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Rencontre avec David Da Costa lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui évoque les défis de sa saison en Rookies Cup.

Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec David Da Costa. Après une première saison contrastée en Red Bull Rookies Cup, marquée par des blessures et des résultats en deçà de ses attentes, le Français a obtenu une deuxième chance pour 2026. À Carthagène, il évoque avec Paddock-GP les défis de sa saison entre travail mental, double programme et contraintes budgétaires.

Bonjour David, au cours de l’année, nous avons évoqué à plusieurs reprises ton parcours en Red Bull Rookies Cup. Quel bilan peux-tu tirer de cette première saison dans la catégorie ?

La Rookies Cup, c’est vraiment une très bonne école pour apprendre. C’est super bien structuré, ils mettent beaucoup de moyens pour que de jeunes pilotes comme nous réussissent. Pour moi, ça a été une année compliquée, j’ai eu du mal à m’adapter à la moto. Je pensais que ce serait plus facile que ça, et les blessures – j’ai manqué trois manches sur les sept – m’ont empêché de montrer mon réel niveau. J’ai quand même beaucoup appris, et je sais maintenant ce qu’il faut faire pour cette nouvelle année qu’ils m’offrent, puisque je rempile avec eux en 2026. Cet hiver, on mise sur une très bonne préparation physique pour mettre toutes les chances de notre côté.

Comment as-tu appris que tu continuais en Rookies Cup ?

Après la dernière course, ils nous convoquent tous un par un dans leur bureau, c’est un moment assez stressant parce que tout le monde reçoit un « oui » ou un « non » pour revenir. Moi, on m’a dit : « On ne sait pas, on te recontactera plus tard. » Je voulais être soulagé d’avoir une réponse, d’être fixé. Au final, ça a traîné un mois et demi avant que j’aie la confirmation. Je suis vraiment content de repartir, c’est une chance malgré les résultats qui étaient en dessous de ce qu’on espérait. Ils ont sans doute vu un potentiel que je n’ai pas pu montrer, et je trouve ça gentil de leur part de m’offrir une deuxième chance.

Tu dis que tu sais ce qu’il te manquait. Concrètement, c’est quoi ?

Il faut que je sois moins dispersé. J’ai tendance à me déconcentrer assez vite. Dès qu’il se passe quelque chose autour de moi, ça peut me sortir de ma course. Un pilote qui cale dans la pré-grille, une conversation que j’entends, un détail, et je ne pense plus à la course. Ensuite, il faut mieux gérer le réglage de la moto : la régler pendant les tests comme j’ai besoin qu’elle soit, puis ne plus y toucher. Mon erreur, c’était de modifier la moto la veille de la course, et au final ça ne m’aidait pas.

Tu as mis en place des stratégies pour rester concentré ?

Oui, j’ai un coach mental qui me suit pendant l’année. On s’est rendu compte que les séances « classiques » de mental n’étaient pas ce qui fonctionnait le mieux sur moi. Ce qui m’aide davantage, c’est le yoga, des choses comme ça pour être plus tranquille avant les séances. Ça me permet de me canaliser et de me concentrer pour le reste.

David Da Costa, Evan Boxberger et Antoine Nativi avec Johann Zarco.

Au début de saison, tu n’avais pas forcément cet encadrement. Tu as vu un écart avec les pilotes mieux préparés ?

À ce niveau-là, on fait tous à peu près la même chose, on essaie un peu de se recopier les uns les autres. Ce qui fait la différence, c’est celui qui est le mieux dans sa tête, qui va le mieux manger, mieux dormir, qui a moins de problèmes à côté de la moto, ou qui s’entraîne un peu plus que les autres. De notre côté, on essaie déjà de s’entraîner 3 à 4 fois par semaine, pas forcément sur piste : on fait du physique, de l’enduro, du flat-track, du cross ou de la piste, avec mon coach Frédéric Protat, le pilote de Grand Prix.

Tu avais un double programme cette année, avec l’ETC. Comment tu l’as géré ?

Je l’appréhendais un peu. Enchaîner trois ou quatre week-ends de course, je pensais que ce serait facile. En réalité, on sent vite la fatigue qui arrive au bout du troisième ou quatrième week-end d’affilée. Cette année, je n’en ai finalement pas enchaîné tant que ça à cause de ma blessure, mais sur les premières courses où tout s’est enchaîné, à la fin j’avais hâte d’avoir une semaine de repos tranquille pour évacuer un peu la pression.

Et en 2026, quel sera ton programme ?

Pour le JuniorGP, je continuerai dans l’Équipe de France, l’EDF Vitesse FFM, et je passerai en Moto3 Junior, en parallèle de la Red Bull Rookies Cup.

Quels objectifs tu te fixes ?

Pour moi, cette année, c’est un peu comme la dernière chance. Il y a le sujet du budget qui entre en compte, c’est compliqué de suivre tous les ans, même si j’ai des gros soutiens. Mes objectifs, c’est de performer, d’être toujours dans les points, viser le top 10, voire le top 5. Je sais que c’est ambitieux, je n’ai pas envie d’annoncer des choses en l’air, mais dans ma tête, je ne viens pas pour finir 10e. Je veux être devant, et on verra bien à la fin des courses.

Tu n’as pas peur de te mettre trop de pression en te disant que c’est ta dernière chance ?

Non. Je sais que c’est un moment crucial dans ma carrière de pilote, mais j’essaie de ne pas trop y penser. Je veux surtout m’entraîner sérieusement, faire les choses au maximum et ne pas avoir de regrets à la fin.

Tu as un plan de carrière sur quelques années dans l’optique où tout se passe bien ?

Pour moi, l’objectif serait d’être en Moto3 mondial en 2027. Déjà depuis l’année dernière, je voyais les choses comme ça : me tester en 2025, le Moto3 Junior en 2026, puis le Moto3 en 2027, notamment à cause des questions d’âge et de réglementation pour accéder au Moto3. Mon premier objectif, c’est d’atteindre les Grands Prix, et la suite viendra après. Aujourd’hui, j’ai 17 ans et je vais vers mes 18 ans en 2026, en juin.

Sur quel point peux-tu être fier de ta saison ?

En termes de résultats, pas du tout. En revanche, sur le plan de ce que le team m’a fait comprendre et de tout ce que j’ai pu apprendre, je sais que ça va me permettre de passer un cap cet hiver. J’espère vraiment qu’on pourra le montrer en 2026.

Pour conclure, un mot sur ces « stages » avec Johann Zarco et les pilotes MotoGP ?

C’est une vraie chance, surtout que cette année, il y a deux pilotes MotoGP, dont Diogo Moreira. C’est super de pouvoir s’entraîner avec eux. On peut discuter avec eux, donc c’est sympa de se mélanger au monde des Grands Prix.