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KTM

C’est une rupture historique. Un divorce esthétique. Une page qui se tourne après trente-cinq ans de collaboration quasi fusionnelle. KTM a décidé de mettre fin à son partenariat avec Kiska Design, le studio qui façonnait l’identité visuelle de ses motos depuis la fin des années 1980. Autrement dit : les KTM telles que nous les connaissions n’existeront plus.

Pendant trois décennies et demie, les silhouettes acérées, les lignes anguleuses, les optiques agressives et ce minimalisme presque brutal ont été la signature d’un seul nom : Kiska. Une griffe reconnaissable entre mille, devenue indissociable de l’ADN de la marque autrichienne. Aujourd’hui, cet ADN entre en mutation.

La décision dépasse largement un simple changement de prestataire. KTM a créé son propre centre de design à Salzbourg, internalisant désormais l’ensemble du processus esthétique. L’objectif est clair : reprendre la maîtrise complète du développement produit, réduire les coûts, accélérer les cycles et aligner le design sur la stratégie industrielle du groupe.

Dans le contexte actuel du marché, s’appuyer sur un studio externe ne correspond plus à la logique de restructuration en cours. Le design n’est plus un service périphérique : il devient un pilier stratégique intégré au cœur même de l’entreprise.

En toile de fond, l’influence de Bajaj Auto est déterminante. Le géant indien, actionnaire clé du groupe autrichien, pousse vers une rationalisation des coûts et une simplification des processus. L’abandon de Kiska s’inscrit dans cette dynamique plus large de réorganisation.

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Une transition progressive chez KTM, mais irréversible et un choc pour Kiska

La rupture est lourde de conséquences. Kiska employait environ 160 personnes et générait près de 26 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, dont une part majeure provenait directement de KTM. Perdre son client historique, celui qui avait construit sa réputation internationale, représente un séisme pour le studio.

Pendant 35 ans, KTM et Kiska formaient presque une seule entité créative. Des Duke aux RC, en passant par les Adventure et les déclinaisons radicales de Husqvarna, l’empreinte stylistique était constante : agressive, angulaire, immédiatement identifiable. Ce lien est désormais rompu.

La transformation ne sera toutefois pas instantanée. Les projets déjà engagés iront à leur terme sous la collaboration actuelle. La nouvelle équipe interne montera en puissance progressivement, au fur et à mesure que les cycles produits évolueront.

Ironie du calendrier : l’un des derniers grands travaux de Kiska pour KTM ne portait pas sur une moto complète, mais sur les nouveaux écrans TFT de 8,8 pouces qui équipent déjà certains modèles 2026. Interface, affichage, ergonomie, modes de conduite, aides électroniques, identité graphique… le studio intervenait jusqu’au moindre pixel.

La rupture est donc totale : KTM ne change pas seulement de ligne, elle change de philosophie.

À quoi ressemblera la “nouvelle” KTM ? C’est la grande inconnue. Le design tranchant, presque martial, était devenu une signature mondiale. Abandonner Kiska signifie potentiellement redéfinir cette identité, voire l’adoucir, l’affiner ou la radicaliser autrement.

Et qu’en sera-t-il de Husqvarna, dont le minimalisme épuré et contemporain doit énormément à Kiska ? L’uniformité visuelle du groupe pourrait être repensée de fond en comble.

Ce choix est audacieux. Risqué aussi. Car lorsqu’une marque aussi fortement identifiée décide de rompre avec l’architecte de son image, elle joue une partie délicate : conserver son caractère sans tomber dans l’anonymat.

En internalisant le design, KTM affirme vouloir plus de cohérence, plus de rapidité et plus de contrôle stratégique. Mais en rompant avec 35 ans d’histoire stylistique, elle prend aussi le pari de réinventer son identité. Les prochaines KTM seront différentes. Mais seront-elles encore immédiatement reconnaissables ?

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