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Toprak Razgatlioglu

L’arrivée de Toprak Razgatlioglu en MotoGP devait être un séisme. Triple champion du monde Superbike, pilote spectaculaire, personnalité magnétique : tous les ingrédients étaient réunis pour une entrée fracassante. Mais pour Livio Suppo, l’histoire ne s’écrira pas aussi vite. Et surtout, pas aussi facilement.

Invité du podcast Oxley Bom, l’ancien patron d’équipe MotoGP n’a pas cédé à l’enthousiasme ambiant. Son verdict est sans détour : « les personnes plus expérimentées savent que c’est très difficile. »

Suppo ne remet pas en cause le talent de Toprak. Ce qu’il questionne, c’est le contexte. Car passer du WorldSBK au MotoGP ne consiste pas simplement à piloter plus vite : c’est changer de philosophie. Et selon lui, le cocktail actuel est explosif.

Le diagnostic de Suppo est brutal. Il estime que la Yamaha V4 2026, utilisée par Pramac, n’est pas aujourd’hui au niveau des références.

« Malheureusement, et je suis désolé de le dire, la moto qu’il pilote semble être la pire Yamaha actuellement ».

Dans un championnat dominé par Ducati, où chaque dixième compte, démarrer avec une moto en retard complique déjà l’équation.

Le défi de Razgatlioglu ne se limite donc pas à l’adaptation personnelle : il doit aussi composer avec une machine en phase de développement. Et c’est là que Suppo parle d’« impossibilité » d’être immédiatement compétitif.

« Les gens croient qu’avec son palmarès en Superbike, il sera compétitif immédiatement. Nous savons que c’est impossible. »

Davide Brivio Toprak Razgatlioglu

La pression psychologique : la fin de la lune de miel pour Toprak Razgatlioglu

La vraie différence, selon Suppo, se situe dans la pression. Il compare Toprak à Diogo Moreira, autre rookie 2026. Moreira arrive en MotoGP sans exigence immédiate de victoire. Personne ne l’imagine jouer le podium dès la première course.

Toprak Razgatlioglu, en revanche, traîne derrière lui trois titres WorldSBK et une réputation de génie du freinage. Les fans attendent des miracles. Suppo le dit implicitement : cette pression est un fardeau supplémentaire.

Paolo Pavesio, le patron de Yamaha Racing, a d’ailleurs été clair : « la lune de miel est terminée. Il commence à réaliser l’ampleur du défi. »

Toprak lui-même a admis être « stressé » par les attentes. Il sait que tous les regards seront braqués sur lui en Thaïlande. Et il sait aussi que sa moto n’est pas prête.

Le cœur du problème est également technique. Le style ultra-agressif de Razgatlioglu — freinage tardif, trajectoire en V, redressement brutal — a fait sa légende en Superbike.

Mais en MotoGP, les prototypes exigent fluidité, vitesse de passage en courbe et gestion fine des pneus Michelin.

Pour Suppo, la transition est structurelle. Ce n’est pas une question de talent, mais d’ADN de pilotage. Et ce type de mutation ne se fait pas en quelques essais hivernaux.

En filigrane, la vision de Livio Suppo est claire : 2026 ne sera pas l’année de la confirmation, mais celle de l’apprentissage.

Être compétitif dès maintenant ? Illusoire. Progresser, comprendre, absorber la pression ? Indispensable.

La question n’est donc pas de savoir si Toprak est assez talentueux. Elle est de savoir combien de temps il lui faudra pour transformer ce talent brut en performance MotoGP.

Et dans l’univers impitoyable de la catégorie reine, le temps est souvent le luxe le plus rare.

Toprak Razgatlioglu

 

 

 

 

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