Troisième saison chez Yamaha Factory Racing, dixième en MotoGP, et sans doute la plus stratégique de sa carrière : Alex Rins aborde 2026 avec un regard différent. Plus lucide. Plus patient. Mais toujours ambitieux.
Il y a encore trois ans, sa trajectoire semblait s’effondrer. La fermeture brutale de Suzuki fin 2022 a bouleversé l’équilibre du paddock et forcé le Barcelonais à se repositionner dans un marché saturé, où les places d’usine valent de l’or. Ce départ d’Hamamatsu n’a pas seulement changé son équipe : il l’a obligé à se réinventer.
Son passage chez LCR Honda en 2023 reste l’un des chapitres les plus contrastés de sa carrière. D’un côté, un sommet inattendu : la victoire à Austin, arrachée contre toute attente dans un contexte où Honda peinait à exister. Un exploit presque irréel.
Puis le Mugello. La chute. La fracture grave du tibia et du péroné. Une blessure dévastatrice qui l’a éloigné des circuits pendant des mois et nécessité plusieurs opérations.
Même hospitalisé, Rins n’a pas attendu. Il a sécurisé son avenir en signant avec Yamaha pour 2024, anticipant déjà la reconstruction.
Sa première saison avec la M1 n’avait rien d’un feu d’artifice. Il fallait d’abord récupérer physiquement, puis comprendre une moto en pleine crise d’identité. Résultat : 18e du championnat, avec une 8e place en Malaisie comme meilleur signal.
Mais Rins n’a jamais envisagé 2024 comme une fin en soi. C’était un chantier. Un passage obligé.
Aujourd’hui, ses problèmes physiques sont derrière lui, sa dernière opération datant de fin 2024, et son contrat court jusqu’à la fin de cette saison. Le contexte a changé : Yamaha a basculé vers le V4, et l’Espagnol entre enfin dans une phase où il peut viser plus haut que la simple reconstruction.

Alex Rins : « la situation était difficile chez Honda car ils n’ont pas tenu leurs promesses »
Avec le recul, certains lui demandent encore s’il regrette de ne pas avoir rejoint Ducati à l’époque, surtout en voyant les succès des frères Marquez. Sa réponse est nette, presque sèche :
« Je ne le regrette pas, car c’est trop tard. Rejoindre une Ducati paraît une décision facile, mais c’est parce que les équipes satellites ne sont plus indépendantes de nos jours. »
À l’époque, il cherchait avant tout un statut d’usine, pas un raccourci opportuniste.
« Depuis le départ de Suzuki, la gestion de tout cela est devenue compliquée, surtout en termes de performance. À l’époque, nous avions le choix entre Gresini et LCR Honda, et j’ai opté pour cette dernière car ils m’offraient le même traitement qu’à un pilote d’usine. »
Il insiste sur un point fondamental : le soutien technique.
« Chez Honda, on m’a proposé les mêmes conditions qu’à Marc Marquez et Joan Mir. Chez Gresini, je n’avais pas cette possibilité ; le contact était direct avec l’équipe, contrairement à aujourd’hui. Il ne s’agissait pas d’argent, mais du projet et du soutien de l’usine. »
Dans sa logique, le choix était cohérent. Même si les promesses ne furent pas tenues.
Rins savait que Honda traversait une tempête. Il s’attendait à des difficultés, mais il pensait que les améliorations arriveraient progressivement.
« J’avais le même matériel que l’équipe d’usine, et les améliorations de la moto devaient arriver progressivement. Nous avons gagné à Austin, mais la situation était difficile chez Honda car ils n’ont pas tenu leurs promesses. »
Durant cette saison il y a eu aussi une grave fracture du tibia et du péroné. Rins confirme sa guérison complète, tout en reconnaissant que le processus a été long et douloureux : « ma blessure de 2023 au Grand Prix d’Italie au Mugello a été l’une des pires que je n’aie jamais subies. Mon tibia s’est désintégré ; il a explosé en mille morceaux. Ce n’était pas une fracture nette. J’ai terriblement souffert. Maintenant, je ne ressens la blessure qu’en cas de changements de température ou d’humidité. Je suis complètement guéri. »
C’est alors qu’est apparue l’opportunité Yamaha. « Un an plus tard, l’opportunité s’est présentée avec l’équipe d’usine Yamaha. Je savais que la moto n’était pas conçue pour gagner, mais nous avons relevé le défi d’en faire une championne. »
Cette phrase sur lesportiudecatalunya.cat résume tout : Rins n’a pas cherché la solution la plus simple. Il a choisi le défi.
Jusqu’ici, les trophées ont été rares. Il l’admet sans détour : « nous n’avons pas réussi à obtenir de bons résultats ni à monter sur le podium. » Puis il ajoute : « Fabio Quartararo est un pilote fantastique, sans aucun doute. Il a réussi à élever le niveau de Yamaha à un niveau que ni Jack Miller, ni Miguel Oliveira, ni moi-même n’avons pu atteindre. Mais sans vouloir minimiser son talent, la moto est son œuvre. Il est chez Yamaha depuis sept saisons, il la connaît mieux que nous et il l’a adaptée année après année à ses propres points forts. »
Mais 2026 change la donne. Le V4 représente une rupture stratégique majeure pour Yamaha, et pour Alex Rins, c’est peut-être la première fois depuis Suzuki qu’il sent un projet aligné avec son style et ses ambitions.
La différence, cette fois, c’est qu’il ne part plus de zéro. Il connaît l’équipe. Il connaît les erreurs à éviter. Il connaît la valeur d’un soutien réel… et celle des promesses creuses.
Après le chaos, la blessure, les illusions et les reconstructions, Alex Rins entre dans une saison où il ne cherche plus à survivre : il veut redevenir un facteur clé du projet : « je pense que le changement d’approche de Yamaha cette année est lié à la nouvelle réglementation de 2027, afin d’aborder la saison prochaine avec des bases solides et de ne pas avoir à repartir de zéro. De mon côté, je donnerai le meilleur de moi-même sur la piste pour maximiser mes chances de succès. Mon objectif est de renouveler mon contrat avec Yamaha pour les deux prochaines saisons, mais j’ignore quels sont leurs projets… Je devrai prendre ma décision en fonction de leurs annonces. Certains pilotes semblent pressés, et le temps passe vite ».

































