alors. Comment s’y prendre pour « poser les bases de la croissance à long terme du MotoGP » ?
« L’objectif actuel est de prioriser la marque, la marque, et encore la marque. La faire grandir, pour avoir plus de fans dans le monde entier, augmenter son rayonnement. Nous mettons en œuvre un changement de stratégie pour y parvenir. Nous faisons des choses différentes, comme l’ouverture du championnat à Kuala Lumpur ». Peut-être suis-je trop idiot pour comprendre, mais j’ai davantage l’impression d’assister à une réunion dans une boîte spécialisée en communication dont les représentants balanceraient leurs éléments de langage préconçus au lieu de répondre simplement. Désolé, M. Ezpeleta, mais je ne vois toujours pas comment on passe du MotoGP actuel, le deuxième sport mécanique le plus suivi au monde, à ce MotoGP du futur. De toute manière, la place n°1 est occupée par la F1, nous ne serons jamais que les deuxièmes dans le meilleur des cas, ce que nous sommes déjà actuellement.

Il faut que le championnat mise sur des fortes têtes, dont Marc Marquez. Photo : Michelin Motorsport
En gros, je ne parviens pas à voir de corrélation entre la séparation des paddocks MotoGP et Moto2/Moto3, la sacralisation de la catégorie reine à travers l’invisibilisation des palmarès en petites cylindrées, un Grand Prix urbain, et l’attractivité de la discipline.
Si ça a marché pour la F1, c’est parce que le marché américain a été investi sur les réseaux sociaux, en raison de la popularité d’une série habilement montée sur Netflix, mais aussi et surtout grâce à une course au titre entre Hamilton et Verstappen, qui a passionné beaucoup de gens, qui les a définitivement accrochés. Ça vient du peuple, ce sont les masses qui ont fait de la F1 une discipline mondiale, il est très difficile de créer un succès d’en haut. Il faut des conditions bien précises : une rivalité (si possible), ou un affrontement pour un championnat, un bon timing, de la chance, et un soutien massif des fans qui font, eux, passer un sport dans une autre dimension quand ils le décident. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec l’UFC suite à la naissance du phénomène Conor McGregor.
Conclusion
J’ai comme l’impression qu’avec le MotoGP, Liberty Media fait les choses à l’envers. Ils veulent d’abord préparer le sport à recevoir un gain de popularité, en prévoyant déjà des investissements massifs au cas où il deviendrait attractif. Mais au lieu de « la marque, la marque, la marque », ne faudrait-il pas se concentrer sur « le produit, le produit, le produit » ? C’est un peu comme ces équipes de football (je ne dirai pas lesquelles) qui se focalisent davantage sur la création d’un nouveau stade plutôt que sur la qualité de l’effectif, et qui se retrouvent à jouer en National dans un stade de 25 000 places.
Et, à mes yeux, le produit actuel est déjà très bon, tout le monde sait que le MotoGP est un sport spectaculaire. La majorité de ceux qui ne le suivent pas le font consciemment, c’est une opinion personnelle. Ainsi, je crains que le miracle Liberty Media n’arrive jamais, et que beaucoup de propriétaires d’équipes tombent des nues dans quelques années.
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Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Ils l’ont fait une fois, oui, mais rein ne garantir qu’ils vont le refaire.
Photo de couverture : Michelin Motorsport







