Patron du Tecmas Racing Team, structure championne en titre en FSBK et double vainqueur en Endurance l’an dernier dans la classe Superstock, Arnaud Sassonne (sur la droite de l’image plus haut) évoque pour Paddock GP tous les aspects de son métier de directeur d’équipe, lors d’un échange réalisé au Mans, à l’occasion de la manche d’ouverture de la saison de Championnat de France de Superbike.
Bonjour Arnaud, avant le FSBK, parlons un petit
peu d’Endurance ! L’an dernier, c’était une saison plutôt positive
pour Tecmas…
Oui, carrément. Troisième de classe, un podium scratch au Bol d’Or.
Deux victoires sur les deux courses auxquelles on
a participé. On n’a pas participé aux 24 Heures du Mans
parce qu’on n’était pas prêts et qu’il y avait les
évolutions du moteur qui arrivaient en 2025.
On savait qu’on n’aurait pas été
prêt. Donc, comme on rencontrait des petits problèmes
de fiabilité depuis 2023 sur des courses de 24h, on a fait
l’impasse sur les 24h Motos, et puis on a trouvé des solutions
financières pour pouvoir arriver à Spa.
Et la magie a opéré !
Oui, on a fait pole position et victoire à
Spa. Ça nous a donné envie d’aller valider ça sur une
course de 24h. Pareil au Bol d’Or : pole position, victoire de
la classe, et puis troisième au scratch.
Ça donne envie de franchir un autre cap cette
année ?
En 2023, on avait gagné Le Mans.
L’an dernier, c’était Spa et le Bol
d’Or. Désormais, il faut essayer d’aligner toutes les
planètes et de faire le sans faute. Ça, c’est notre leitmotiv.
Maintenant, un podium sur chaque course, ça
serait beau. Sur des épreuves comme ça, tu ne peux pas prévoir
l’avenir. Il y a tellement de choses qu’on ne maîtrise
pas.
Les Essais Pré-Mans ont permis de confirmer vos
ambitions ?
On repart avec le 3e chrono de la classe, sans
être allé chercher le chrono… On a de nouveaux pilotes qui ne
connaissaient pas notre moto. On cherchait vraiment à travailler sur le réglage
de la moto pour avoir une machine performante, mais en même temps
facile à piloter pour les 4 pilotes. En endurance, c’est quand même
compliqué. Il faut essayer de faire un compromis
mais je pense qu’on a bien travaillé
là-dessus. On a gagné du temps pour la semaine de
course. Le chrono, on aura tout le temps dans 10 jours
d’aller le chercher.
Il est nécessaire de créer une certaine cohésion
au sein l’équipage, c’est aussi ton rôle
?
J’essaie de jouer le rôle de bon père de
famille. Je pense très sincèrement que j’y arrive plutôt
bien. Il faut les mettre à l’aise, créer une cohésion
d’équipe. Ils étaient avec nous pendant 3 jours, je les ai
mis dans un gîte tous les 4, pour qu’ils apprennent à se connaître,
qu’ils dialoguent, dînent et vivent ensemble.
Ça a vraiment fonctionné.
J’ai vraiment vu une équipe soudée, parler,
rigoler et avancer dans le même sens. En endurance, il peut y avoir le risque d’un
pilote qui veut devenir le chef d’orchestre et tirer les draps de
son côté, faire sa moto pour lui. Là, ce n’est pas du tout le cas.
Chacun a mis de l’eau dans son vin de façon à
faire la moto qui soit la meilleure possible pour eux
4. Et dans un état d’esprit qui était vraiment bon
enfant.
Comment tu gardes tout le monde au même niveau
?
Il faut les calmer un petit peu.
Ce n’est pas comme en vitesse, où chacun a sa
moto et peut dire que le pneu ne fonctionnait pas ou quoi que ce
soit. Là, ils ont la même moto.
Donc le collègue, s’il roule 5 dixièmes plus
vite, il roule 5 dixièmes plus vite avec le même
package. Il n’y a plus de porte de sortie.
Il faut réussir à tempérer tout ça et leur dire
qu’ils sont là pour faire une course d’endurance, pas
pour faire la Superpole.
Moi, que tu roules 3 dixièmes plus vite que ton
copain lors des essais, je m’en fiche. Il faut
surtout prendre un maximum d’informations pour nous faire
avancer et régler la moto.
Tu as déjà eu à gérer une certaine rivalité
entre coéquipiers en Endurance ?
J’avais un peu cette pression-là au Boldor 2025
parce que j’avais 4 jeunes pilotes. Et surtout, 4 pilotes qui sont concurrents en
championnat allemand. Donc là, dès le premier briefing j’ai fait
attention. Je leur ai dit : ‘là, vous êtes en équipe, vous
travaillez ensemble, vous n’êtes plus concurrents.
Calmez-vous. Et ça a bien fonctionné.’
C’est impossible de gagner avec un équipage
dessoudé ?
Non. Ce serait très compliqué.
On n’irait pas dans le bon sens.
C’est impossible.
Y’a-t-il des synergies entre les
différentes équipes BMW en Endurance ?
Un peu, oui. En 2023-2024 avec la n°37, on a fait une
collaboration sur laquelle on a mis nos forces en commun : le
budget, les structures, les pièces, pour pouvoir monter ce
programme de stock. Donc ça, c’est une belle synergie qui a duré deux
ans. Depuis, on s’est séparés mes bons
amis. Il y avait un peu des conflits d’intérêts de
partenaires. Ça nous a permis de monter la 9.
Pareil avec la 25 du Team Etoile,
on est le clan BMW. On est concurrent, bien évidemment, mais on est
le clan BMW, donc on est là pour s’entraider.
Est-ce que tu dors pendant 24 heures
?
Ah non. Pas du tout. C’est impossible. À tout moment tu dois être
prêt à prendre une décision. Les mécaniciens se reposent un petit
peu. Parfois ils font des pauses.
On les installe dans le box pour qu’ils puissent
faire des micro-siestes. Mais l’ingénieur et moi, on ne ferme pas les
yeux du tout.
Tu tiens avec
l’adrénaline.
Exactement. Et je tiens doublement avec l’adrénaline parce
qu’en plus, mon fils Lucas est sur une autre moto.
Donc, je regarde la mienne, mais j’ai toujours
un oeil sur l’écran, pour savoir si la moto roule et si c’est lui
qui est sur la moto.
Photo : Tecmas Racing Team











