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Aprilia

Il y a des saisons qui redessinent une hiérarchie. Et puis il y a celles qui changent l’ADN d’un constructeur. Pour Sylvain Guintoli, la campagne 2025 d’Aprilia appartient clairement à la seconde catégorie, et Marco Bezzecchi en a été l’architecte inattendu.

Lorsque la saison a débuté, le scénario semblait presque cruel. Aprilia alignait un duo flambant neuf avec Marco Bezzecchi et le champion du monde en titre Jorge Martin, sous la houlette du nouveau directeur technique Fabiano Sterlacchini. Mais dès le premier jour des essais hivernaux, la blessure de Martin a bouleversé l’équilibre du projet. Du jour au lendemain, la responsabilité du développement est retombée sur les épaules d’un pilote qui n’avait jamais dirigé un programme d’usine, ni même piloté une moto officielle.

Sur le papier, le défi paraissait immense. Pourtant, Bezzecchi a méthodiquement construit sa saison, jusqu’au déclic des essais d’après-course à Jerez. « Grâce aux essais de Jerez, nous avons compris deux ou trois choses qui nous ont vraiment aidés. Quand je suis rentré chez moi après les essais, je me suis dit : “Oui, c’est possible” », a-t-il confié à Crash.net. Ce moment charnière a marqué le basculement d’Aprilia vers une dimension nouvelle.

Guintoli, consultant MotoGP pour TNT Sports et champion du monde WorldSBK 2014 avec Aprilia, a immédiatement perçu la transformation. « Bez et toute l’équipe ont fait un travail formidable », explique-t-il, avant de pointer ce qui l’a le plus impressionné : « Aprilia a toujours eu cette capacité, pendant de nombreuses années, à proposer une moto performante sur les circuits fluides, comme Silverstone, Assen et Barcelone. »

Mais cette spécialisation avait un revers. « On avait presque l’impression de savoir ce qui allait se passer : ils seraient ultra-performants sur ce genre de circuits, mais en difficulté sur les tracés avec freinages brusques et accélérations fréquentes. Et ce, dès que Michelin proposerait des pneus à carcasse plus dure pour affronter la chaleur. Cela faisait partie intégrante de leur ADN depuis des années. »

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Sylvain Guintoli : « chez Aprilia, ce sont des gars formidables »

Or, en 2025, ce schéma s’est effondré. « Cette année, ils ont changé la donne. Et avec Bez, ils ont vraiment brillé », insiste Guintoli. Le résultat est sans appel : six victoires – trois Grands Prix et trois sprints – une troisième place au championnat du monde pour Bezzecchi, et une deuxième position au classement constructeurs pour Aprilia derrière l’intouchable Ducati. Une saison record pour Noale.

Pour Guintoli, au-delà des chiffres, l’histoire humaine est tout aussi forte. « Ce sont des gars formidables. La plupart des membres de l’équipe sont les mêmes personnes avec qui je travaillais il y a dix ans. C’est agréable de les voir réussir. » Il y a dans ses mots une forme de fierté, presque intime, de voir une structure longtemps sous-estimée devenir une prétendante crédible au titre.

Le seul épisode sombre reste Mandalika, où un contact avec Marc Marquez a mis fin prématurément au combat du champion fraîchement couronné, blessé à l’épaule. Mais Guintoli relativise : « l’accident à Mandalika est malheureux, mais des erreurs se produisent parfois dans les courses serrées, et c’est tout. » Pour lui, cet incident ne ternit en rien la portée du travail accompli. « Cela n’enlève rien au fait qu’Aprilia a réalisé une excellente saison et a transformé sa moto en une prétendante au titre. »

Interrogé sur l’hypothèse d’un Marquez champion sur une RS-GP, Guintoli refuse d’entrer dans la spéculation et recentre le débat. « Je pense qu’il est important de ne pas minimiser le travail accompli par Bezzecchi. » Et il rappelle le contexte : « Bezzecchi a réalisé une performance formidable pour sa première saison en tant que pilote d’usine, aux côtés du champion du monde en titre, Jorge Martin. Aprilia a toujours affirmé traiter les deux pilotes de la même manière, mais en termes de statut, si votre coéquipier est champion du monde, vous partez en deuxième position. »

Bezzecchi, lui, a pris le temps de bâtir. « Bez a pris son temps, il a fait tout le travail préparatoire et a fait en sorte que ce dispositif fonctionne pour lui. » Après une brillante saison 2023 chez VR46 puis une année plus compliquée avec l’avant capricieux de la Ducati GP23, il a contribué à façonner une RS-GP adaptée à son style, un ensemble dont il est « clairement à l’aise ».

En 2025, Aprilia n’a pas seulement gagné des courses. Elle a effacé une étiquette, brisé un plafond technique et prouvé qu’elle pouvait s’adapter à tous les terrains. Et au cœur de cette mutation, Marco Bezzecchi s’est affirmé non seulement comme un vainqueur, mais comme un leader de projet. Pour Guintoli, c’est peut-être là la plus grande victoire.

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