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Claudio Domenicali

Longtemps silencieuse après le rachat de Dorna Sports, Liberty Media sort enfin de l’ombre. Et le message est clair : le MotoGP tel qu’on le connaît est appelé à changer. Plus spectaculaire, plus narratif, plus global… et surtout, plus proche du modèle qui a transformé la Formule 1 en machine culturelle mondiale. Un schéma qui n’est pas pour déplaire au patron de Ducati, Claudio Domenicali. 

En juillet dernier, la Commission européenne a validé l’acquisition de 84 % de Dorna par Liberty Media, réunissant ainsi MotoGP et F1 sous une même bannière. Une décision historique, aux conséquences encore difficiles à mesurer, mais dont les premiers signaux commencent à apparaître.

Premier choc symbolique : le doute plane sur l’avenir du Grand Prix d’Australie à Phillip Island, l’un des circuits les plus mythiques du calendrier.

Selon plusieurs sources, des discussions internes auraient déjà eu lieu pour déplacer l’épreuve vers un circuit urbain, à Melbourne ou Adélaïde.

Un sacrilège pour les puristes ? Peut-être. Mais un scénario parfaitement cohérent avec la logique Liberty, qui a fait de Miami, Las Vegas ou Djeddah des piliers modernes de la F1.

L’idée d’un Albert Park accueillant F1 et MotoGP n’est plus de la science-fiction. C’est un test grandeur nature de ce que pourrait devenir le MotoGP version Liberty : plus urbain, plus événementiel, plus transversal.

Claudio Domenicali

Claudio Domenicali, PDG de Ducati : « oui, la F1 est un modèle à suivre »

Du côté de Ducati, on observe cette mutation avec un enthousiasme à peine dissimulé. Son PDG, Claudio Domenicali, ne cache pas son admiration pour la manière dont Liberty a métamorphosé la F1 depuis son rachat en 2017 pour 3,3 milliards de livres sterling.

« Oui », répond Domenicali à GPOne lorsqu’on lui demande si la F1 est un modèle à suivre. « Il y a dix ans, elle était beaucoup moins populaire que l’IndyCar ou la NASCAR. »

Et d’ajouter, sans détour : « mais aujourd’hui, son attrait est tout autre. Avant Liberty, les gens se plaignaient des courses ennuyeuses. Maintenant, ils discutent de la façon de les rendre plus passionnantes. »

Le cœur de la transformation ? Les pilotes. « Les pilotes sont devenus des personnalités, et cela peut être très positif pour nous aussi. Les motos sont plus petites et favorisent les dépassements, et le facteur humain ainsi que le talent du sportif ont un impact plus important qu’en course automobile. »

Un message limpide : le MotoGP a tout pour raconter de meilleures histoires que la F1… mais ne les raconte pas encore assez bien.

Impossible d’ignorer l’éléphant dans la pièce : Netflix et Drive to Survive. La série a transformé la F1 en phénomène culturel mondial, parfois au prix d’une narration très romancée, voire caricaturale. Mais les chiffres sont là : 827 millions de fans F1 en 2025.

De son côté, le MotoGP revendique 623 millions de fans, en hausse de 12 % par rapport à 2024. Une croissance réelle… mais insuffisante aux yeux de Liberty. L’objectif est clair : faire du pilote MotoGP une célébrité, pas seulement un champion.

Aujourd’hui, le grand public connaît Valentino Rossi et Marc Marquez. Demain, Liberty veut que l’intégralité du plateau soit identifiable, suivie, incarnée, marketable.

La stratégie est assumée : plus de storytelling hors-piste, plus de présence sur les réseaux sociaux, plus d’événements spectaculaires en ville, et des pilotes encouragés à exister au-delà du casque.

Comme le résume Domenicali, le facteur humain est l’arme absolue du MotoGP. Là où la F1 a parfois besoin de forcer le récit, le MotoGP possède déjà des rivalités, des trajectoires brisées, des retours héroïques et une proximité physique avec le danger que peu de sports peuvent offrir.

Liberty Media n’est pas là pour gérer le MotoGP comme avant. Elle est là pour le transformer, quitte à froisser les puristes.

La question n’est donc plus si le MotoGP va changer, mais jusqu’où. Phillip Island, les circuits historiques, la culture paddock, la pudeur des pilotes : tout est désormais négociable face à l’objectif ultime, devenir un produit global majeur, à l’égal de la F1. Le MotoGP est à un carrefour. Entre sport brut et divertissement mondial. Et cette fois, le moteur du changement ne vient plus des circuits… mais des bureaux de Liberty Media.

Claudio Domenicali

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