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Davide Brivio

À Sepang, entre deux roulages et sous la chaleur écrasante de la Malaisie, Davide Brivio n’a pas choisi la langue de bois. Le directeur de TrackHouse Aprilia Racing a profité des essais pour adresser un message clair à la direction du MotoGP : le format actuel du week-end n’est pas , selon lui, « fondamentalement adapté ».

« On ne peut pas miser l’intégralité de son Grand Prix sur une seule journée », a-t-il lancé sur GPOne, en référence au vendredi devenu décisif pour l’accès direct à la Q2. « C’est un pari à haut risque qui compromet l’excitation et l’intégrité du week-end. »

Dans un paddock en pleine mutation sous l’ère Liberty Media, les mots résonnent comme un avertissement stratégique autant qu’un coup de pression.

Depuis l’introduction du sprint et du nouveau format, la séance du vendredi conditionne en grande partie le reste du week-end. Un mauvais timing, une chute ou un drapeau jaune peuvent ruiner les ambitions d’un pilote avant même les qualifications officielles.

Brivio propose une alternative audacieuse : transformer le vendredi en véritable qualification pour le sprint, créant ainsi deux grilles distinctes et un week-end plus imprévisible. « Imaginez si le vendredi servait de tour de qualification pour une course sprint. Cela améliorerait le spectacle et créerait deux grilles de départ distinctes. »

Derrière cette idée de découpler les qualifications du vendredi et du samedi pour créer plus d’opportunités et de suspense apparaît comme une piste sérieuse et excitante. Il y a une vision claire : renforcer la dramaturgie sportive tout en réduisant la dépendance à une seule séance clé.

Davide Brivio

Davide Brivio : « avec Liberty Media, l’attente est claire : améliorer la communication et le marketing pour élargir notre audience à l’échelle mondiale »

Ce discours offensif intervient alors que TrackHouse Aprilia traverse une phase de confiance. Raul Fernandez a franchi un cap la saison passée, avec des podiums en Indonésie et en Australie.

« La victoire à Phillip Island a été monumentale », rappelle Brivio. « Elle a établi TrackHouse comme une équipe gagnante non seulement en NASCAR mais maintenant aussi en MotoGP. »

Quant à Ai Ogura, son parcours plus irrégulier n’entame pas la conviction du patron italien. « Il a commencé fort mais a rencontré des défis typiques pour un rookie. Maintenant, avec cette expérience derrière lui, je crois qu’il peut en tirer parti pour une saison exceptionnelle. »

La stabilité interne — pilotes sous contrat, organisation solide, continuité technique — nourrit cette ambition. « Cet hiver a été relativement normal. Après Valence, nous sommes retournés à Noale, et maintenant nous sommes ici en Malaisie, prêts à montrer les fruits de notre travail. »

L’intervention de Brivio dépasse la simple question sportive. Elle s’inscrit dans le contexte plus large de l’arrivée de Liberty Media aux commandes du MotoGP.

« L’attente est claire : améliorer la communication et le marketing pour élargir notre audience à l’échelle mondiale. Le marché américain n’est que le début. »

TrackHouse, issu du NASCAR, incarne précisément cette ambition transatlantique. Justin Marks veut faire du MotoGP une vitrine mondiale. « Le NASCAR est une partie importante de la culture américaine, mais le MotoGP offre une exposition globale. C’est un tout autre niveau. »

Dans cette logique, le format du week-end devient un outil stratégique : spectacle, lisibilité, tension dramatique.

La critique du vendredi n’est pas anodine. Elle questionne la philosophie même du MotoGP moderne : faut-il privilégier la performance pure ou la dramaturgie du spectacle ?

En affirmant que la structure actuelle « met une pression inutile sur les équipes », Davide Brivio défend autant l’équité sportive que l’intérêt des fans.

Reste à savoir si Liberty Media saisira la perche. La Formule 1 a transformé son produit en quelques années grâce à une mise en scène maîtrisée. Le MotoGP suivra-t-il le même chemin ?

Une chose est certaine : à Sepang, le débat ne portait pas seulement sur les chronos. Il portait sur l’avenir du championnat.

Et si le vrai test de la saison 2026 n’était pas seulement sur la piste, mais dans la manière de raconter le week-end ?

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