Le marché des pilotes pour 2027 commence déjà à dessiner ses lignes de fracture et, dans cette recomposition anticipée, un mouvement semble désormais presque acquis : Fabio Quartararo serait en passe de rejoindre Honda à l’issue de son contrat avec Yamaha. Si ce transfert se confirme, il ouvrirait une brèche stratégique majeure à Iwata et pourrait indirectement précipiter un bouleversement tout aussi significatif chez Ducati, en plaçant Francesco Bagnaia au centre d’un jeu de chaises musicales à haute intensité.
Chez Yamaha, le départ de Quartararo créerait un vide immense. Champion du monde, figure marketing centrale et pilier technique du projet M1 ces dernières années, le Français incarne encore aujourd’hui l’identité sportive de la marque. Son départ vers Honda — qui cherche à accélérer sa reconstruction autour d’un leader capable d’orienter le développement — laisserait Yamaha face à une nécessité absolue : recruter un pilote capable d’assumer immédiatement le rôle de fer de lance, notamment à l’heure où le constructeur travaille activement sur son futur V4 et prépare la transition réglementaire de 2027.
C’est dans ce contexte que le nom de Francesco Bagnaia prend une dimension nouvelle. L’Italien arrive en fin de contrat avec Ducati fin 2026, tandis que Marc Marquez, champion 2025 et centre de gravité du projet de Borgo Panigale, disposerait d’un engagement s’étendant jusqu’en 2028. L’arrivée annoncée de Pedro Acosta à l’horizon 2027 renforce l’impression que Ducati structure désormais son avenir autour d’un duo Marquez–Acosta, laissant peu d’espace à Bagnaia dans l’équipe officielle. Celui-ci a déjà exclu un passage par une équipe satellite, ce qui signifie qu’un départ de l’usine impliquerait très probablement un changement complet de constructeur.
Sportivement, la situation est délicate. Tant que Marquez domine l’environnement technique et politique de Ducati, les chances de Bagnaia de reconquérir un titre dans la même structure semblent limitées, indépendamment de ses qualités intrinsèques. Même si la GP26 promet d’être plus accessible, l’équilibre interne ne favorise plus l’Italien comme auparavant. Face à cette réalité, un changement d’air pourrait devenir non seulement souhaitable, mais stratégique.

Bagnaia a-t-il compris qu’il valait mieux partir ?
Yamaha, privée de Quartararo, aurait besoin d’un pilote capable d’assumer un leadership immédiat et crédible. Bagnaia coche toutes les cases : champion du monde, pilote méthodique, fin développeur et personnalité plus consensuelle qu’un profil explosif. Il pourrait incarner le renouveau d’un projet V4 ambitieux et offrir à Yamaha la continuité d’un statut de constructeur majeur sans passer par une phase de transition prolongée.
Dans cette hypothèse, le rôle de Valentino Rossi pourrait devenir déterminant. L’ancien champion reste étroitement lié à Yamaha et son récent partenariat via VR46 Racing Apparel consolide ce lien. Sans être officiellement décisionnaire, Rossi conserve une influence symbolique et relationnelle capable de faciliter un rapprochement. Pour Yamaha, recruter un pilote formé dans l’orbite VR46 et adoubé par Rossi constituerait un signal fort. Pour Bagnaia, rejoindre une structure soutenue par son mentor offrirait une stabilité nouvelle et un projet centré sur lui.
À l’approche de 2027, la grille semble se figer plus tôt que jamais, les décisions majeures étant prises en coulisses bien avant les annonces officielles. Si Quartararo bascule vers Honda, Yamaha devra réagir rapidement pour ne pas perdre son statut. Dans ce jeu d’équilibres, Bagnaia apparaît comme la pièce idéale d’un nouveau puzzle industriel. Reste à savoir si Ducati acceptera de voir partir l’un de ses champions vers un rival direct ou si une ultime tentative de rééquilibrage interne viendra modifier un scénario MotoGP qui, aujourd’hui, semble de plus en plus cohérent.
































