C’est une page d’histoire qui se tourne. Après près de trente ans de présence quasi ininterrompue au calendrier, Phillip Island disparaîtra du MotoGP à partir de 2027. Un choc pour les puristes, un séisme pour les fans australiens… et pourtant, pour Jack Miller, c’est « une excellente nouvelle ». Oui, vous avez bien lu.
Présent en permanence depuis 1997, Phillip Island incarnait l’ADN du MotoGP en Australie : un tracé rapide, exposé au vent, spectaculaire, adoré des pilotes. Mais en coulisses, la pression montait depuis longtemps.
Sous l’impulsion de Dorna – désormais rebaptisée MotoGP Sports Entertainment après le rachat par Liberty Media – l’idée d’un nouveau format, plus urbain, plus “show”, faisait son chemin.
Phillip Island était jugé vieillissant. Les infrastructures ne correspondaient plus totalement aux ambitions commerciales modernes du championnat. Albert Park, théâtre du Grand Prix de F1 depuis 1996, a été envisagé… mais le gouvernement de Victoria a refusé.
Le projet The Bend a aussi été étudié. Finalement, c’est un tout nouveau circuit urbain à Adélaïde qui accueillera le MotoGP dès 2027.
Pour beaucoup, quitter Phillip Island est une hérésie. Pour Miller, c’est une opportunité. Le pilote Pramac – seul Australien de la grille – ne renie pas l’importance du circuit historique, mais voit plus loin : « C’est une excellente nouvelle pour le sport moto australien en général. »
Avant d’ajouter, avec une pointe d’émotion :
« Évidemment, Phillip Island est un endroit extrêmement spécial pour moi, ma famille et tous ceux qui y sont impliqués. »

Jack Miller : « j’ai vraiment hâte de voir ce que la ville d’Adélaïde réserve au MotoGP, il n’y aura aucun problème de sécurité »
Mais Miller adopte une lecture nationale plutôt que sentimentale :
« Je crois que c’est aussi quelque chose de vraiment génial pour l’Australie. Notre pays regorge d’endroits à visiter et de choses à voir. »
Et il insiste sur le potentiel d’Adélaïde :
« Il y a beaucoup de belles villes et je pense notamment à Adélaïde, qui peut accueillir le MotoGP ici et attirer un public international. »
Miller connaît bien l’Australie-Méridionale, notamment grâce à ses passages à The Bend :
« Je suis un grand fan de cet État depuis longtemps (…) et j’ai vraiment hâte de voir ce que la ville d’Adélaïde réserve au MotoGP. » Clair, assumé, presque enthousiaste.
Sur la sécurité tant redoutée, « JackAss » précise : « il n’y aura ni barrières en béton ni barrières aériennes à proximité immédiate. J’ai une confiance totale en Carlos Ezpeleta et en ses calculs. Nous nous réunissons avec eux tous les vendredis après-midi sur le circuit du Grand Prix. Nous discutons des questions que nous nous posons, qu’il s’agisse de la sécurité de la piste, de la zone de sortie, de l’épaisseur du gravier, de la consistance des zones de dégagement, jusqu’à la taille même des pierres dans le gravier. »
En face, la réaction est beaucoup plus nostalgique. Valentino Rossi, huit fois vainqueur en Australie, n’a pas caché sa déception.
Il a déclaré : « C’est dommage car Phillip Island est un lieu historique du MotoGP. »
Et il a rappelé le basculement historique des années 90 :
« J’ai couru à Eastern Creek la première année, et après 1997, nous avons déménagé à Phillip Island. C’est un circuit fantastique, vraiment spécial, et différent des autres. »
Dans la bouche de Rossi, le mot “différent” pèse lourd. Phillip Island n’était pas qu’un circuit : c’était une identité.
Derrière ce transfert se cache une question plus large : le MotoGP version Liberty Media doit-il sacrifier ses temples historiques au profit de vitrines urbaines plus rentables ?
Les circuits urbains offrent : une visibilité médiatique accrue, un accès plus simple aux grandes métropoles, un potentiel commercial plus élevé.
Mais ils font souvent perdre une partie de l’âme sportive. Phillip Island représentait le MotoGP “pur”. Adélaïde symbolise peut-être le MotoGP “spectacle”.
La réaction de Jack Miller révèle peut-être aussi un changement de mentalité. Là où Rossi défend l’histoire et l’émotion, Miller parle développement, attractivité, ouverture internationale.
Le MotoGP entre dans une nouvelle ère. Phillip Island restera dans la mémoire collective. Mais en 2027, c’est à Adélaïde que s’écrira le futur. Et que cela plaise ou non aux puristes, la révolution est déjà en marche.

































