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Rossi

Inutile de vous présenter Valentino Rossi ; tout le monde l’a vu évoluer, certains plus de deux décennies durant, au sein de notre championnat préféré. En plus de vingt ans de carrière, « The Doctor » a accumulé les récompenses et les records en tout genre, des plus prestigieux (plus grand nombre de victoires en catégorie reine), aux plus obscurs (victoires avec le plus de cylindrées différentes, quatre, à savoir 500cc, 990cc, 800cc et 1000cc). La plupart de ses records sont certes fous, mais atteignables, y compris ceux liés à la longévité qui, hypothétiquement, pourraient tous être atteints. Cependant, il y en a un dont je suis persuadé qu’il ne sera jamais battu, jusqu’à la fin des temps : son nombre de podiums.

Valentino Rossi est monté sur la boîte à 199 reprises, de 2000 à 2020. C’est plus de 1,5 fois le total de Marc Márquez, qui en cumule 123 à l’heure où ces lignes sont écrites. Près de 200 podiums en 21 années de carrière en MotoGP, cela représente une moyenne de 9,5 par saison. Pour information, en 2021, Quartararo totalisait dix réalisations lui aussi. Ce chiffre paraît totalement absurde, même pour Márquez, avec 126, à qui il en manque 73. En 2025, Marquez en a pris 15, ce qui est énorme, malgré son absence sur la fin. Eh bien, il lui faudrait près de cinq ans à ce niveau pour le rattraper. Je ne l’imagine pas.

 

Rossi

Même s’il y a plus de courses de nos jours, le volume de Rossi me paraît intouchable. Photo : Michelin Motorsport

 

Dire que ce record est intouchable semble paradoxal, car nous avons longuement évoqué le rajeunissement de la grille MotoGP, et pourquoi le trop rapide renouvellement des effectifs pourrait poser problème. Ainsi, nous ne manquons pas de jeunes loups. D’ailleurs, la longévité des pilotes ne fait que s’étendre au plus haut niveau, et c’est constatable dans tous les sports. La raison ? La prise en compte de la nutrition, du repos et de la condition physique, sans compter l’évolution de la sécurité de nos tracés. Alors pourquoi est-ce que je pense qu’il est totalement inaccessible ? La raison est simple. L’ère dans laquelle vous performez compte plus que votre performance intrinsèque, au moins pour aller chercher des records.

En 75 ans d’existence, la MotoGP a connu différents règlements. Sa dynamique suit celle de tous les sports mécaniques, et il est possible de résumer l’histoire de tous les championnats de cette manière : les règles sont créées pour que tout le monde joue sur un pied d’égalité, puis des marques dépensent plus d’argent que les autres, et commencent à dominer. S’installe une ère de domination partagée ou non, et cela se transforme en un spectacle ennuyant au possible. Ainsi, les instances reviennent sur le règlement et remettent tout à plat, jusqu’à ce qu’une firme amène plus que les autres, car comme Bernie Ecclestone le disait, « on ne peut pas empêcher les gens de dépenser leur argent ».

Mais depuis quelques temps, ce schéma ancestral ne tient plus. Les sports mécaniques changent, et doivent évoluer. L’époque actuelle demande du spectacle à outrance, des batailles, de l’action, courte si possible, et aucune formule ne peut se permettre de voir un pilote gagner avec dix, voire vingt secondes d’avance, alors que ce n’était pas si rare il y a 15 ans encore. DORNA, avec l’introduction de l’ECU unique en 2016, apporta une solution pour créer de la compétition. Désormais, nous voyons plus de vainqueurs différents, et les équipes satellites sont dans le coup. Cependant, cela n’empêche pas Ducati et Marc Marquez de dominer largement avec une nouvelle stratégie ; procurer du matériel de pointe à d’autres équipes. Comme quoi, les vieux principes ont la vie dure et Bernie n’avait pas tout à fait tort. Mais en 2027, les cartes seront rebattues, ainsi de suite. Et rien ne garantit qu’il sera encore présent à cette date au vu de ses dernières déclarations. 

 

Il y a quelques jours, Marc Marquez a déjà commencé à parler de retraite, en disant que son corps l’arrêterait avant son esprit. Photo : Michelin Motorsport

 

L’équivalence historique est très compliquée à appréhender, notamment quand nous avons d’aussi importants changements fondamentaux en moins de dix ans. Alors, quand on additionne une époque favorable (fin des 500cc et 800cc, en plus des 1000cc sans électronique unique, grosso modo de 2002 à 2015) à la longévité et au talent incroyable de Rossi, on se retrouve avec des saisons entières passées sur le podium, ou presque. Quelque chose d’imaginable de nos jours, comme l’a prouvé Marquez, mais qui n’est plus vraiment dans l’air du temps et, je crois, condamné à disparaître.

Tous les sports mécaniques tendent vers l’uniformisation, cela va avec l’époque. La compétition coûteuse ne fait plus rêver, et même vendre. Il y a fort à parier que, dans quelques années, tout engagement en compétition, s’il n’est pas justifié, aura mauvaise presse. C’est pour cette raison que nous ne verrons plus un seul homme marcher sur toute une catégorie pendant dix ans, et pourquoi ce record de Rossi, à mon sens, ne sera jamais battu.

Finalement, qu’est-ce que tout cela signifie ? Que le nombre brut de podiums ou de victoires ne reflète pas la grandeur d’un pilote, car il est beaucoup plus difficile pour Quartararo ou Bagnaia de prendre 15 podiums par saison, même s’il y a plus de courses de nos jours. Cela n’enlève rien à la légende de Valentino, mais il faut user d’autres outils pour comparer nos héros entre eux, et, dès lors, la pertinence des totaux de carrière absolus et/ou rapportés (les pourcentages ne tiennent pas compte de l’époque) s’amenuise. Cela renseigne aussi sur l’importance capitale du contexte dans chaque analyse historique.

Qu’en pensez-vous ? Verrons-nous un autre pilote à plus de 200 podiums en catégorie reine, chiffre totalement délirant ? Dites-le-moi en commentaires !

 

Rossi

En revanche, d’autres records peuvent tomber, mais cela dépendra uniquement de l’avenir de Marquez. Après lui, le sport ne sera plus dominé, c’est une conviction personnelle. Photo : Box Repsol

 

Photo de couverture : Box Repsol

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