pub

Valentino Rossi Brivio

C’était plus qu’un transfert. C’était un séisme. Quand Valentino Rossi a quitté Honda pour Yamaha fin 2003, le paddock a cru à une folie. Trois titres consécutifs. Une domination écrasante. La RC211V intouchable. Pourquoi partir ? Vingt ans plus tard, Davide Brivio, l’un des cerveaux de l’opération, révèle les coulisses de ce qui reste l’un des plus grands paris de l’histoire du MotoGP. Et non, rien ne s’est fait proprement.

À l’époque, la situation est limpide : Honda écrase tout. Entre 1993 et 2003, la marque a remporté 117 Grands Prix. Yamaha ? 24 seulement. Aucun titre depuis 1992. Dans le paddock, la théorie est simple : la Honda gagne toute seule. Peu importe le pilote. Brivio et Lin Jarvis vont utiliser cette idée comme arme psychologique.

Mais en interne, Yamaha hésite. « Au départ, Yamaha ne voulait pas engager Rossi car l’opinion générale était que s’il gagnait, tout le monde penserait que c’était uniquement grâce à lui. Et s’il ne gagnait pas, la faute serait imputée à la moto », se souvient Brivio. Autrement dit : Rossi était trop grand. Trop risqué.

Le déclic vient en juin 2003 avec l’arrivée de Masao Furusawa à la tête du projet MotoGP. « C’est lui qui a changé la donne. Il a convaincu le président de Yamaha qu’il fallait absolument engager Valentino. Ensemble, nous avons persuadé la direction qu’il fallait un pilote de pointe pour gagner. Honda a gagné, certes, mais avec les meilleurs : Doohan et Rossi. »

Le message est clair : la moto ne suffit pas. Il faut un leader. Le feu vert est donné. Mais le plus dur commence.

Rossi

Réunions clandestines et paranoïa permanente : « Lin Jarvis  et moi nous sommes cachés sous la table » se souvient Davide Brivio

Honda propose régulièrement un nouveau contrat à Rossi. Impossible d’être vus. Pendant toute la saison 2003, les discussions se déroulent en secret absolu.

« Pendant le championnat du monde 2003, nous rencontrions Vale presque à chaque week-end de course pour discuter de nombreuses choses : la mise en place de l’équipe, les mécaniciens qu’il voulait emmener avec lui, la manière d’aborder les essais, etc. »

Le problème ? Trouver un endroit discret. « Le seul problème était de trouver un lieu de rencontre, car dans le paddock, on est visible de tous, et dans les hôtels, toutes les équipes sont mélangées. »

À Brno, la scène devient presque irréelle. « Nous avions prévu de nous y retrouver après 22 heures, une fois que tous les kinésithérapeutes et les médecins seraient partis. Nous avons ouvert la tente, sommes entrés, nous sommes assis autour d’une table et avons commencé la réunion. Soudain, nous avons entendu une moto approcher, et Lin et moi nous sommes cachés sous la table. »

Oui. Sous la table. Un transfert à plusieurs millions négocié comme une opération d’espionnage.

Arrive le moment de parler chiffres. Et là, ça se complique. « Financièrement, les exigences de Badioli étaient totalement excessives au départ. Nous avons finalement réussi à trouver un accord. »

Mais Brivio assume sur motorsport-total. « Et je crois qu’avec les ventes réalisées par Yamaha par la suite, l’entreprise a largement récupéré cet investissement. » Rossi n’était pas seulement un pilote. C’était une révolution marketing.

Une fois l’accord scellé, Rossi veut voir la moto. Mais toujours en secret. « Après nous être serré la main, Vale a voulu voir la moto. C’était sur le circuit de Donington Park. Nous avons attendu jusqu’aux petites heures du matin pour être sûrs que personne d’autre ne se trouvait dans le paddock. Il est arrivé capuche relevée pour que personne ne le reconnaisse. »

Quelques mois plus tard, il remportait le titre dès sa première saison. Et la théorie du “c’est la moto qui gagne” s’effondrait pour toujours.

Ce transfert n’a pas seulement changé Yamaha. Il a redéfini le pouvoir du pilote dans l’ère moderne. Et aujourd’hui encore, dans chaque rumeur de marché, une question flotte : qui sera le prochain à oser un pari aussi fou que celui de Rossi en 2004 ?

Image de couverture de l'article : Valentino Rossi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les articles sur les Pilotes : Valentino Rossi

Tous les articles sur les Teams : Monster Energy Yamaha MotoGP