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Pecco Bagnaia et Marc Marquez entament leur deuxième saison côte à côte dans le box Ducati Lenovo Team, mais tout indique déjà que cette cohabitation touche à sa fin. Derrière les sourires officiels et les déclarations diplomatiques, une réalité plus complexe se dessine : Bagnaia n’aurait jamais réellement compris pourquoi Ducati avait choisi d’introduire dans son propre box le pilote le plus dangereux du plateau. Et peut-être, au fond, ne l’a-t-il jamais accepté.

Selon La Gazzetta dello Sport, Bagnaia aurait « volontiers évité » un affrontement direct avec Marc Marquez. La formule est élégante, mais le message est clair : affronter le pilote le plus titré de la grille, réputé pour ne jamais perdre face à un coéquipier lorsqu’il est à son apogée, n’était pas exactement une bénédiction.

Bagnaia est double champion du monde (2022, 2023), formé par Ducati, fidèle à la marque depuis son arrivée en MotoGP, pilote officiel depuis 2021. Il incarnait la continuité, la stabilité, le produit pur de Borgo Panigale.

Puis Ducati a décidé d’introduire l’imprévisible. t tout a changé.

Toujours selon la presse italienne, Bagnaia « n’a jamais vraiment compris » les motivations profondes de Ducati. Pourquoi fragiliser un équilibre interne déjà victorieux ? Pourquoi remplacer Enea Bastianini pour ouvrir la porte au #93 alors que Jorge Martin venait de décrocher le titre avec Pramac et que la marque dominait déjà les championnats constructeurs et équipes ?

La décision semblait, à première vue, presque inutile. Ducati gagnait déjà. Mais Luigi Dall’Igna n’a pas raisonné en gestionnaire conservateur. Il a raisonné en stratège.

Pecco Bagnaia

Le recrutement de Marc Marquez : « cela paraissait très étrange à l’époque… mais maintenant, on ne peut rien dire »

Avec le recul, la logique apparaît plus froide : Ducati n’a pas seulement recruté Marquez pour gagner, elle l’a recruté pour empêcher les autres de gagner.

Même diminué chez Honda, Marquez restait une menace latente. S’il trouvait une machine compétitive ailleurs — chez KTM, chez Aprilia, voire chez un constructeur japonais renaissant — il aurait pu redevenir le centre de gravité du championnat.

Le laisser libre, c’était prendre le risque de voir naître un rival incontrôlable. L’intégrer, c’était neutraliser la menace. Une signature par « légitime défense », en quelque sorte.

Et les résultats ont validé la décision : 11 victoires, un titre 2025 conquis avec autorité, une domination nette. Comme le résume Bastianini aujourd’hui : « cela paraissait très étrange à l’époque… mais maintenant, on ne peut rien dire. »

Mais derrière cette réussite stratégique, il y a un coût humain et sportif. Bagnaia, battu « assez brutalement » l’an dernier, a vu sa position interne fragilisée. Lui qui était le centre du projet Ducati est devenu, malgré son palmarès, le second pôle d’un tandem déséquilibré.

Et lorsque la confiance d’une équipe commence à se déplacer, le pilote le ressent immédiatement. Les rumeurs d’un contrat long terme avec Aprilia prennent alors un autre sens : ce ne serait pas une fuite, mais une reconstruction. Une façon de redevenir leader incontesté ailleurs.

Le scénario qui se dessine est limpide : Bagnaia chez Aprilia aux côtés de Bezzecchi, une « équipe de rêve » selon Sylvain Guintoli ; Pedro Acosta rejoignant Ducati pour former un duo explosif avec Marquez. Si cela se confirme, Ducati ne perdrait pas en puissance. Au contraire.

Un tandem Marquez/Acosta serait probablement encore plus redoutable qu’aujourd’hui, combinant expérience absolue et agressivité générationnelle.

Mais pour Bagnaia, le message est clair : Ducati a choisi la stratégie maximale, quitte à bousculer son propre champion maison.

Au fond, le sujet dépasse le simple mercato. Il touche à la philosophie d’un constructeur. Ducati n’a pas protégé son champion. Elle a protégé son empire.

Et dans ce calcul, Bagnaia a découvert que la loyauté et l’histoire ne pèsent pas toujours face à la perspective d’une domination totale. Il n’a peut-être jamais compris cette décision. Mais il en a parfaitement mesuré les conséquences.

Pecco Bagnaia

 

 

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