Rencontre avec Hugo De Cancellis lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui revient sur son parcours plein de rebondissements jusqu’à l’Endurance.
Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Hugo De Cancellis. Après un solide parcours en Supersport 300, qui l’a vu atteindre la troisième place du Championnat en 2022, il a vu son avenir en mondial s’assombrir. Conscient des montagnes russes de ce sport, il a su rebondir pour s’ouvrir les portes de l’Endurance.

Bonjour Hugo. Tu sors d’une saison passée entre l’Endurance d’un côté avec le Superstock et la vitesse de l’autre en Supersport 600 en Espagne. Pour qu’on puisse comprendre comment tu en es arrivé à disputer ces deux championnats, peux-tu revenir un peu sur ton parcours ?
J’ai roulé cinq ans en Supersport 300, j’étais vraiment bien dans cette catégorie, ça commençait à bien marcher. J’ai décroché une victoire à Assen et ça faisait du bien de gagner après cinq ans, surtout que c’est une catégorie hyper compliquée. Les courses se font en gros paquets de 20 pilotes, il y a tout le temps des chutes et des accrochages. En 2022 j’ai réussi à tout aligner, j’ai gagné, j’ai décroché pas mal de podiums aussi et j’ai terminé troisième du championnat.
Dans mon contrat, c’était prévu que je passe en Supersport 600 avec la même équipe si je finissais dans les trois premiers du championnat, chose qui a été faite, mais ça ne s’est pas passé comme prévu, parce que tous les teams demandaient du budget, même le mien. J’avais 20 ans et je ne pouvais pas sortir 150 000€. Je me décarcassais pour trouver quelques euros pour payer mes déplacements mais là, je sortais de l’école, j’ai dû leur dire non et je suis retourné en Championnat de France.
Tu as dû être extrêmement déçu. Comment l’as-tu vécu ?
Oui, ça a été compliqué mentalement à la fin de la saison, surtout que cette année-là, je m’étais donné à 200%. J’avais fait un gros travail sur la nourriture pour faire attention à ce que je mangeais. Je faisais 60 kilos et parfois je descendais à 57, c’était chaud, j’étais squelettique. J’ai fait l’année à 200% donc ça a été compliqué.
Jusqu’en mars je ne savais pas quoi faire et au dernier moment je me suis décidé à partir en FSBK 600 mais j’y suis allé avec la R6 que mon père m’avait acheté. Seb [Sebastien Moreno, qui travaille avec Johann Zarco, ndlr.] venait me filer un coup de main sur les courses, et on y est allés à l’arrache, on n’avait rien du tout.
Je suis arrivé dans un nouveau championnat, en national, ça faisait bizarre et c’était un peu dur mentalement. J’ai voulu aller vite d’entrée avec la 600, donc j’ai fait pas mal de grosses chutes, j’ai détruit deux motos, et à la mi-saison il n’y avait plus de pièces. On s’est dit que ça ne servait à rien de continuer comme ça et on a arrêté la saison. Je suis passé d’un peu tout à rien donc 2023 a été compliquée.
Et comment as-tu rebondi après ça ?
En 2024, une équipe du FSBK m’a appelé pour remplacer un pilote qui s’était blessé et qui était forfait pour toute la saison. Je venais de commencer à travailler, et on m’a appelé le premier jour ! Je me suis dit que c’était un hasard de dingue et j’y suis allé. Je suis parti faire les essais d’hiver à Valence et j’ai fait toute la saison avec eux sur une Ducati. On a fait deux podiums au Paul Ricard, c’était positif, puis on a fait la finale du Championnat d’Espagne à Jerez et l’équipe a voulu partir en Espagne en 2025.
Je les ai suivis, en Supersport dans le Championnat Superbike d’Espagne. On a fait un podium d’entrée à Jerez, face à des gars qui faisaient le Championnat d’Europe Moto2 en parallèle donc il y avait du gros niveau, c’était cool. À la mi-saison je me suis blessé au doigt, j’ai raté trois courses et puis je suis revenu en fin de saison. Ça s’est bien passé, ça a été formateur.

En parallèle du Championnat d’Espagne, tu as donc fait tes débuts en Endurance en 2025, notamment avec les mythiques 24 Heures du Mans. Comment as-tu vécu cette expérience ?
J’ai eu l’opportunité de pouvoir faire mes premières 24 Heures avec le team PMS99 alors je l’ai saisie. C’étaient les premières aussi de l’équipe alors c’était un peu compliqué mais ça s’est quand même bien passé. On a eu un peu de chance sous la pluie, on s’est retrouvés dixièmes jusqu’à environ trois heures du matin. C’était pas mal, mais ça a été dur, on a bien galéré sous la pluie pendant toute une bonne partie de la course.
Ça m’a aussi permis de faire le Bol d’Or sur la Ducati, avec une autre moto. On a été en bagarre pour le podium en Stock jusqu’au lever du jour et après on a cassé, c’est dommage.
Après une première année passée dans ces deux championnats, quels sont tes projets pour 2026 ?
J’ai signé avec le Team 18 pour rouler en Endurance, et je devais également repartir en Championnat d’Espagne, mais finalement ça ne se fera pas. J’aurais bien aimé continuer parce que c’est un bon championnat, ça permet de garder du rythme et de faire beaucoup de roulage, mais je serai concentré à 100% sur l’Endurance.
Je ferai Le Mans, Spa et le Bol d’Or. C’est une nouvelle aventure qui commence, je suis content et j’ai hâte de découvrir la R1.
Quels sont tes objectifs pour la saison ?
Je vais rouler avec Baptiste Guittet et Maxim Pellizotti, deux pilotes expérimentés, et Marc Alcoba, un Espagnol. L’objectif c’est d’être performant et d’arriver au niveau de mes coéquipiers pour pouvoir assurer pendant les courses. J’arrive dans un team qui est devant en Stock donc ce qui me motive, c’est d’être devant avec eux.
À long terme, tu vises le EWC ?
Oui, pour faire au mieux, il faut aller chercher des top guidons en EWC.

Laisses-tu des portes ouvertes pour la vitesse ?
Oui. En 2025, j’avais dans l’idée de retrouver un peu le Supersport Mondial grâce à mon expérience en Supersport en Espagne, même si je savais que ça serait compliqué financièrement. Je ne mets pas de côté la vitesse, il peut y avoir des opportunités de wild cards. Il y a plein de rebondissements dans ce sport. Il faut toujours être prêt. C’est pour ça que je continue toujours à garder la forme, à me préparer, à rouler et à m’entraîner.
Tu peux justement profiter de ce roulage avec Johann Zarco. Quelle est ta préparation sur ces deux jours ?
Johann me prête sa 1000 CBR parce que je n’ai pas de 1000 pour m’entraîner, et je n’ai fait que Le Mans et le Bol avec. Je n’ai pas tellement d’expérience. Là ça me permet de rouler avec un 1000, mais de façon plus posée, en prenant vraiment le temps de comprendre comment marche un 1000. Aux 24 Heures du Mans, on arrive, c’est la course, on ne réfléchit pas trop, on veut aller vite et on n’a pas le temps de se poser pour comprendre comment ça fonctionne.
Je prends le temps sur les deux jours de bien comprendre avec Johann comment ça marche. Et puis il n’y a pas mieux que lui comme conseil, je suis content de l’avoir à mes côtés pour m’aider.
























